Le gouvernement Lecornu adopte une double stratégie : serrer la ceinture des retraités et allocataires tout en réduisant de 30 % la surtaxe sur les grandes entreprises. Tandis que 5,5 milliards d’euros sont ponctionnés sur les pensions, le patronat bénéficie d’une économie de 2,1 milliards. Un choix politique explicite : les moins aisés contribuent, les grandes entreprises soufflent.
Qui paie réellement l’austérité annoncée ?
Le 1er octobre 2026, le projet de loi de finances 2027 est dévoilé en Conseil des ministres. L’objectif est de réduire le déficit public de 5,4 % à 5 %. Pour ce faire, Roland Lescure, ministre de l’Économie, annonce 43 milliards d’euros de nouvelles mesures. Cependant, les retraités, allocataires et fonctionnaires portent le poids principal. En revanche, les grandes entreprises bénéficient d’un allègement fiscal de 2,1 milliards d’euros grâce à la baisse de la surtaxe sur l’impôt sur les sociétés.
Comparaison entre retraites et surtaxe des entreprises
Les chiffres sont révélateurs. Le gouvernement prévoit d’économiser 5,5 milliards d’euros sur les retraites en 2027, notamment par la sous-indexation des pensions à hauteur de 4,1 milliards et une réforme de l’abattement fiscal de 1,4 milliard. Seules les pensions jusqu’à 1.260 euros par mois seront indexées sur l’inflation, tandis que les autres subiront un gel ou une indexation partielle. Parallèlement, la surtaxe sur les grandes entreprises diminue de 7,3 à 5,2 milliards d’euros, soit une baisse de 30 %, offrant ainsi un répit de 2,1 milliards aux entreprises réalisant plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires.
Pour chaque euro économisé sur la surtaxe des multinationales, les retraités en perdent 2,60. L’austérité n’est donc pas partagée équitablement. Elle touche principalement les personnes âgées, les familles allocataires et les salariés du secteur public.
Conséquences des politiques fiscales antérieures
David Amiel, ministre des Comptes publics, évoque la gravité de la situation, affirmant que l’immobilisme serait un décrochage. Toutefois, le déficit résulte de neuf années de gouvernance macroniste ayant multiplié les allègements fiscaux sans réduire les dépenses structurelles. Ainsi, la dette française atteint des niveaux inédits depuis 2008. Les retraités n’ont pas profité de la baisse de l’impôt sur les sociétés ni de la suppression de l’ISF, mais se voient aujourd’hui demander un sacrifice pour la responsabilité budgétaire, tandis que les grandes entreprises sont épargnées.
Une réduction de surtaxe favorable aux multinationales
Les conséquences de la baisse de la surtaxe
Instaurée en 2025 pour compenser le déficit public, la surtaxe sur les grandes entreprises rapportait 7,3 milliards d’euros. En 2027, elle ne génèrera plus que 5,2 milliards. Pourquoi réduire cette taxe en période de gels et de coupes budgétaires pour les ménages ? Officiellement, l’exécutif cite la compétitivité et le besoin de ne pas décourager l’investissement. Cependant, aucune étude n’indique que la surtaxe ait freiné la croissance ou l’emploi. Les 2,1 milliards d’euros abandonnés auraient pu financer l’indexation complète des retraites ou éviter le gel de la prime d’activité.
Le traitement diffère selon qu’il s’agisse des entreprises ou des retraités : pour les premières, on parle de «compétitivité» et de «climat des affaires» ; pour les seconds, de «responsabilité» et de «solidarité nationale».
Le discours contrasté du gouvernement
Sébastien Lecornu, Premier ministre, souligne la montée des taux d’intérêt de la dette française, rappelant les niveaux de 2008. Pourtant, le gouvernement choisit d’épargner les grandes entreprises. Roland Lescure justifie la réduction de la surtaxe en affirmant viser un déficit de 5 %. Cependant, comment prétendre à l’équilibre en renonçant à 2,1 milliards de recettes fiscales ? Le discours semble incohérent : soit la situation est critique et tous contribuent, soit elle ne l’est pas assez pour toucher aux profits des multinationales.
Effets de trois ans d’érosion du pouvoir d’achat
Impact des gels sur les prestations sociales
Le projet de budget 2027 impose un gel généralisé des prestations sociales. Les allocations familiales et les APL ne seront pas revalorisées. Le point d’indice des fonctionnaires reste figé, et 1.076 postes sont supprimés dans la fonction publique d’État. David Amiel résume la stratégie budgétaire ainsi : «Le gel est la règle et l’augmentation est l’exception.» Les ménages modestes doivent se restreindre alors que les grandes entreprises bénéficient d’un répit.
Les économies prévues sur les arrêts maladie (2 milliards d’euros) affecteront également les salariés. En combinant gels et sous-indexations, le gouvernement prévoit une troisième année de dégradation du pouvoir d’achat pour les classes moyennes et populaires. Pendant ce temps, aucune mesure structurelle ne limite les dividendes ou rachats d’actions des grandes entreprises.
Les entreprises prospèrent malgré la crise budgétaire
Les multinationales françaises ont distribué des dividendes records en 2025 et 2026, avec des marges bénéficiaires au plus haut. Elles profitent néanmoins d’un allègement fiscal de 2,1 milliards d’euros en pleine crise budgétaire. Le gouvernement justifie ce choix par la nécessité de préserver l’attractivité économique du pays. Mais cette attractivité concerne-t-elle les investisseurs étrangers ou les citoyens français dont le pouvoir d’achat diminue ?
Le contraste est flagrant : les retraités perdent 5,5 milliards, les allocataires subissent des gels, les fonctionnaires ne sont pas augmentés, tandis que les entreprises réalisant plus d’un milliard de chiffre d’affaires économisent 2,1 milliards. Le gouvernement Lecornu a tranché : privilégier le capital plutôt que le travail et les retraites.
Les véritables causes de la crise budgétaire
En 2017, le déficit de la France était de 2,7 %. Neuf années de politiques sous Macron ont élargi cet écart. Suppression de l’ISF, baisse de l’impôt sur les sociétés, multiplication des crédits d’impôts pour les entreprises ont réduit les recettes fiscales sans maîtriser les dépenses. Aujourd’hui, le gouvernement présente la facture, mais aux retraités, allocataires et fonctionnaires, non à ceux qui ont bénéficié des largesses fiscales.
Le déficit public atteint 5,4 % en 2026, bien au-delà du seuil européen de 3 %. Bruxelles a entamé une procédure pour déficit excessif en 2024. La charge d’intérêt de la dette explose. Pourtant, au lieu de revenir sur les allègements fiscaux pour les plus riches et grandes entreprises, le gouvernement choisit une austérité sélective. Les retraités doivent payer pour les erreurs d’une décennie de politique économique favorable au capital.
Le budget 2027 illustre les priorités de l’exécutif. Entre 5,5 milliards d’économies sur les retraites et 2,1 milliards sur les grandes entreprises, le gouvernement choisit : favoriser les entreprises avant les citoyens. À quelques mois de l’élection présidentielle, Lecornu et son équipe assument cette orientation politique. Reste à voir si les Français l’accepteront.








