L’administration Trump a expulsé 25 447 migrants vers 28 pays tiers sans lien préalable via 35 accords secrets, les plongeant dans un « trou noir juridique » sans accès à la justice. Une cour fédérale a rejeté cette procédure le 18 septembre 2026, trois jours avant la révélation de ce système par Forbidden Stories.
Depuis janvier 2025, 25 447 migrants ont disparu dans ce que des juristes qualifient de « trou noir juridique ». Retenus sans inculpation et expulsés vers des pays avec lesquels ils n’ont aucun lien, ces migrants n’ont pas accès à la justice. L’administration Trump a ainsi mis en place un système d’expulsion massive contournant les protections constitutionnelles américaines et les traités internationaux. Une cour fédérale a rejeté cette procédure le 18 septembre. Une enquête révélée le 21 septembre 2026 par le consortium Forbidden Stories détaille l’ampleur de ce dispositif financé à hauteur de 410 millions de dollars.
Le « trou noir juridique » : invisibilité et absence de protection légale
Entre janvier 2025 et août 2026, 25 447 personnes ont été transférées par l’administration Trump vers 28 pays d’Amérique latine, d’Afrique et du Pacifique, sans lien préalable. Environ 20 000 ont été envoyées au Mexique, tandis que d’autres se sont retrouvées au Cameroun, à Palau ou en Eswatini. Le 14 janvier 2026, un vol transportait neuf personnes vers Yaoundé, dont des Marocains n’ayant jamais mis les pieds au Cameroun. Ces expulsés se sont retrouvés dans un pays inconnu, sans papiers valides ni recours consulaire.
Le Bureau de la Remigration, fondé en mai 2025 et dirigé par Christian Jové Ehrhardt, a orchestré 35 accords secrets avec des gouvernements étrangers. Sur les 410 millions de dollars, 81 millions ont été versés aux gouvernements signataires et 178 millions à l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), le reste finançant logistique et pressions diplomatiques sur 49 des 54 pays africains approchés.
Des juristes cités par Forbidden Stories décrivent une situation où les expulsés, sans inculpation formelle, privés d’avocat, ne peuvent contester leur expulsion ni demander l’asile. En dehors du sol américain, ils ne bénéficient ni des protections américaines ni de celles du pays tiers, qui les considère comme indésirables. Le Cameroun a reçu des fonds du Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR) pour « faciliter le retour volontaire » et lutter contre l’immigration illégale, mais aucun suivi n’a été documenté.
Violations du droit international et humanitaire
Le système de Trump contourne les obstacles légaux empêchant le renvoi direct vers le pays d’origine. Quand des traités bilatéraux ou des risques de persécution interdisent une expulsion, les États-Unis transfèrent ces personnes vers des pays tiers en échange de compensations. Le « Deportation Project » fonctionne discrètement, échappant aux protections constitutionnelles américaines.
En décembre 2025, un accord secret avec Palau prévoyait d’accueillir 75 ressortissants contre 7,5 millions de dollars. Dépendant de l’aide américaine, Palau n’avait guère le choix. Début 2026, une enquête de l’AFP révélait des pressions sur les pays africains : menaces de droits de douane, suspensions de visas, réductions d’aide au développement. Washington utilise sa puissance économique pour imposer l’acceptation de migrants.
Le principe de non-refoulement, inscrit dans la Convention de Genève de 1951, interdit de renvoyer une personne vers un pays où elle risque la persécution. En expulsant des migrants sans évaluation individuelle, l’administration Trump viole potentiellement ce principe. Aucun mécanisme ne garantit que les pays d’accueil respecteront les droits des expulsés, ni qu’ils ne les renverront pas vers des zones dangereuses. Les agences de l’ONU impliquées affirment utiliser les fonds conformément à leur mandat, mais leur participation soulève des questions éthiques sur leur neutralité.
Les batailles judiciaires : opposition des juges
Le 18 septembre 2026, une cour d’appel fédérale a rejeté la procédure d’expulsion accélérée de l’administration Trump, estimant qu’elle violait les garanties constitutionnelles en privant les migrants de contester leur renvoi. La décision fragilise juridiquement le « Deportation Project », bien qu’elle ne suspende pas immédiatement les transferts.
Le rejet ouvre la voie à des recours massifs. Des avocats préparent des actions collectives pour annuler les expulsions et obtenir le rapatriement des personnes transférées illégalement. La bataille juridique s’annonce longue, l’administration Trump ayant signé de nombreux accords secrets pour échapper au contrôle parlementaire. Stephen Miller, conseiller de Trump, avait fixé l’objectif d’un million de départs annuels. Face aux obstacles légaux, l’administration a préféré contourner le droit.
Le rôle des agences de l’ONU : dilemme éthique
L’implication du HCR et de l’OIM dans le « Deportation Project » soulève une question : comment des agences protégeant les réfugiés peuvent-elles participer à un système d’expulsion massive ? Les 178 millions de dollars versés à l’OIM représentent près de la moitié du budget total. Le HCR a reçu des fonds pour des opérations au Cameroun, mais rien ne prouve que les transferts étaient volontaires ou protégés. La crédibilité de ces institutions est en jeu. En servant d’intermédiaires à une politique d’expulsion contraire à leurs principes, elles risquent de perdre la confiance des populations qu’elles protègent.
Précédents dangereux et impact sur le droit d’asile
Le « Deportation Project » crée un précédent inquiétant. Si les États-Unis peuvent payer des pays tiers pour y expulser des migrants, d’autres nations pourraient suivre. L’Union européenne, confrontée à des flux migratoires, pourrait être tentée par des accords similaires avec des pays d’Afrique. Le droit d’asile, déjà fragilisé, risque de devenir une fiction si les États riches externalisent leurs obligations. Les migrants contribuent significativement aux économies de leurs pays d’origine par leurs transferts d’argent, mais leur statut juridique reste précaire.
L’enquête de Forbidden Stories, menée par 72 journalistes de 23 médias dans 15 pays, révèle l’ampleur d’un système opérant dans l’ombre. Alors que les démocraties occidentales prônent les droits humains, elles construisent des dispositifs d’expulsion qui les violent. La question n’est plus de savoir si le « Deportation Project » est légal, les juges ont déjà répondu. Reste à savoir combien de temps sera nécessaire pour démanteler ce système et réparer les dommages causés à des milliers de personnes plongées dans un trou noir juridique. Avec la montée des partis d’extrême droite en Europe, le modèle Trump pourrait inspirer d’autres gouvernements.







