Une progression alarmante de l’absentéisme
Depuis 2020, l’absentéisme s’est installé durablement en France, affectant aussi bien le secteur privé que public. En 2025, le taux d’absentéisme atteint 4,95 % dans le privé et 6,1 % dans le public, creusant l’écart entre ces deux secteurs. Cette situation coûte des milliards d’euros, désorganise les structures et pèse sur le système de protection sociale.
Le baromètre WTW d’octobre 2026 confirme que l’absentéisme reste élevé après le pic de 2022. Bloqué autour de 5 % depuis quatre ans, il dépasse les niveaux d’avant-crise, et a même augmenté de 1,6 % entre 2024 et 2025. Toutes les catégories socioprofessionnelles sont touchées, certaines plus que d’autres.
Des absences de plus en plus longues
Le nombre de salariés s’absentant au moins une fois par an reste stable à 33,6 % en 2025. Cependant, la durée des absences s’allonge : un salarié absent cumule désormais 38 jours d’absence par an, soit presque autant qu’en pleine crise sanitaire. De plus, 4 % des salariés concentrent 61 % des jours d’absence, chacun dépassant 90 jours d’arrêt par an.
Les absences courtes et répétées, bien que moins impactantes en volume, désorganisent les équipes. Leur fréquence moyenne est de 1,74 arrêt par salarié, et les arrêts de courte durée représentent 59 % du total, tandis que ceux de plus de trois mois comptent pour 57 % des jours d’absence. Les risques psychosociaux, en forte augmentation, sont à l’origine de 36 % des longues absences.
Groupes particulièrement touchés
Les non-cadres affichent un taux d’absentéisme de 6,2 %, largement supérieur à celui des cadres. Cependant, le taux d’absentéisme des cadres a augmenté de 17 % entre 2023 et 2025. Les femmes, avec un taux de 6 %, sont plus touchées que les hommes, surtout entre 30 et 40 ans. L’usure professionnelle et l’aidance expliquent en partie le taux élevé chez les seniors, qui atteint 7,4 % au-delà de 60 ans.
Coût et mesures de contrôle
L’absentéisme coûte chaque année 15 milliards d’euros à l’administration, représentant entre 300 000 et 350 000 équivalents temps plein. Dans le privé, ce coût s’élève à 120 milliards d’euros annuels, incluant les charges salariales et les impacts sur la productivité. Les indemnités journalières pour arrêts maladie sont de 12,2 milliards d’euros, dépassant 21 milliards en incluant maternité et accidents du travail. Le gouvernement vise des économies de 2 milliards sur les arrêts de travail.
Depuis septembre 2026, la durée des arrêts classiques est limitée à un mois, et à un an pour certaines pathologies à partir d’octobre. Le Plan santé au travail 2026-2030 met l’accent sur la prévention, mais WTW estime que sans une stratégie globale, le contrôle ne suffira pas.
Dans le secteur public, le coût réel des arrêts maladie n’est pas mesuré. La Fondation IFRAP propose de déléguer à la CNAM la gestion et le contrôle des arrêts pour harmoniser les pratiques entre public et privé, ce qui pourrait contribuer à réduire l’absentéisme.









