Le 24 juillet 2025, EDF a publié un résultat semestriel en nette baisse : -22 % de bénéfice net en un an. Une contre-performance qui, loin de freiner le groupe, valide au contraire un virage stratégique assumé par Bernard Fontana. Le nouveau patron d’EDF veut recentrer l’entreprise sur le nucléaire français, délaissant les marchés internationaux et recentrant les investissements sur une filière nationale jugée décisive. Ce retour à l’atome marque une volonté claire : restaurer la compétitivité, protéger la souveraineté énergétique et dessiner un avenir viable pour les consommateurs comme pour l’industrie.
Un choc financier qui ne détourne pas la ligne stratégique
Les chiffres sont sans appel. Le premier semestre 2025 se clôt sur un bénéfice net ramené à 5,47 milliards d’euros, en recul de 22 %. L’EBITDA accuse une baisse parallèle, de 17,1 %, à 15,5 milliards. Cette dégradation s’explique essentiellement par l’effondrement des prix sur les marchés européens de l’électricité, phénomène amplifié par la volatilité des flux énergétiques depuis 2023.
Mais derrière ce repli comptable, la production nucléaire affiche un net rebond : +2,5 %. Et c’est bien là que se niche la clé de lecture de la nouvelle stratégie EDF : revenir à l’essentiel. Privilégier la maîtrise industrielle, capitaliser sur l’expertise nationale, réduire la dispersion.
Exit l’international : l’énergie au service du territoire
Fini les ambitions tous azimuts. EDF gèle ses projets au Canada, en Pologne, en Inde. Elle désengage plusieurs portefeuilles renouvelables, vend ses parcs éoliens au Brésil, se retire de projets solaires aux États-Unis. L’objectif ? Libérer des ressources pour investir dans les infrastructures critiques françaises.
Le groupe prépare la construction de six nouveaux EPR2, prévus sur les sites de Penly, Gravelines et Bugey. Une opération d’envergure industrielle, chiffrée à plus de 50 milliards d’euros. Ce programme est au cœur du contrat stratégique de filière signé en juin 2025, document qui fédère État, industriels, chercheurs et exploitants autour d’un même horizon : renforcer la souveraineté énergétique de la France.
L’atome français : levier de souveraineté, d’efficacité, de compétitivité
Ce retour assumé à l’énergie nucléaire ne tient pas uniquement à la nostalgie gaullienne. Il répond à une triple urgence : sécuriser l’approvisionnement, réduire les émissions, maîtriser les prix. À la différence des énergies fossiles ou renouvelables intermittentes, l’atome offre une énergie stable, pilotable et produite localement.
Dans un scénario où la France sortirait du marché européen de l’électricité, EDF pourrait proposer aux consommateurs une électricité tarifée à coût plus libre, sans subir l’effet des prix marginaux du gaz. Le gain serait immédiat pour les ménages et les entreprises. Le signal serait clair pour l’investissement industriel.
EPR2, Sizewell, NUWARD : un programme nucléaire multi-étages
Le programme des EPR2 vise une mise en service progressive entre 2035 et 2038. En parallèle, EDF reste actionnaire minoritaire du projet Sizewell C au Royaume-Uni. Si ce chantier britannique est une vitrine européenne, il sert aussi d’alerte : à 45 milliards d’euros, le coût du projet est jugé prohibitif. La France devra faire mieux, plus vite, moins cher. Le défi est immense.
À plus long terme, EDF prépare également le déploiement des SMR. Le premier prototype français, NUWARD, pourrait voir le jour autour de 2030. Ce réacteur compact et modulaire, d’une puissance de 340 MW, s’adresse aux zones insulaires, aux bassins industriels et aux besoins de flexibilité réseau.
Malgré cette réorientation ambitieuse, EDF ne peut encore agir totalement librement. En tant qu’opérateur intégré sur un marché ouvert à la concurrence, le groupe reste encadré par les règles européennes, notamment en matière de transparence tarifaire et d’accès au réseau. Pour l’heure, EDF doit composer avec un cadre où ses coûts de production ne se reflètent pas directement dans les prix de vente, limitant sa marge de manœuvre commerciale.
Le recentrage nucléaire d’EDF n’est pas une simple inflexion conjoncturelle. Il traduit une conviction stratégique forte : le XXIe siècle énergétique sera piloté par ceux qui maîtrisent leur base industrielle, contrôlent leur production et s’affranchissent des dépendances. L’atome n’est plus une option ; pour EDF, c’est désormais un cap.












