Comment les concepts de déconstruction et wokisme sont-ils devenus influents dans la politique contemporaine ?
1. L’arrivée aux affaires publiques (au sens large) de personnalités qui n’ont pas connu la Seconde Guerre Mondiale, qui n’ont de cesse d’afficher des « valeurs », sans avoir été confrontées au tragique (le vrai), ni à l’épreuve du courage (le vrai aussi !) ;
2. Des changements culturels profonds. Dans cette dernière catégorie, on peut parler de « pensée 68 », ou d’un rapport critique au passé occidental, et aussi évoquer la déchristianisation, la crédibilisation de la promesse marxiste, etc. En d’autres termes, nous assistons à ce que le philosophe Jean-François Lyotard avait qualifié de fin des « méta-récits », ce qui était pour lui la définition de la pensée postmoderne. Dans le livre, je m’efforce de montrer que ces Grands Récits (de la modernité) ont en fait été remplacés par une multitude de petits récits (postmodernes) qui ont en commun la volonté de « déconstruire ».
Le wokisme est l’expression exacerbée et intolérante de ces petits récits, comme l’illustre la cancel culture.
Quelle est la nature de la menace que ces courants idéologiques font peser sur la science ?
Pour les « déconstructeurs », la science produit majoritairement des effets négatifs, voire toujours négatifs pour certains.
Une autre conséquence est la légitimation de l’intrusion du militantisme en science. Pas seulement dans les sciences humaines, où cela est le cas depuis longtemps dans certaines chapelles, mais aussi en sciences expérimentales depuis la montée en puissance politique de la « déconstruction ». Ce militantisme serait justifié par la lutte contre des « discriminations ». En réalité, il fausse surtout les travaux scientifiques.
La science en France est-elle significativement affectée par ces phénomènes ?
La science a elle-aussi une vocation universelle (les lois scientifiques sont valables sur tous les continents) et non pas de se diviser en « communautés », sur la base du « genre », de la « race », des orientations sexuelles, etc. Les scientifiques français devraient, par leur culture nationale, mieux résister que d’autres, aux Etats-Unis notamment, là où le communautarisme fait partie des habitudes.
Mais c’est sans compter sur le facteur clé de la postmodernité, la culpabilité occidentale, ce que je développe dans le livre. Cette culpabilité a aussi été inculquée aux scientifiques, notamment via certains médias malintentionnés par rapport à la science et aux technologies… Par voie de conséquence, la majorité des scientifiques n’osent pas réagir à ce qui dans leur for intérieur les choque (la rupture avec l’universalisme, la cancel culture…).
Il faut aussi souligner que les dirigeants des organismes de recherche et des universités ne se caractérisent pas par un esprit de résistance très aiguisé…
Quel est l’effet concret de l’accent mis sur les appartenances communautaires dans le domaine scientifique ?
J’ai également compilé une longue liste d’évènements de cancel culture, qui incluent des renvois de chercheurs qui auraient soi-disant « offensé » certaines « communautés ». Il est vrai que la plupart l’ont été aux Etats-Unis, mais des cas existent aussi en Europe.
La « wokisation » du monde universitaire fait que l’on se soumet à l’hypersensibilité de certaines « communautés ». Ces dernières finiront par se victimiser, créant à terme des affrontements qui n’ont pas lieu d’être.












