L’intersyndicale appelle à une grève le 5 novembre, exigeant des hausses de salaires, une revalorisation des pensions et un renforcement des services publics. Cependant, face à un gouvernement cherchant 54 milliards d’euros d’économies et une économie en difficulté, la question de la faisabilité de ces revendications demeure : ces demandes sont-elles réalisables, ou la grève s’ajoutera-t-elle simplement à une série de mobilisations sociales sans issue concrète ?
L’appel à la grève : une mobilisation ambitieuse
Le 5 octobre, cinq syndicats majeurs (CFDT, CGT, FO, Unsa et FSU) ont lancé un appel commun à une journée de grève nationale prévue pour le 5 novembre 2026. Premier mouvement de cette ampleur depuis la rentrée, il intervient après la mobilisation du 29 septembre dans la fonction publique, qui a rassemblé 300 000 manifestants selon les syndicats. L’enjeu ? Étendre la contestation à l’ensemble des salariés, retraités et jeunes.
Les revendications syndicales sont variées : augmentation des salaires, du Smic, des pensions de retraite, revalorisation du point d’indice des fonctionnaires, et renforcement des services publics. Les syndicats dénoncent un « déclassement inédit » des travailleurs. Le communiqué intersyndical souligne que l’inflation touche tous les postes de consommation alors que les revenus stagnent.
Outre le pouvoir d’achat, l’intersyndicale pousse pour une justice fiscale, réclamant une taxation accrue des patrimoines, des héritages et des dividendes, ainsi qu’une évaluation stricte des 211 milliards d’euros d’aides publiques annuelles. Pour eux, ces fonds pourraient financer les revendications sociales. Cette proposition soulève la question : est-ce réalisable sans nuire à l’économie ?
Les réalités budgétaires : peut-on augmenter sans couper ?
Le projet de budget 2027 du gouvernement Lecornu prévoit 54 milliards d’euros d’économies. Avec une dette publique dépassant 110 % du PIB, le gel des prestations sociales et du point d’indice est justifié par la nécessité de redresser les comptes. Pour Bercy, sans nouvelles recettes, augmenter salaires et pensions aggraverait le déficit.
Les syndicats contestent cet argument, suggérant la taxation des riches, la lutte contre l’évasion fiscale et la réduction des niches fiscales. Cependant, le gouvernement estime que ces mesures ne combleraient pas le déficit. La Cour des comptes recommande également le gel du point d’indice pour maintenir l’équilibre budgétaire. La question se pose : préserver la notation financière ou répondre aux urgences sociales ?
L’intersyndicale cite les 211 milliards d’euros d’aides publiques aux entreprises comme solution. Ces aides, composées de subventions, crédits d’impôt et exonérations de charges, pourraient être réévaluées selon les syndicats. Mais cette idée se heurte à des réalités complexes : beaucoup de ces aides soutiennent l’emploi et la compétitivité. Les supprimer risquerait de causer des licenciements et des délocalisations. Le débat sur la conditionnalité de ces aides n’est pas nouveau et n’a jamais abouti à des réformes structurelles. Pourquoi cette fois serait-elle différente ?
Efficacité politique de la mobilisation : la grève peut-elle changer la donne ?
L’union des cinq grandes centrales syndicales impressionne mais ne garantit pas le succès. La réforme des retraites de 2023, malgré une intersyndicale soudée, avait été adoptée. Les syndicats avaient échoué à transformer la colère sociale en victoire politique. Qu’est-ce qui pourrait changer aujourd’hui ?
La fragilité politique du gouvernement Lecornu pourrait être un atout pour les syndicats. Sans majorité absolue à l’Assemblée nationale, l’exécutif rencontre des difficultés pour imposer ses réformes. Une grève massive le 5 novembre pourrait encore affaiblir un gouvernement déjà contesté. « La colère est immense. La situation du pays est fragile. Il faut sans attendre répondre aux urgences sociales et environnementales », avertit le communiqué intersyndical. Un avertissement dirigé vers le gouvernement et le patronat.
Le 5 novembre sera un test décisif. Une mobilisation massive pourrait forcer le gouvernement à négocier, mais si la grève s’essouffle, les syndicats perdront leur levier de pression. Le risque d’une escalade existe également. Une grève prolongée, comme en 2019 contre la réforme des retraites, pourrait paralyser le pays et radicaliser les positions. Dans un contexte économique déjà fragile, avec des risques de récession et des plans de licenciements, une crise sociale prolongée pourrait aggraver la situation.









