Partout dans le monde, les partis nationaux-conservateurs qui ont accédé au pouvoir ont pris un tournant libéral : Trump aux États-Unis, Milei en Argentine, Meloni en Italie. Partout, les économies se sont redressées et la popularité a suivi. Seul le Rassemblement National semble s’accrocher à une ligne économique plus étatiste, héritée du modèle français des années 1980. Ce choix interroge : en voulant parler au peuple, le parti ne risque-t-il pas de se couper d’une partie de la droite, pourtant indispensable pour espérer gagner une élection nationale ?
Un virage antilibéral qui complique la stratégie de conquête
En votant pour le rétablissement d’un nouvel impôt sur la fortune, rebaptisé « impôt sur la fortune improductive », le Rassemblement National a envoyé un signal économique fort. Derrière l’appellation, c’est bien le principe d’un impôt sur le patrimoine qui revient, avec une logique de redistribution et d’intervention accrue de l’État. Cette orientation correspond à une sensibilité populaire, attachée à l’idée de justice fiscale, mais elle s’éloigne d’une partie du corpus économique traditionnellement associé à la droite. Pour un parti qui ambitionne de dépasser son socle électoral historique, ce positionnement crée un paradoxe stratégique : le RN parle à ceux qui le soutiennent déjà, mais prend le risque d’inquiéter ceux qu’il doit encore convaincre. L’électorat des classes moyennes, des cadres et des entrepreneurs, souvent rétif à une fiscalité jugée punitive, pourrait se détourner d’un projet perçu comme anti-libéral. En d’autres termes, le RN renforce sa base, mais fragilise sa capacité d’alliance.
Deux lignes économiques qui s’affrontent au sein du RN
Ce vote met également en lumière une tension interne entre deux orientations économiques. D’un côté, l’aile étatiste, incarnée par Jean-Philippe Tanguy, défend un modèle d’État fort, protecteur et interventionniste, considérant que la puissance publique doit corriger les inégalités et encadrer le marché. De l’autre, une sensibilité plus libérale s’inspire des expériences étrangères où des gouvernements nationaux-conservateurs ont concilié souveraineté et liberté économique. Donald Trump, Javier Milei et Giorgia Meloni illustrent cette voie : réduction des impôts, soutien aux entreprises, rationalisation budgétaire, et relance de la croissance. En Italie notamment, Meloni a réussi à associer patriotisme, rigueur et dynamisme économique, consolidant à la fois ses résultats et sa légitimité. Ces exemples contrastent avec la stratégie française, où la tentation de revenir à un modèle redistributif demeure forte, même dans les partis dits “anti-système”.
Une équation encore non résolue
Le vote du RN sur l’impôt sur la fortune improductive ne relève pas seulement d’un choix fiscal, mais d’un positionnement politique plus profond. En privilégiant une approche sociale et étatiste, le parti cherche à parler au peuple contre les élites. Mais ce faisant, il brouille son message auprès d’un électorat de droite plus libéral, sans lequel aucune majorité n’est possible. À l’heure où la plupart des droites souverainistes européennes adoptent une ligne économique pragmatique, la France fait exception. Reste à savoir si cette singularité constitue une fidélité à un certain modèle social français, ou un frein durable à toute conquête du pouvoir.








