Alexis Kohler, l’éminence grise que l’on aperçoit partout derrière Emmanuel Macron

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President Donald J. Trump Leads A Bilateral Meeting With President Emmanuel Macron, July 13, 2017
The White House from Washington, DC Public domain President Donald J. Trump Leads a Bilateral Meeting with President Emmanuel Macron, July 13, 2017 | www.nlto.fr

Il suffit de regarder les vidéos consacrées aux premières années d’Emmanuel Macron à l’Élysée pour remarquer sa présence. Alexis Kohler est rarement au premier plan, mais souvent à quelques mètres du président, dans une réunion, un déplacement ou autour d’une table de travail. Cette discrétion correspond parfaitement au personnage décrit par Dimitri Casali et Walter Bruyère dans Les Éminences grises du pouvoir. Pendant huit ans, le secrétaire général de l’Élysée a occupé une position centrale auprès d’Emmanuel Macron, au point d’être présenté par les auteurs comme son « vice président ». Mais qui est réellement cet homme de l’ombre ?

Alexis Kohler, l’homme que l’on retrouve derrière Macron

Pour comprendre Alexis Kohler, il faut regarder les images autrement. Dans les vidéos qui racontent la campagne présidentielle puis les années d’Emmanuel Macron à l’Élysée, l’attention est naturellement concentrée sur le président. Mais derrière lui, Alexis Kohler apparaît régulièrement. Une présence discrète qui correspond à la définition même de l’éminence grise proposée par Dimitri Casali et Walter Bruyère : un personnage dont l’influence dépasse ses seules responsabilités officielles tout en demeurant dans l’ombre du détenteur du pouvoir.

Le parcours de Kohler explique comment il arrive à cette position. Né en 1972 à Strasbourg, il passe par Sciences Po, l’ESSEC puis l’ENA avant de rejoindre la direction générale du Trésor. Selon le livre, c’est lorsqu’il travaille à l’Agence des participations de l’État qu’il rencontre pour la première fois Emmanuel Macron, alors jeune banquier chez Rothschild. Les deux hommes se retrouvent ensuite dans l’environnement de François Hollande. En août 2014, leur relation professionnelle devient quotidienne lorsque Kohler accepte de devenir directeur du cabinet d’Emmanuel Macron, nommé ministre de l’Économie. Les auteurs décrivent deux années de travail en « parfaite symbiose », notamment autour de dossiers industriels et de la préparation de la loi Macron.

Lorsque Macron prépare sa conquête de l’Élysée, Kohler appartient déjà au cercle des premiers fidèles, aux côtés notamment d’Ismaïl Emelien, Stéphane Séjourné et Sibeth Ndiaye. Officiellement parti travailler comme directeur financier de MSC, il continue, selon l’ouvrage, à échanger quotidiennement avec Emmanuel Macron. Ses nuits et ses fins de semaine sont consacrées à la stratégie présidentielle et à la supervision de l’équipe. Les auteurs lui attribuent un rôle dans des sujets aussi importants que les indemnités chômage ou le programme européen du candidat. Autrement dit, bien avant d’entrer officiellement à l’Élysée, l’homme que l’on aperçoit derrière Macron travaille déjà au cœur de son accession au pouvoir.

À l’Élysée, la « tour de contrôle » du président

La victoire d’Emmanuel Macron en 2017 transforme cette influence discrète en fonction institutionnelle. Le 14 mai, Alexis Kohler devient secrétaire général de la présidence de la République. Casali et Bruyère décrivent le poste comme la « tour de contrôle » de ce qui se passe à l’Élysée. Son bureau se trouve à proximité de celui du président. Il supervise l’administration présidentielle et travaille avec plusieurs dizaines de conseillers. Selon les auteurs, les nombreuses notes produites par les conseillers ou les cabinets passent par sa relecture avant d’arriver sur le bureau d’Emmanuel Macron.

C’est cette réalité que les vidéos de la présidence permettent en partie d’apercevoir. Kohler n’est pas un ministre chargé d’occuper les plateaux de télévision ou de défendre publiquement une réforme. Sa place est auprès du président. Dans les images des coulisses du pouvoir, il est celui qui écoute, prend des notes, accompagne et participe aux réunions. Le livre le décrit régulièrement assis à la droite d’Emmanuel Macron, aussi bien lors de dîners de la majorité que pendant des conseils de défense. Cette proximité visuelle traduit une réalité beaucoup plus profonde : pendant des années, Kohler se trouve au point de rencontre entre le président, ses conseillers, les ministres et l’administration.

Cette influence apparaît également lors des premiers mois du quinquennat. Les auteurs reviennent notamment sur le conflit avec le chef d’état major des armées Pierre de Villiers autour des contraintes budgétaires imposées aux armées. Leur récit attribue à Kohler un rôle important dans cette confrontation et le présente comme le « bras armé » du président face à une haute administration que Macron et lui jugeraient susceptible de freiner leurs réformes. Cette description et certaines appréciations très critiques formulées dans ce passage relèvent du récit des auteurs. Elles illustrent néanmoins leur thèse centrale : Kohler n’est pas seulement celui qui organise le travail présidentiel, il participe pleinement à l’exercice du pouvoir.

Le « deuxième cerveau » d’Emmanuel Macron

Au fil des années, les surnoms se multiplient. Le livre rappelle qu’Alexis Kohler a été présenté comme le « jumeau de l’ombre », le « deuxième cerveau » ou encore le « vice président » d’Emmanuel Macron. Aucun de ces termes ne correspond évidemment à une fonction institutionnelle. Ils cherchent à traduire la proximité exceptionnelle entre les deux hommes. Les auteurs rapportent également une formule attribuée à Brigitte Macron selon laquelle « Emmanuel et Alexis ne font qu’un ». Kohler intervient dans les réunions, remplit son carnet de notes et maîtrise suffisamment les dossiers pour prendre part aux discussions les plus sensibles.

Sa puissance tient aussi à sa longévité. Le premier cercle de 2017 se réduit progressivement. Stéphane Séjourné quitte l’Élysée pour le Parlement européen, Sibeth Ndiaye s’éloigne de la vie politique et Ismaïl Emelien part à son tour. Kohler reste. Il voit passer les gouvernements et les crises sans quitter son poste. Le livre lui attribue ainsi une influence dans plusieurs décisions politiques et dans la composition des équipes gouvernementales. Il devient aussi celui qui peut être chargé d’annoncer aux ministres les décisions difficiles prises au sommet de l’exécutif. C’est dans ce contexte que l’ouvrage rappelle un autre surnom apparu dans l’entourage du pouvoir : « AK 47 ».

Les vidéos tournées autour de la présidence Macron prennent alors une dimension particulière. L’ouvrage raconte d’ailleurs que Kohler était sceptique lorsque le communicant Clément Leonarduzzi proposa, à l’approche du second quinquennat, de publier régulièrement sur YouTube des vidéos montrant les coulisses de la campagne. Emmanuel Macron valide pourtant le projet. Ces images destinées à montrer l’envers du décor présidentiel ont aussi un effet inattendu : elles rendent visible celui qui, par tempérament comme par fonction, travaille précisément dans l’ombre. Au détour des séquences, le spectateur peut ainsi repérer cette silhouette récurrente et comprendre progressivement qu’elle n’appartient pas simplement au décor présidentiel.

Huit années comme éminence grise d’Emmanuel Macron

Cette proximité explique pourquoi le portrait de Kohler clôt le livre de Dimitri Casali et Walter Bruyère consacré aux éminences grises. Dans leur définition, celles ci sont des acteurs discrets qui exercent une influence dépassant leurs fonctions officielles et restent dans l’ombre de personnalités beaucoup plus célèbres. Le cas Kohler correspond, dans leur démonstration, à une version contemporaine du phénomène. Il ne possède pas la légitimité électorale du président ni l’exposition d’un Premier ministre, mais sa proximité avec le chef de l’État et sa maîtrise des dossiers lui donnent une place singulière.

Son parcours à l’Élysée est aussi marqué par les affaires. L’ouvrage revient notamment sur l’affaire MSC et sur sa mise en examen en 2022. Les auteurs évoquent également d’autres controverses qui ont entouré le secrétaire général. Ces éléments judiciaires doivent être distingués des jugements portés par le livre sur son influence ou sur les raisons de son départ. Kohler a contesté les accusations portées contre lui dans l’affaire MSC. Le 27 mars 2025, il annonce finalement qu’il quitte l’Élysée pour rejoindre Société Générale. Il aura passé près de huit années au poste de secrétaire général.

C’est pourquoi les images des années Macron méritent aujourd’hui d’être regardées une seconde fois. Au premier visionnage, Alexis Kohler peut sembler n’être qu’un collaborateur parmi les autres, un homme en costume situé quelques pas derrière le président. Après avoir compris son rôle, ces mêmes images racontent autre chose. De la campagne de 2017 aux vidéos montrant les coulisses de la présidence, Kohler est souvent là, rarement au centre mais toujours proche. Une position qui résume finalement assez bien ce qu’est une éminence grise : un homme que l’on voit sans vraiment le regarder, alors même qu’il se trouve au plus près du pouvoir.

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