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Hausse des prix Vélib : l’abonnement augmente, le service régresse

La suppression de la gratuité des trajets à vélo électrique pour les abonnés premium, annoncée en pleine crise opérationnelle du réseau Vélib, interroge sur la viabilité d’un modèle qui vacille.

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À partir du 12 août 2025, Vélib revoit en profondeur sa tarification, supprimant notamment les trajets gratuits jusqu’alors inclus dans l’offre premium V-Max. Cette révision tarifaire intervient dans un contexte où le système, fragilisé par les vols massifs et une saturation technique, semble atteindre un point de bascule.

Quand la promesse de service s’effondre

Jusqu’à présent, l’abonnement V-Max (9,30 euros/mois) garantissait deux trajets gratuits par jour en vélo électrique, pour une durée maximale de 45 minutes chacun. Ce bénéfice disparaît. Ces deux trajets coûteront désormais 0,50 euro, les suivants étant facturés 2 euros. L’argument ? Une meilleure « régulation du parc », un « lissage des usages », selon les termes employés par l’Agence métropolitaine des mobilités partagées (Agemob), gestionnaire du service.

Ce qui interpelle, ce n’est pas tant la révision des tarifs – prévisible – que l’absence de contrepartie tangible. Aucun déploiement de nouvelles stations, aucune garantie d’amélioration de la maintenance, aucune évolution fonctionnelle du service ne vient justifier cette hausse. Pour l’usager, c’est une réduction sèche de valeur, masquée par des promesses d’équilibre budgétaire.

Un réseau miné par les dégradations et le vandalisme

C’est une hémorragie : 3 000 vélos manquent à l’appel en juillet 2025, selon les données consolidées par l’Agemob. Le réseau, qui devrait compter 20 000 unités, fonctionne avec un déficit opérationnel de 15 % – un gouffre logistique. La situation est aggravée par des actes de vandalisme quotidiens, parfois organisés : vélos désossés, écrans arrachés, stations sabotées. Certains vélos sont même retrouvés à l’étranger.

En parallèle, la qualité perçue chute. Stations vides, batteries déchargées, mécaniques défaillantes : le réseau perd en fiabilité, et avec lui, la confiance de ses utilisateurs. Ceux qui restent fidèles doivent composer avec des temps d’attente plus longs, des trajets interrompus, et un service de moins en moins conforme aux promesses initiales.

Une hausse tarifaire des Vélib stratégique mais risquée

Outre le V-Max, toutes les formules des Vélib augmentent. Le forfait V-Plus (vélos mécaniques) passe de 3,10 à 4,30 euros mensuels. Le V-Libre, destiné aux usagers occasionnels, inclut désormais 6 euros de crédit prépayé à l’inscription. Objectif affiché : responsabiliser les usagers, internaliser les coûts cachés, et financer les mesures de sécurité.

Mais le timing de cette hausse des tarifs des Vélib interroge. En pleine crise de disponibilité, alors que l’opérateur Smovengo est lui-même mis en cause pour sa gestion aléatoire, pourquoi alourdir la facture sans garantie d’efficacité ? Pour certains élus locaux, c’est un aveu d’échec partiel, voire une tentative de « passer en force » avant les municipales de mars 2026, où le renouvellement de la concession sera débattu.

Vers un modèle durable ou vers une impasse ?

L’économie du Vélib repose sur un triptyque : infrastructure robuste, usage intensif, subvention partielle. À Paris, ce modèle semble grippé. La malveillance de certains usagers, qui s’amusent à détruire les vélos ou à les dérober, pèse lourdement sur la maintenance. Leur attractivité, associée à leur fragilité, en fait une cible de prédilection pour les actes malveillants.

En réponse, l’Agemob multiplie les dispositifs de dissuasion : pénalités de 8 à 38 euros en cas de restitution hors norme d’un Vélib, surveillance renforcée, redéploiement du personnel d’intervention. Mais ces mesures restent palliatives. Sans politique cohérente de protection, de sanction et de responsabilisation collective, le système restera vulnérable.

La suppression des trajets gratuits pour les abonnés V-Max n’est pas seulement un ajustement tarifaire : c’est le symptôme d’un réseau en perte de contrôle. Cette décision, prise sans amélioration visible du service, risque d’alimenter le désengagement d’une partie de la clientèle fidèle, qui paiera une fois de plus pour les autres, ceux qui ne prennent pas soin d’un service qui leur est proposé. Pour Vélib, le défi n’est plus de croître, mais de survivre en préservant la qualité d’usage dans un environnement devenu hostile. La mobilité douce à Paris, si souvent citée en exemple, entre dans une zone de turbulences.

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