Le retrait de la surprime sur les assurances, annoncée dans le cadre du budget 2026, a été présenté comme un geste d’apaisement. En réalité, ce renoncement ne règle rien. Il déplace simplement la charge financière des émeutes vers un mécanisme plus opaque, où l’État, les assureurs et les assurés ordinaires se renvoient la facture.
Surprime abandonnée : un recul politique, pas un choix de justice
L’idée de faire contribuer tous les assurés à hauteur de 5 % pour couvrir les dégâts causés par les émeutes était politiquement risquée. Elle avait au moins un mérite : celui de la clarté. La ligne était visible sur les contrats d’assurances. Le coût était identifié. Le débat, frontal. En renonçant à cette surprime, le gouvernement n’a pas corrigé une injustice, il a choisi de la rendre moins lisible.
Ce recul est d’abord un aveu. Un aveu d’impuissance politique face à un sujet devenu explosif. Les émeutes sont désormais traitées comme un risque structurel, presque normalisé, mais sans jamais assumer qui doit en payer le prix. En supprimant la surprime, l’exécutif a cédé à la pression, notamment celle des classes moyennes supérieures déjà lourdement sollicitées fiscalement, sans proposer de solution réellement équitable.
Surtout, ce renoncement ne s’accompagne d’aucune remise en cause du principe de mutualisation forcée. Le problème n’est pas tant la surprime elle-même que le fait de faire payer collectivement des destructions commises par des individus identifiés. Sur ce point, le gouvernement n’apporte aucune réponse. Il contourne le sujet.
Le fonds émeutes : contribution “volontaire”, coût certain
Pour remplacer la surprime, l’exécutif a choisi la création d’un fonds émeutes, alimenté par une contribution dite volontaire des assureurs et géré par un organisme public. Le mot est soigneusement choisi. Volontaire en droit. Illusoire en pratique. Car aucune compagnie d’assurances ne peut durablement absorber des coûts massifs sans les répercuter.
Ce fonds repose sur un postulat fragile : celui selon lequel les assureurs accepteraient de contribuer sans impact sur les primes. Or, dans un secteur régulé mais concurrentiel, toute charge nouvelle finit par être intégrée dans les tarifs. Autrement dit, la surprime disparaît du contrat, mais elle réapparaît ailleurs, diluée, invisible, et donc politiquement indolore pour l’État.
À cela s’ajoute un choix territorial discutable. Le fonds émeutes serait réservé à quelques territoires jugés particulièrement touchés. La Nouvelle-Calédonie en est l’exemple le plus emblématique. Le principe choque. Les cotisations viendront de l’ensemble du marché, donc de l’ensemble des assurés, mais les indemnisations seront ciblées. Cette dissociation entre financeurs et bénéficiaires nourrit un sentiment d’injustice durable.
Enfin, la création d’un nouvel organisme public chargé de piloter ce fonds n’est pas neutre. Elle implique des frais de fonctionnement, des recrutements, des procédures, des contrôles. Autant de coûts fixes qui viendront s’ajouter aux indemnisations elles-mêmes. L’État renonce à une taxe visible pour créer une dépense publique supplémentaire, moins contrôlable et plus pérenne.
Émeutes : l’angle mort de la responsabilité individuelle
Le débat sur le financement des émeutes évite soigneusement une question centrale : pourquoi les casseurs ne paient-ils pas ? Les émeutes ne sont pas des catastrophes naturelles. Elles sont le fait d’individus identifiés, interpellés, parfois condamnés. Pourtant, le principe de réparation directe reste marginal dans le raisonnement public.
Amendes, saisies de biens, travaux d’intérêt général, voire remboursement étalé dans le temps : les outils juridiques existent. Ils sont imparfaits, mais ils existent. Le problème n’est pas juridique, il est politique. Faire payer les auteurs des dégâts suppose d’assumer une ligne ferme, potentiellement impopulaire, mais cohérente. Le gouvernement préfère mutualiser, c’est-à-dire socialiser les pertes.
Ce choix a une conséquence claire : ce sont ceux qui ne cassent pas qui paient pour ceux qui cassent. Les ménages assurés, les commerçants prudents, les entreprises respectueuses des règles financent indirectement les destructions qu’ils subissent parfois eux-mêmes. Le message envoyé est délétère. Il dissout la responsabilité individuelle dans une solidarité contrainte.
À terme, ce mécanisme nourrit une double défiance. Défiance envers l’État, perçu comme incapable de faire respecter l’ordre et la justice. Défiance envers le système assurantiel, transformé en collecteur indirect d’un risque social mal maîtrisé.











