Washington bloque l’ambassadeur de France : les coulisses d’un bras de fer diplomatique inédit

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Il devait prendre ses fonctions à Washington en septembre. Mais pendant plusieurs semaines, Aurélien Lechevallier, diplomate proche d’Emmanuel Macron choisi pour devenir ambassadeur de France aux États Unis, est resté dans l’attente du feu vert américain. À l’origine du blocage, un message français très critique envers Washington sur les droits humains. Après six semaines de tensions et de négociations, Paris a finalement exprimé ses « regrets ». Quatre jours plus tard, les États Unis accordaient leur agrément au nouvel ambassadeur. Retour sur une séquence diplomatique particulièrement mouvementée.

Tout commence par un message qui provoque la colère de Washington

À première vue, la nomination d’Aurélien Lechevallier ne devait pas provoquer de crise. Directeur de cabinet du ministre des Affaires étrangères Jean Noël Barrot, ancien conseiller diplomatique adjoint à l’Élysée et ancien ambassadeur en Afrique du Sud, le diplomate avait été choisi pour succéder à Laurent Bili à Washington. Il connaît par ailleurs Emmanuel Macron depuis leur passage à l’ENA. Son arrivée aux États Unis était prévue pour septembre.

Mais le 25 juillet, un message publié par la mission permanente de la France auprès des Nations unies à Genève vient bouleverser le calendrier. Après un vote américain contre le renouvellement du mandat de Volker Türk à la tête du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, la représentation française critique ouvertement la position de Washington. Elle estime notamment que les États Unis ne sont plus le « phare » des droits humains qu’ils ont été et souligne leur vote aux côtés de plusieurs États dont la Russie et la Corée du Nord.

La réaction américaine est immédiate. Un responsable du département d’État qualifie les propos français d’« irresponsables » et d’« irrespectueux », selon Le Monde. La tension dépasse rapidement le simple échange diplomatique. Quelques jours plus tard, un représentant américain quitte une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies au moment où la France prend la parole.

Washington dispose surtout d’un moyen de pression beaucoup plus puissant. Pour prendre officiellement ses fonctions, le nouvel ambassadeur français doit obtenir l’agrément des autorités américaines. Or celui ci n’arrive pas.

Une formalité diplomatique habituelle se transforme alors en instrument de pression.

L’ambassadeur choisi par Macron reste bloqué

L’affaire devient particulièrement sensible pour l’Élysée. Aurélien Lechevallier n’est pas seulement un diplomate expérimenté. Il appartient depuis longtemps à l’environnement professionnel d’Emmanuel Macron. Le refus américain touche donc directement un choix effectué au sommet de l’État français.

Pendant plusieurs semaines, Paris cherche une porte de sortie. Selon Le Monde, un diplomate connaissant le dossier ira jusqu’à décrire la situation comme un « vaudeville ». Le problème est pourtant sérieux : tant que Washington ne donne pas son agrément, Aurélien Lechevallier ne peut pas devenir pleinement l’ambassadeur de France aux États Unis.

Revenir simplement sur le message du 25 juillet ne suffit pas à régler la difficulté. Celui ci n’avait pas seulement été publié par la représentation française à Genève. Il avait également été relayé par le ministère français des Affaires étrangères avant que cette reprise ne disparaisse. Paris doit donc trouver une formule permettant d’apaiser Washington sans transformer l’épisode en excuses politiques spectaculaires.

Le Figaro rapporte que les coulisses du dénouement ont été particulièrement agitées et évoque la colère d’Emmanuel Macron. Courrier international choisit pour sa part un terme beaucoup plus sévère en présentant l’issue de la crise comme une « capitulation » française. Ce dernier terme constitue toutefois un cadrage éditorial du média et non la qualification officielle de l’épisode. Les faits établis sont plus précis : Washington a retardé son agrément et Paris a finalement formulé des regrets avant que les autorités américaines ne donnent leur accord.

Paris exprime ses « regrets », Washington donne son feu vert

Après plusieurs semaines d’impasse, le tournant intervient le 11 septembre. La mission permanente française auprès des Nations unies à Genève publie une nouvelle déclaration, cette fois destinée à apaiser le différend.

La France y exprime ses « regrets » concernant son message du 25 juillet. Elle précise que la critique formulée concernait un vote particulier des États Unis et ne devait pas remettre en cause plus généralement leur engagement en matière de droits humains. Paris insiste également sur l’importance de la coopération et du dialogue entre les deux pays.

Le choix des mots est important. Ce n’est pas Emmanuel Macron qui présente personnellement des excuses à Washington. Il ne s’agit pas non plus d’une rétractation générale de la diplomatie française. Ce sont bien des « regrets » qui sont exprimés par la représentation française à Genève au sujet de son précédent message.

Mais le signal est reçu à Washington.

Un responsable du département d’État indique alors que les États Unis prennent acte de la déclaration française et l’apprécient. Le déblocage intervient quelques jours seulement après cette clarification diplomatique.

Le 15 septembre, les autorités américaines accordent finalement leur agrément à Aurélien Lechevallier. Après environ six semaines de tensions, le diplomate choisi par Emmanuel Macron peut donc prendre la direction de l’ambassade de France à Washington.

La chronologie donne à l’épisode tout son relief. Le 25 juillet, la représentation française critique sévèrement la position américaine sur les droits humains. Washington bloque ensuite l’agrément du futur ambassadeur. Pendant plusieurs semaines, les deux capitales cherchent une sortie. Le 11 septembre, Paris exprime ses regrets. Le 15 septembre, Washington accepte Aurélien Lechevallier.

Une nomination devenue un rapport de force entre Paris et Washington

Au delà du sort personnel du diplomate, l’épisode montre comment une procédure normalement discrète a pu devenir un levier dans une confrontation politique entre deux alliés.

L’agrément est une étape indispensable dans la nomination d’un ambassadeur. Un État reste libre d’accepter ou non le représentant proposé par un autre pays et n’est pas tenu de justifier son refus. Dans les relations entre Paris et Washington, un tel blocage constituait cependant un événement suffisamment inhabituel pour devenir une affaire diplomatique à part entière.

L’administration américaine a ainsi pu manifester son mécontentement sans annoncer de sanction contre la France ni rompre le dialogue avec Paris. Le message était néanmoins difficile à ignorer : le diplomate choisi pour représenter directement Emmanuel Macron auprès des autorités américaines ne pouvait pas prendre ses fonctions.

Paris a finalement choisi l’apaisement. Courrier international y voit une concession française face à Washington. Le Monde parle pour sa part d’un « acte de contrition discret ». Le Figaro décrit des négociations agitées et rapporte la colère du président français. Ces formulations diffèrent, mais elles décrivent toutes un même dénouement : la publication des regrets français a précédé de quelques jours seulement la levée du blocage américain.

Aurélien Lechevallier peut désormais rejoindre son poste. Mais sa nomination aura pris une dimension inattendue. Un message publié à Genève sur les droits humains aura provoqué plusieurs semaines de tensions entre Paris et Washington, bloqué l’arrivée du nouvel ambassadeur français et conduit la diplomatie française à exprimer publiquement ses regrets avant d’obtenir le feu vert américain.

Une histoire qui devait se résumer à une nomination diplomatique s’est ainsi transformée en bras de fer entre deux alliés.

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