L’État français semble avoir adopté une stratégie basée sur l’impôt temporaire qui perdure. Instaurée en 2025 comme une mesure « exceptionnelle » censée durer un an, la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises s’apprête à être prolongée pour la troisième fois. Ce choix ne résulte pas d’une nécessité économique, mais d’une incapacité politique à réduire les dépenses. Ainsi, l’exception devient la norme.
De l’exception au permanent : une question de vocabulaire
Le 17 juin 2025, la ministre du Budget Amélie de Montchalin assurait que la surtaxe d’impôt sur les sociétés serait supprimée en 2026. Cependant, cette promesse n’a pas été tenue. Le gouvernement prévoit de reconduire cette surtaxe pour 2027, marquant ainsi la troisième année consécutive de cette mesure dite exceptionnelle.
Le schéma est désormais bien établi : instaurer une taxe temporaire, promettre sa suppression, puis invoquer une crise pour la prolonger. Que ce soit les tensions géopolitiques de 2026 ou les préoccupations économiques de 2027, les raisons ne manquent pas pour justifier cette continuité. Le MEDEF avait déjà anticipé cette situation en juin 2026, critiquant l’inconsistance des engagements de l’État.
Les répercussions économiques de la surtaxe
Cette surtaxe concerne environ 300 entreprises ayant un chiffre d’affaires supérieur à 1,5 milliard d’euros. Pour celles réalisant des ventes entre 1,5 et 3 milliards, le taux d’imposition est passé de 25% à 30,15%, et au-delà de 3 milliards, il atteint 41,2%. Ces augmentations ne financent pas de nouvelles réformes, mais comblent un déficit budgétaire causé par des dépenses publiques excédant les recettes de 30%.
En parallèle, le gouvernement envisage de geler le RSA et de réduire diverses aides sans toucher aux dépenses structurelles telles que la masse salariale publique ou les doublons administratifs. La surtaxe devient alors un moyen de compenser des dépenses non maîtrisées, affectant principalement des entreprises considérées comme riches.
Olivier Roussat, directeur général de Bouygues, a souligné l’impact de cette surtaxe : 69 millions d’euros, soit 6,27% des bénéfices nets du groupe, affectant ainsi les investissements et la compétitivité. Un taux effectif de 41,2% place les grandes entreprises françaises parmi les plus taxées d’Europe, réduisant leur compétitivité et encourageant potentiellement la délocalisation.
Un déficit budgétaire non résolu
Le déficit public français devrait atteindre 5% du PIB en 2027, avec des dépenses publiques structurellement supérieures aux recettes d’environ 30%. Plutôt que de réduire les dépenses, le gouvernement choisit d’augmenter les recettes via des taxes temporaires qui deviennent permanentes.
Cette stratégie a transformé des impôts « exceptionnels » en rentes budgétaires continues. La contribution exceptionnelle sur les hauts revenus créée en 2012 et la taxe sur les transactions financières en sont des exemples. Le maintien de ces taxes montre que l’État peut promettre des suppressions sans conséquence, invoquant des crises pour justifier leur prolongation.
Les effets collatéraux sur les entreprises et la société
Les 69 millions d’euros prélevés à Bouygues représentent des projets non réalisés et des embauches retardées. Multipliez cela par 300 entreprises et vous obtenez un frein à l’investissement productif à l’échelle nationale. Alors que l’État taxe les entreprises, il se plaint de la faiblesse de la croissance et du chômage structurel.
Les consommateurs subissent également les conséquences, car une entreprise fortement taxée répercute ces coûts sur les prix. L’inflation fiscale se traduit par une inflation commerciale, réduisant ainsi le pouvoir d’achat. La confiance publique est mise à mal quand les promesses de suppression d’impôts sont reniées, rendant les stratégies d’investissement incertaines et l’instabilité fiscale un risque économique permanent.










