L’agence de notation Moody’s a confirmé, le 24 octobre 2025, la note souveraine de la France à Aa3, tout en abaissant sa perspective de « stable » à « négative ». Ce changement reflète les doutes de l’agence sur la trajectoire budgétaire et la capacité du pays à stabiliser sa dette publique dans un contexte de tensions politiques et de déficit élevé.
Une note maintenue, une perspective abaissée à “négative”
Dans son communiqué publié vendredi 24 octobre, Moody’s Investors Service a maintenu la note de crédit à long terme de la France à Aa3, mais a modifié sa perspective de « stable » à « négative ».
L’agence justifie cette décision par « le risque accru que la fragmentation du paysage politique continue d’affaiblir le fonctionnement des institutions législatives », ce qui pourrait « entraver la capacité du gouvernement à réduire le déficit et à maîtriser la croissance de la dette », relaye Reuters.
La révision de la perspective « reflète l’augmentation des risques pesant sur la crédibilité budgétaire de la France », alors que le pays doit composer avec des dépenses publiques élevées et une dynamique d’emprunt soutenue. L’agence n’annonce pas de dégradation immédiate, mais laisse entendre qu’une telle évolution pourrait intervenir si les réformes budgétaires ralentissent. « Cette instabilité politique risque de nuire à la capacité du gouvernement à relever les principaux défis, tels qu’un déficit budgétaire élevé, un endettement croissant et une augmentation durable des coûts d’emprunt », précise le communiqué.
Les justifications économiques de Moody’s
Moody’s fonde sa décision sur une série d’indicateurs budgétaires et macroéconomiques. Selon ses projections, la dette publique française avoisine 116 % du PIB, un niveau supérieur à la moyenne de la zone euro, et devrait se maintenir à un niveau élevé jusqu’en 2028. Le déficit budgétaire est estimé à 5,4 % du PIB en 2025, après 6,1 % en 2024, selon les données reprises du ministère de l’Économie. La trajectoire officielle prévoit un retour sous 3 % du PIB à l’horizon 2029 mais semble de moins en moins réaliste.
Pour Moody’s, ces objectifs supposent une croissance soutenue des recettes et une discipline budgétaire rigoureuse, deux hypothèses jugées fragiles dans le contexte actuel. L’agence relève aussi la progression de la charge d’intérêts, conséquence de la hausse des taux sur les marchés. Fin octobre, le différentiel entre les obligations françaises et allemandes à dix ans atteignait environ 81 points de base, selon Bloomberg.
Moody’s indique que la note de la France reste soutenue par la taille et la diversification de son économie, son cadre institutionnel solide et la confiance des investisseurs dans la dette souveraine de la zone euro. Cependant, le maintien de ces atouts dépend de la capacité à rétablir une trajectoire budgétaire crédible. L’agence souligne que « l’absence de budgets qui contiendraient les dépenses ou augmenteraient les recettes » rendrait le déficit « plus durable que prévu ».
Le communiqué rappelle aussi que le ratio dette/PIB s’est accru de près de dix points depuis 2019 et que la France se distingue désormais par un niveau d’endettement parmi les plus élevés de la zone euro, derrière l’Italie, la Grèce et l’Espagne.
La décision de Moody’s intervient après deux dégradations successives par les autres grandes agences. Standard & Poor’s a abaissé, le 17 octobre 2025, la note de la France de AA- à A+, assortie d’une perspective stable, invoquant « des risques accrus pour la consolidation budgétaire ». Fitch Ratings avait déjà appliqué la même notation A+ au printemps.








