Présidentielle 2027 : face aux ingérences étrangères, les partis avancent des réponses très différentes

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Présidentielle 2027 : face aux ingérences étrangères, les partis avancent des réponses très différentes © www.nlto.fr

À huit mois de l’élection présidentielle, la menace des ingérences étrangères s’invite dans la campagne. Édouard Philippe, Gabriel Attal et Raphaël Glucksmann ont déjà été ciblés par des campagnes de désinformation en ligne attribuées à la Russie, selon franceinfo. Face à ce risque, les partis ne proposent pas les mêmes réponses. LFI veut créer une Haute Autorité électorale et encadrer l’intelligence artificielle, Place publique et Les Écologistes ciblent davantage les grandes plateformes, le PS et LR privilégient le renforcement ou l’utilisation des dispositifs existants, tandis que Renaissance veut mieux protéger les candidats et alerter rapidement les électeurs. Le RN, lui, critique le projet de loi préparé par le gouvernement.

Une menace qui s’installe déjà dans la campagne présidentielle

À plusieurs mois du scrutin, les ingérences étrangères ne constituent plus seulement une menace théorique. Selon franceinfo, trois personnalités déclarées ou pressenties pour l’élection présidentielle ont déjà été visées par des campagnes de désinformation en ligne attribuées à la Russie : Édouard Philippe, président d’Horizons, Gabriel Attal, secrétaire général de Renaissance, et Raphaël Glucksmann, coprésident de Place publique. Le ministre des Affaires étrangères Jean Noël Barrot a assuré début août que la France ne tolérerait aucune tentative d’ingérence étrangère dans son débat démocratique.

Le gouvernement prépare parallèlement une réponse législative. Le projet de loi présenté en Conseil des ministres à la fin du mois de juillet prévoit notamment de durcir les sanctions applicables à la diffusion de fausses informations en période électorale. La peine encourue passerait d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende à trois ans de prison et 45 000 euros. Elle pourrait atteindre six ans d’emprisonnement lorsque l’altération du scrutin est réalisée pour servir les intérêts d’une puissance, d’une entreprise ou d’une organisation étrangère.

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a également annoncé son intention d’engager à la rentrée un travail commun avec les formations politiques. Mais l’inventaire réalisé par franceinfo montre que les partis ne partent pas du même diagnostic et ne privilégient pas les mêmes outils. Certains souhaitent créer de nouvelles structures ou de nouvelles infractions. D’autres veulent avant tout renforcer les dispositifs existants. La régulation des réseaux sociaux constitue également une ligne de partage importante.

La France insoumise fait partie des formations ayant présenté les propositions les plus détaillées. Le mouvement a transmis treize mesures à Matignon le 11 juin. LFI avait elle même été confrontée à des opérations de désinformation lors des élections municipales de mars, plusieurs de ses candidats ayant été visés. Le parti propose notamment la création d’une « Haute Autorité électorale », chargée de coordonner les administrations responsables de la protection des élections et de rendre publiques les ingérences étrangères.

Réseaux sociaux, intelligence artificielle et renseignement : des réponses différentes

LFI veut également interdire le ciblage politique pendant les périodes électorales afin que la diffusion des messages politiques ne puisse plus être fondée sur le profilage des données personnelles. Pour la présidentielle, le mouvement propose un code d’usage de l’intelligence artificielle interdisant la création de faux contenus destinés à promouvoir ou à dénigrer des candidats. Il souhaite aussi augmenter les moyens de Viginum, de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information et de la Cnil. Enfin, LFI propose d’inscrire les « ingérences étrangères » dans le Code pénal afin de pouvoir les sanctionner spécifiquement.

Place publique privilégie davantage l’utilisation des instruments européens existants. Après avoir lui même été ciblé par une campagne de désinformation d’origine russe, Raphaël Glucksmann a mis en cause le rôle de certaines plateformes étrangères. Son parti considère que le Digital Services Act et le Digital Markets Act fournissent déjà des outils permettant d’agir. Pour Raphaël Glucksmann, les grandes plateformes américaines et chinoises, notamment X et TikTok, doivent être contraintes de respecter les règles européennes et sanctionnées lorsqu’elles ne le font pas.

Les Écologistes vont plus loin concernant les réseaux sociaux. Marine Tondelier estime nécessaire de pouvoir menacer certaines plateformes d’une interdiction pendant les élections et d’appliquer cette sanction lorsque des ingérences ont été constatées en amont. Elle vise notamment X et considère que son algorithme exerce un effet structurel sur la circulation de la désinformation. Le parti défend parallèlement une application stricte du Digital Services Act.

Mais les propositions écologistes ne se limitent pas aux plateformes. Le parti considère que les opérations d’influence peuvent également chercher à amplifier les divisions existantes au sein de la société. Il souhaite donc associer la régulation numérique à un renforcement de la presse et de l’audiovisuel public. Les Écologistes proposent aussi une loi contre la concentration des médias inspirée du modèle norvégien et demandent au gouvernement de définir une « ligne rouge » diplomatique à l’égard des États susceptibles de mener des opérations d’ingérence.

Le Parti socialiste défend une approche différente. Selon lui, la France possède déjà un arsenal juridique complet en matière de renseignement et de répression judiciaire. Le parti prépare néanmoins des propositions en réponse à la demande du Premier ministre, tout en souhaitant éviter de déstabiliser les mécanismes administratifs et judiciaires existants. Il demande notamment que les moyens de Viginum soient adaptés à l’accroissement de la menace et que les capacités de détection et de répression soient renforcées spécifiquement pendant les périodes électorales.

Renaissance veut protéger les candidats, LR mise sur la dissuasion

Chez Renaissance, la priorité est notamment de détecter les opérations et d’en informer rapidement les citoyens. Le parti de Gabriel Attal s’attend à une multiplication de ces actions pendant la campagne présidentielle. Lorsqu’une ingérence est identifiée, il juge nécessaire d’alerter le public afin que les électeurs puissent distinguer les informations vérifiées des fausses informations. L’entourage de Gabriel Attal met également en cause l’anonymat sur les réseaux sociaux, considéré comme un facteur facilitant ces opérations.

Renaissance veut aussi renforcer la sécurité technique des équipes de campagne. Le parti affirme ainsi avoir abandonné Telegram au profit d’une application sécurisée développée en interne. Il soutient par ailleurs le projet de loi gouvernemental contre les ingérences et l’inscrit dans la continuité du renforcement de Viginum engagé lorsque Gabriel Attal était Premier ministre.

Les Républicains ne considèrent en revanche pas nécessaire d’adopter de nouvelles dispositions législatives. Selon LR, la France possède déjà une législation et un dispositif de détection avec Viginum jugés efficaces. Le parti défend plutôt une logique de dissuasion : une France forte sur les plans économique, budgétaire et militaire serait, selon lui, le meilleur moyen de décourager les États étrangers de mener de telles opérations. LR critique également la politique étrangère d’Emmanuel Macron, qu’il accuse d’avoir affaibli la parole française. Horizons, dont le président Édouard Philippe a été ciblé par une campagne de désinformation, n’a pour sa part pas répondu aux sollicitations de franceinfo.

Reste le Rassemblement national. Franceinfo rappelle que le sujet est particulièrement sensible pour le parti en raison de ses liens passés avec la Russie, notamment du prêt contracté auprès d’une banque russe dans les années 2010. En 2023, une commission d’enquête parlementaire initiée par le RN avait abouti à un rapport mettant en lumière les influences russes, document alors vivement contesté par Marine Le Pen. En 2025, Jordan Bardella avait néanmoins qualifié Moscou de « menace multidimensionnelle » pour la France.

Le RN se déclare opposé aux ingérences étrangères mais critique le projet de loi gouvernemental. Thierry Mariani dit craindre qu’il ne serve de prétexte à une réduction de la liberté d’expression et souhaite que la question des ingérences financières soit également examinée. Jean Philippe Tanguy minimise pour sa part l’efficacité des opérations russes évoquées et affirme que les ingérences américaines ou chinoises devraient également être davantage prises en compte. Le parti n’a pas répondu directement aux sollicitations de franceinfo pour cet article.

À huit mois de la présidentielle, un constat ressort ainsi du panorama dressé par franceinfo : les principales formations politiques reconnaissent l’existence d’un enjeu lié aux ingérences étrangères, mais divergent fortement sur la réponse à apporter. Nouvelle autorité électorale et règles sur l’intelligence artificielle pour LFI, pression accrue sur les plateformes pour Place publique et Les Écologistes, consolidation des outils existants pour le PS, protection des candidats et information des électeurs pour Renaissance, dissuasion pour LR, critique du nouveau projet législatif pour le RN : la protection de la présidentielle contre les influences étrangères est déjà devenue un sujet de confrontation politique avant même le début officiel de la campagne.

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