Bistrots et Unesco : la stratégie culturelle d’Emmanuel Macron

En plaidant pour l’inscription des bistrots et cafés français au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco, Emmanuel Macron ne cherche pas seulement une carte postale sympathique. Il engage la France dans une stratégie culturelle, diplomatique et symbolique, où l’art de vivre devient un enjeu politique.

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Bistrots Et Unesco La Strategie Culturelle Demmanuel Macron
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Un geste politique qui dépasse l’anecdote

L’annonce a d’abord pu faire sourire : en pleine période de tensions économiques, sociales et sécuritaires, Emmanuel Macron choisit de se battre pour que les bistrots français entrent au patrimoine immatériel mondial. Le bistrot, en France, n’est pas qu’un lieu de consommation : c’est un espace de sociabilité, de vie collective, parfois même de solidarité de proximité. Défendre ce lieu, c’est défendre une vision de la nation : une société qui continue de parler, d’échanger, de vivre ensemble.

Cette initiative s’inscrit aussi dans une continuité. La France a déjà obtenu pour plusieurs de ses traditions le label Unesco : la gastronomie française, le repas gastronomique, la baguette, certaines pratiques artisanales et culturelles. Chaque reconnaissance participe d’une forme de diplomatie culturelle qui compte beaucoup dans l’image internationale du pays. Emmanuel Macron veut poursuivre cette dynamique, en misant sur un symbole populaire et accessible : le bistrot.

Ce que signifie réellement être inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco

Contrairement à une idée répandue, être inscrit au patrimoine culturel immatériel ne fige pas une tradition, ne l’industrialise pas, ne la transforme pas en musée. L’Unesco ne “protège” pas juridiquement les lieux ou les pratiques : elle reconnaît leur valeur sociale, culturelle et humaine. Ce patrimoine immatériel concerne tout ce qui relève du “vivant” : pratiques sociales, rites, savoir-faire, traditions, modes de vie partagés.

Pour être inscrit, un pays doit déposer un dossier solide. Il doit démontrer que cette pratique a une valeur culturelle, qu’elle contribue au lien social, qu’elle est transmise et qu’elle reste vivante. Il doit aussi proposer un “plan de sauvegarde” : des mesures de soutien, de promotion, d’accompagnement, souvent en lien avec les acteurs de terrain. L’Unesco évalue ensuite le dossier, analyse les arguments, observe la dimension humaine et sociale, puis décide.

En clair, si les bistrots venaient à être reconnus, il ne s’agirait pas seulement d’une médaille symbolique. Cela encouragerait des politiques publiques de soutien, de transmission et de valorisation. Cela donnerait une visibilité internationale aux cafés de quartier, renforcerait leur reconnaissance sociale et culturelle, et inciterait à préserver ces lieux dans un contexte où beaucoup ferment, surtout dans les territoires ruraux ou fragilisés.

Une inscription davantage sociale que touristique

L’inscription au patrimoine immatériel n’est pas seulement un outil touristique. Certes, elle attire parfois des visiteurs, mais sa vocation est avant tout sociale : protéger certaines pratiques humaines qui peuvent structurer une société. Dans le cas des bistrots, cela signifie défendre un lieu essentiel du quotidien : un endroit où l’on peut parler sans contrainte, où les générations se croisent, où la solitude recule, où la vie locale continue d’exister.

C’est là que se joue l’enjeu politique du projet. Dans un pays où le sentiment de fragmentation sociale progresse de plus en plus rapidement, où les repères collectifs s’abîment, où les lieux de vie partagée se raréfient, défendre le bistrot revient à affirmer que la République ne se limite pas à des institutions et à des textes. Elle vit aussi dans ces lieux simples où les citoyens se rencontrent sans protocole.

Un pari symbolique pour un mandat bousculé

Faut-il voir dans l’inscription des bistrots au patrimoine immatériel de l’Unesco un geste dérisoire face aux difficultés françaises ? Peut-être. Mais ce choix révèle aussi une volonté d’agir sur ce qui fait encore tenir la société : le lien. Emmanuel Macron, en cherchant ce label, tente aussi de réaffirmer que la France n’est pas seulement une économie, une administration ou un État, mais une civilisation avec ses habitudes, ses rites quotidiens et son art de vivre.

Obtenir l’inscription ne résoudra pas les crises profondes du pays. Mais cela pourrait offrir une reconnaissance de ce qui fait encore communauté. Ce qui, pour le président du confinement, est presque paradoxal.

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