Depuis le 15 juillet, neuf corps de femmes ont été découverts dans la périphérie est de Johannesburg, dont cinq en l’espace de quatre jours cette semaine. La police sud-africaine, submergée, enquête désormais sur un possible lien entre ces meurtres, sans exclure la présence de plusieurs auteurs distincts.
Une série qui s’accélère depuis le 15 juillet
La première victime de la série, une femme de 37 ans, a été retrouvée le 15 juillet, dénudée et entravée, dans le parc de Kempton, à l’est de Johannesburg. Une deuxième victime, âgée de 32 ans, a été retrouvée partiellement vêtue le 24 août, tandis qu’une troisième a été découverte nue et en état de décomposition avancée le 10 septembre, selon l’AFP. Les cinq premières victimes ont été découvertes dans ce parc ou à proximité immédiate, avant que les quatre dernières ne soient retrouvées dans des endroits distincts, jusqu’à 35 kilomètres plus loin, selon l’agence AP.
Toutes les femmes concernées étaient âgées d’une vingtaine ou d’une trentaine d’années, retrouvées nues ou partiellement vêtues, et plusieurs portaient des contusions similaires, a indiqué la police. Le rythme des découvertes s’est nettement accéléré ces derniers jours : les cinq derniers corps ont été retrouvés en l’espace de quatre jours seulement, un tempo qui a fini par alarmer l’ensemble du pays. Jeudi 17 septembre, la police a annoncé la découverte d’un neuvième corps dans la même zone géographique, provoquant une réaction inhabituellement directe de la numéro deux de la police nationale, Tebello Mosikili, qui a déclaré ne plus pouvoir continuer à ramasser des corps.
Une coureuse disparue, point de départ d’une mobilisation
Selon l’AFP, la découverte du tout premier corps était passée relativement inaperçue dans un pays qui enregistre déjà environ soixante homicides par jour, l’un des taux les plus élevés au monde. C’est la disparition d’Elizabeth Moselakgomo, l’une des victimes, qui a réellement déclenché l’attention publique sur cette affaire. Âgée de 38 ans, elle avait laissé sa fille de huit ans seule à la maison le 9 septembre pour aller faire un jogging, et n’est jamais revenue. Son corps a été retrouvé le 12 septembre, derrière un hôtel.
La mobilisation en ligne de ses amis, membres d’un club de coureurs de fond, pour tenter de la retrouver, a suscité un regain d’intérêt pour des affaires similaires survenues précédemment dans la région, et a ensuite conduit à la découverte de nouveaux corps. Le visage de la coureuse a été largement partagé sur les réseaux sociaux, transformant une disparition individuelle en catalyseur d’une enquête plus large sur l’ensemble de la série.
Un ou plusieurs tueurs : la police reste prudente
La proximité géographique et temporelle des découvertes a conduit la police à enquêter sur un lien possible entre les différents meurtres. Le commissaire de police de la province du Gauteng, Fred Kekana, a indiqué auprès d’AP que les enquêteurs envisageaient toutes les pistes, y compris celle de plusieurs suspects ou d’auteurs distincts, tout en restant prudent sur les conclusions à en tirer. L’enquête n’a, à ce stade, pas démontré que l’ensemble des décès puisse être attribué à un seul et même tueur en série.
La numéro deux de la police nationale a précisé que la découverte du neuvième corps serait rattachée à l’enquête en cours sur les huit premières victimes, les enquêteurs devant déterminer s’il s’agit du ou des mêmes auteurs, ou d’un simple imitateur. Un seul suspect a pour l’instant été arrêté, deux jours après la découverte du corps de la première victime, et a comparu en justice mercredi ; selon la BBC, cette personne ne serait pas liée aux autres meurtres de la série. Pour poursuivre les investigations, la police a imposé un confinement au quartier de Kempton Park, dans la municipalité d’Ekurhuleni, où trois corps ont été retrouvés ces derniers jours, et y a installé des barrages routiers. Une récompense de 400 000 rands, environ 21 000 euros, est proposée par la police pour toute information permettant d’arrêter le ou les auteurs ; le principal parti d’opposition, l’Alliance démocratique, promet de son côté 26 000 euros supplémentaires.
Un pays déjà marqué par des niveaux endémiques de violence contre les femmes
Ces meurtres ont suscité l’indignation de la société civile et des instances sportives sud-africaines, dans un contexte où les appels à agir contre les violences sexistes se multiplient. Une habitante interrogée par l’AFP, Patience Masa, a décrit la situation comme terrifiante, estimant que les femmes et les enfants ne sont désormais plus en sécurité dans la région.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de violences faites aux femmes en Afrique du Sud, qui atteignent des niveaux endémiques malgré des années de promesses gouvernementales pour y remédier. Selon les Nations unies, une femme sur trois y subit des violences physiques ou sexuelles au cours de sa vie. La quatrième étude nationale sur le féminicide en Afrique du Sud, portant sur la période 2020-2021, a par ailleurs établi que trois femmes étaient tuées chaque jour par leur partenaire intime dans le pays, selon des données rapportées par ONU Femmes.









