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Emmanuel Macron et la guerre économique avec les États-Unis : un constat qui révèle les impasses européennes

En évoquant une guerre économique durable avec les États-Unis, Emmanuel Macron ne se livre pas à un exercice de dramatisation. Il formalise un basculement stratégique déjà perceptible, mais longtemps euphémisé par les Européens. Dans un entretien accordé à Le Monde, le président français décrit une relation transatlantique entrée dans une phase de confrontation structurelle, où les intérêts américains s’imposent sans plus chercher à préserver l’illusion d’un équilibre partenarial.

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Emmanuel Macron Et La Guerre Economique Avec Les Etats Unis Un Constat Qui Revele Les Impasses Europeennes
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La thèse centrale est claire : l’Europe fait face à un monde où la protection implicite américaine n’est plus garantie, et où la compétition économique s’est muée en instrument politique à part entière. Emmanuel Macron inscrit cette évolution dans un contexte plus large de désordre stratégique, marqué par la fin de l’énergie russe à bas coût, la montée en puissance industrielle chinoise et l’affirmation sans complexe de la priorité nationale américaine.

Une clarification américaine que l’Europe a trop longtemps refusé d’intégrer

Lorsque le président affirme que « les États-Unis font planer le doute », il ne décrit pas un abandon soudain, mais une clarification. Depuis des décennies, Washington a protégé ses intérêts industriels et technologiques tout en entretenant un discours multilatéral compatible avec la construction européenne. Cette ambiguïté permettait à l’Union de différer des choix coûteux, notamment en matière de défense, d’investissement et de politique industrielle.

Avec Donald Trump, cette ambiguïté disparaît. La politique américaine ne cherche plus à se rendre acceptable aux yeux de ses partenaires. Elle assume le recours massif aux subventions, la remise en cause des règles commerciales et l’usage extraterritorial du droit comme instruments de puissance. Emmanuel Macron ne dénonce pas une rupture idéologique, mais l’effondrement d’un récit européen fondé sur la prévisibilité américaine.

La guerre économique comme stratégie de pression continue

Emmanuel Macron insiste sur un point souvent mal compris : la guerre économique ne se manifeste plus par des chocs uniques, mais par une succession de pressions sectorielles. « Washington recule, et on pense que c’est fini. Mais n’y croyez pas une seule seconde », avertit-il. Cette remarque vise directement la tendance européenne à confondre concessions tactiques et apaisement durable.

La pression se déplace selon les priorités américaines : industrie, numérique, pharmacie, énergie. Cette fragmentation du conflit empêche toute mobilisation politique forte en Europe, tout en affaiblissant progressivement les capacités productives du continent. Le président français décrit ainsi une conflictualité de basse intensité, mais de haute efficacité, où les normes, les subventions et les chaînes de valeur remplacent les barrières tarifaires classiques.

Un aveu d’insuffisance européenne derrière le discours de souveraineté

Lorsqu’Emmanuel Macron affirme que l’Europe a « gagné le combat idéologique » mais qu’elle n’est « pas à la bonne échelle », il reconnaît implicitement l’écart entre discours et instruments. L’Union européenne a intégré le vocabulaire de la puissance, mais reste structurellement désarmée face à des acteurs capables de mobiliser rapidement des volumes financiers massifs.

L’alerte sur les délais est explicite : « si l’UE ne fait rien dans les trois à cinq ans, elle sera balayée ». Ce n’est pas une prophétie, mais un constat industriel. Les États-Unis et la Chine investissent simultanément dans la défense, les technologies critiques et la transition énergétique, tandis que l’Europe continue de renvoyer l’effort aux États membres, accentuant les divergences internes.

Eurobonds et marché intérieur : une vision cohérente, des résistances profondes

La proposition de lancer une capacité commune d’endettement s’inscrit dans une logique stratégique assumée. Emmanuel Macron lie explicitement investissement, cohésion du marché intérieur et autonomie financière, allant jusqu’à évoquer la nécessité de s’attaquer à la domination du dollar. L’objectif est double : financer des filières critiques et offrir aux marchés un actif européen de référence.

Mais cette architecture se heurte à des résistances politiques durables. Le projet d’un « marché natif » européen de 450 millions de consommateurs reste entravé par la diversité des fiscalités, des réglementations et des standards nationaux. Dans la défense comme dans l’agriculture, les cahiers des charges divergents fragmentent l’offre, renchérissent les coûts et neutralisent les effets d’échelle. Emmanuel Macron reconnaît d’ailleurs la responsabilité française, évoquant la sur-réglementation nationale comme un frein récurrent à la crédibilité européenne.

Une alerte qui engage la responsabilité des États

La formule « nous sommes seuls, mais nous sommes nous » résume la philosophie présidentielle. Emmanuel Macron ne plaide pas pour un repli, mais pour une prise de responsabilité. L’Europe ne peut plus compter sur des garanties externes pour compenser ses propres renoncements. La guerre économique avec les États-Unis ne commence pas ; elle s’inscrit désormais dans la durée.

L’enjeu dépasse donc le seul rapport à Washington. Il interroge la capacité des États européens à aligner leurs politiques nationales avec les ambitions qu’ils affichent collectivement. Faute de cet alignement, la lucidité mise en avant par Emmanuel Macron risque de rester un diagnostic juste, mais sans traduction opérationnelle, dans un monde où la puissance ne tolère plus l’indécision.

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