Donald Trump autorise des entreprises privées de cybersécurité à mener des opérations de piratage offensif contre des organisations criminelles transnationales. Un mémorandum signé mercredi encadre strictement ces interventions sous contrôle gouvernemental, avec une caution d’un million de dollars et des interdictions formelles.
Les États-Unis autorisent des entreprises privées à mener des cyberattaques contre les réseaux criminels
Donald Trump a franchi mercredi 13 août 2026 un cap inédit dans la lutte contre la cybercriminalité. Le président américain a signé un mémorandum de sécurité nationale qui autorise des entreprises de cybersécurité privées à mener des opérations de piratage offensif contre des organisations criminelles transnationales opérant depuis l’étranger. Un tournant majeur qui transfère aux mains du secteur privé des prérogatives jusqu’ici réservées aux agences fédérales de renseignement et aux forces armées.
Le document, intitulé « Élargissement des capacités de lutte contre la cybercriminalité transnationale », confie au Centre national de coordination du groupe de travail sur la sécurité intérieure la création d’un programme permettant à des sociétés américaines rigoureusement contrôlées de conduire des cyberattaques sous supervision gouvernementale. Selon la Maison-Blanche, les pertes subies par les consommateurs américains du fait de la cybercriminalité se sont élevées à 20,8 milliards de dollars en 2025, et 73 % des adultes américains auraient été victimes d’une arnaque ou d’une attaque en ligne.
Un cadre strict pour encadrer les opérations de piratage
Les entreprises participantes ne bénéficieront pas d’une autorisation générale. Chaque société devra signer un contrat avec le ministère de la Justice ou le département de la Sécurité intérieure, puis se soumettre à un processus de vérification rigoureux. Les critères d’évaluation porteront sur la compétence technique, la sécurité des installations, la vérification des antécédents du personnel et la fiabilité démontrée dans la conduite d’opérations cyber.
Le mémorandum distingue deux types d’interventions autorisées. D’une part, les « opérations de surveillance cyber », destinées à collecter du renseignement sur les réseaux criminels tout en restant indétectées. D’autre part, les « opérations à effets cyber », qui visent explicitement « la manipulation, la perturbation, le déni, la dégradation ou la destruction de systèmes d’information, de réseaux, d’infrastructures physiques ou virtuelles contrôlées par des systèmes d’information, ou d’informations qui y résident », selon les termes du document officiel.
Les directeurs exécutifs du programme, issus de la Sécurité intérieure et de la Justice, disposeront de 60 jours pour élaborer les procédures opérationnelles détaillées, y compris le cadre permettant de désigner les cibles légitimes. Toute opération susceptible d’entraîner des pertes humaines, des blessures graves ou de constituer un recours à la force au sens du droit international reste formellement interdite. Les sociétés participantes devront maintenir une caution ou un dépôt séquestre d’au moins un million de dollars, montant qui sera confisqué en cas de violation des termes contractuels.
Des risques opérationnels qui inquiètent les experts
La décision de Trump suscite des interrogations profondes au sein de la communauté de la cybersécurité. Jason Kikta, ancien officier du Cyber Command américain et aujourd’hui directeur technique chez Automox, décrit le programme comme « une machine à mouvement perpétuel pour des menaces facturables ». Ben Bernstein, responsable de l’équipe de conseillers en cybersécurité chez Huntress Labs, met en garde contre la nature même des infrastructures criminelles : « Les acteurs de la menace ne lancent pas d’attaques depuis des serveurs étiquetés à Moscou. Ils acheminent le trafic via des infrastructures compromises et innocentes, comme un routeur vulnérable dans un cabinet dentaire de l’Ohio ou un réseau hospitalier. »
Frapper en retour sans toucher des tiers innocents relève de l’exploit dans un tel environnement. L’infrastructure adversaire se consume en quelques heures. Quand une entreprise contrôlée aura identifié une cible, obtenu l’autorisation nécessaire et franchi toutes les étapes de déconfliction avec les autres opérations gouvernementales en cours, ses opérateurs « tireront sur des fantômes », prévient Bernstein. Une réalité qui fait écho aux tactiques de plus en plus sophistiquées des hackers étatiques, qui rendent la riposte encore plus complexe.
Andrew Schoka, ancien officier de l’armée américaine au Cyber Command, pointe un autre danger : « Le véritable risque, c’est de se retrouver avec une bande de corsaires cyber qui courent dans tous les sens sans coordination ni direction claire au niveau fédéral. » Selon lui, la déconfliction dans les opérations cyber constitue déjà « un défi majeur pour les agences fédérales, mais maintenant on ajoute la complexité d’entreprises du secteur privé disposant de bien plus de capacités et de rapidité ».
Une réponse au déséquilibre des forces face aux menaces étatiques
L’administration Trump justifie sa décision par l’ampleur des moyens adverses. Christopher Wray, l’ancien directeur du FBI, avait révélé que les pirates informatiques soutenus par le gouvernement chinois surpassent en nombre le personnel cyber du FBI dans un rapport de 50 contre 1. Cynthia Kaiser, ancienne haute responsable cyber du FBI, reconnaît l’intérêt stratégique du dispositif : « Disposer de l’aide du secteur privé pour contrer les cybercriminels permet aux États-Unis de perturber davantage de groupes et libère des agences comme le FBI et le Cyber Command pour qu’elles se concentrent davantage sur la lutte contre des États-nations comme la Chine. »
Toutefois, Kaiser tempère immédiatement : « Mais le diable est dans les détails. Avant de s’inscrire, les entreprises auront besoin d’informations plus explicites sur les protections en matière de responsabilité, les types de surveillance gouvernementale et l’utilisation par les criminels étrangers d’infrastructures américaines, entre autres préoccupations. »
Le mémorandum présidentiel fait suite à un décret publié le 6 mars 2026, intitulé « Lutte contre la cybercriminalité, la fraude et les stratagèmes prédateurs contre les citoyens américains ». Il s’inscrit également dans la continuité de la stratégie cyber publiée en mars dernier, qui promettait de « libérer le secteur privé en créant des incitations à identifier et perturber les réseaux adverses et à faire monter en puissance nos capacités nationales ».








