En quelques mois, la France est passée de la taxe Zucman sur les ultra-riches possédant plus de 100 millions d’euros à un impôt sur les patrimoines moyens dépassant 1,3 million. Autrement dit, le seuil a été divisé par pas loin de cent. Ce qui devait être une mesure symbolique de justice sociale s’est transformé en un impôt durable sur la réussite ordinaire des classes moyenne supérieures. Et rien n’exclut qu’à ce rythme, la barre descende encore.
De la taxe Zucman à l’impôt sur la fortune financière
La taxe Zucman sur les ultra-riches était la solution à tout pour la gauche. La rhétorique était séduisante mais simpliste, reposant pourtant sur un raisonnement bancal : confondre les revenus personnels et professionnels dans un immense fouillis de revenu économique. Peu importe la nuance, le discours tenait par sa force symbolique. On allait faire payer “ceux qui ont trop”. Mais la logique s’est emballée. Ce qui devait être une taxe mondiale sur les grandes fortunes est devenu un impôt national sur des patrimoines moyens. La cible a changé de nature : d’abord les milliardaires, puis les entrepreneurs avec la taxe sur les holdings, et désormais les classes moyennes supérieures. En quelques mois, le curseur est passé de 100 millions à 1,3 million, c’est-à-dire des patrimoines 76 fois inférieurs à la cible initiale.
Le couple symbole de cette nouvelle fiscalité
Prenons un exemple concret : un couple aujourd’hui retraité, ancien cadre et enseignante. Ils ont acheté leur résidence principale et une petite maison de vacances il y a trente ans, à crédit, patiemment remboursée. Avec l’explosion des prix de l’immobilier, leur patrimoine a mécaniquement augmenté. Ils n’ont rien fait d’autre que travailler, épargner et payer des impôts sur leurs revenus. Leur retraite est correcte mais sans excès. Pourtant, les voilà désormais considérés comme “riches”, simplement parce que la valeur de leurs biens dépasse le seuil de 1,3 million d’euros. Ils n’ont pas changé de vie, mais la fiscalité, elle, a changé de regard sur eux. Et cette nouvelle imposition, censée viser les grandes fortunes, risque de déséquilibrer des budgets construits avec prudence pendant toute une vie.
L’inflation fiscale, ou la tentation de taxer tout ce qui bouge
Cette glissade traduit une mécanique plus profonde : celle d’une fiscalité sans limite. À chaque réforme, on descend d’un cran. Les ultra-riches d’hier deviennent les aisés d’aujourd’hui, les classes moyennes deviennent les cibles de demain. Rien n’interdit d’imaginer que le seuil finisse par tomber sous le million, voire juste au dessus du patrimoine médian des français, autour de 400 000 euros. Le propriétaire d’une maison en banlieue, d’un appartement à Paris ou d’un bien hérité pourrait à son tour être considéré comme un privilégié. Cette inflation fiscale illustre la tentation française de tout taxer : l’entreprise, le patrimoine, l’épargne, la transmission. Quand l’État ne réforme plus sa dépense, il augmente ses prélèvements. Et faute de création de richesse, il finit par taxer ce qui en reste.
La classe moyenne supérieure, pilier oublié
Ce sont pourtant ces classes moyennes supérieures qui assurent encore l’équilibre économique du pays. Cadres, commerçants, professions libérales, entrepreneurs : ils paient la majorité de l’impôt sur le revenu, financent la redistribution et soutiennent la croissance. Ils n’ont ni les leviers d’optimisation des grandes fortunes, ni les exonérations réservées aux plus modestes. En les ciblant, le pays fragilise ses propres fondations. Car on ne finance pas la solidarité en décourageant la responsabilité, ni la prospérité en punissant la réussite.
Une société du soupçon
La dérive fiscale traduit un basculement moral : la réussite n’est plus admirée, elle est suspecte. Dans le discours politique, la fortune n’est plus le résultat du mérite mais la preuve d’une injustice à corriger. Cette inversion des valeurs prépare un climat délétère, où chacun redoute de devenir la prochaine cible. Ceux qui pensaient ne jamais être concernés par les taxes “sur les riches” découvrent qu’ils le sont déjà. Et demain, ceux qui sont encore épargnés le seront à leur tour. Cette inflation fiscale n’est plus seulement une question économique : c’est un glissement culturel. Elle traduit une France qui, faute de croire encore à la croissance, préfère taxer tout ce qui bouge.











