En septembre 2026, à Bordeaux, alors que 15 000 professionnels du logement social demandent une sortie de crise, le gouvernement Jeanbrun alloue 500 millions d’euros pour prolonger les allègements existants, tout en mobilisant 10 milliards pour soutenir le logement intermédiaire destiné aux classes moyennes. Le signal est clair : l’État réduit progressivement son soutien au logement social, laissant 2 millions de ménages dans l’attente.
Choix budgétaires : 10 milliards pour l’intermédiaire, 500 millions pour le social
Lors du Congrès HLM de Bordeaux, le ministre Vincent Jeanbrun a annoncé des décisions budgétaires marquantes. La Banque des Territoires met à disposition 10 milliards d’euros de prêts pour le logement intermédiaire, tandis que les bailleurs sociaux doivent se contenter de la reconduction de 500 millions d’allègements, incluant la réduction de loyer de solidarité à 900 millions et la contribution au FNAP à 275 millions.
Le choix politique : favoriser les classes moyennes
Le logement intermédiaire vise les ménages aux revenus dépassant les plafonds HLM mais insuffisants pour le privé. Moins cher à produire et plus rentable, il attire le gouvernement. Cependant, les 5,4 millions de logements sociaux hébergent déjà 11 millions de personnes, avec 2 millions de ménages en attente, notamment à Paris, Lyon ou Bordeaux. Privilégier l’intermédiaire revient à négliger les salariés précaires et les familles monoparentales sans autre solution.
Le logement intermédiaire : un écran de fumée
Le décret de 2026 réduisant les obligations de logements sociaux pour les communes illustre cette tendance : l’État se désengage en faveur d’un secteur moins contraignant. Les bailleurs réclament une TVA réduite sur la construction et la réhabilitation, ainsi qu’une révision de la RLS, mais leurs revendications restent vaines. Vincent Jeanbrun se contente de déclarations générales : « Nous recréerons de l’offre. »
Une pénurie orchestrée : 2 millions de ménages en liste d’attente
Le parc social français, avec ses 5,4 millions de logements pour 11 millions d’habitants, laisse 2 millions de ménages dans l’attente. Dans les grandes villes, le délai dépasse souvent cinq ans. Les salariés peinent à se loger près de leur travail, les familles vivent dans des logements inadaptés, et les jeunes renoncent à s’installer. Le Monde souligne les contradictions du gouvernement envers les bailleurs sociaux, pris entre production exigée et moyens réduits.
La RLS : un frein pour les bailleurs sociaux
La réduction de loyer de solidarité, ponctionnée sur les recettes des HLM, s’élève à 900 millions d’euros en 2027, limitant les fonds pour construire et rénover. Les bailleurs doivent choisir entre entretien et construction. L’Union sociale pour l’habitat (USH) appelle à une révision de cette taxe, mais le gouvernement ne propose que des reconductions sans engagement à long terme. Emmanuelle Cosse, présidente de l’USH, déclare : « Il faut une promesse pour le locataire. »
Insuffisance de la production de logements
En 2025, les organismes HLM ont lancé 118 000 nouveaux logements et rénové plus de 140 000 unités. L’objectif national fixé pour 2026 prévoit 400 000 logements annuels d’ici 2030, dont 125 000 sociaux. La production actuelle ne comble qu’un tiers des besoins. Les bailleurs sont confrontés à une incertitude budgétaire et des coûts de construction croissants. Emmanuelle Cosse insiste sur la nécessité de produire davantage. Le gouvernement, lui, privilégie des actions ponctuelles.
Le Congrès HLM : une demande ignorée
Du 22 au 24 septembre, le Congrès HLM a rassemblé plus de 15 000 participants à Bordeaux. Le secteur appelle à une vision à long terme et à des engagements sur la durée d’un quinquennat, pas seulement budgétaires. Vincent Jeanbrun, pourtant, ne propose que des reconductions pour 2027, sans réforme structurelle ni calendrier précis.
Des promesses sans fondement
Le ministre affirme que l’État doit offrir visibilité et moyens aux bailleurs, mais ces engagements se limitent à une année. Les demandes de TVA réduite et de révision de la RLS restent sans réponse. MySweetImmo décrit les 500 millions d’allègements comme temporaires et insuffisants.
Un fossé entre attentes et réponses
Emmanuelle Cosse, de l’USH, demande une « promesse pour le locataire » avec des améliorations tangibles. Le gouvernement répond par des chiffres techniques et des prêts pour un segment qui n’est pas celui des plus précaires. Les bailleurs sociaux se retrouvent à devoir construire et rénover sans moyens accrus, gérer la pénurie sans perspective.
Défi de la décarbonation du parc social
En septembre 2025, l’Alliance HLM pour les énergies renouvelables a lancé un bilan montrant que 60 % des logements sociaux dépendent du gaz fossile. Tecsol Quotidien estime le coût de la décarbonation à 300 milliards d’euros d’ici 2050. Les bailleurs doivent simultanément construire, rénover et décarboner, mais le gouvernement ne précise aucun financement.
Le Congrès HLM 2026 a été un rendez-vous manqué entre un secteur en quête de stratégie et un État proposant des solutions temporaires. Alors que Vincent Jeanbrun investit 10 milliards pour l’intermédiaire, 2 millions de ménages attendent toujours un logement social. L’État privilégie les classes moyennes et la gestion comptable à une vision durable. La pénurie reste perçue comme une fatalité plutôt qu’une politique délibérée, reflétant une invisibilisation des plus précaires par l’État, qu’il s’agisse d’allocations ou de logements.









