Lunettes connectées : Meta ciblée par une plainte pénale en Allemagne

Depuis fin 2023, la BNetzA affirme surveiller les lunettes connectées en Allemagne sans jamais ouvrir d’enquête formelle. Résultat : les Ray-Ban Meta se vendent librement malgré un voyant LED jugé insuffisant par l’autorité de Hambourg. L’ONG HateAid a dû déposer une plainte pénale pour forcer l’État à agir face à la surveillance clandestine.

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Lunettes connectées : Meta ciblée par une plainte pénale en Allemagne © www.nlto.fr

Depuis fin 2023, la Bundesnetzagentur (BNetzA) affirme surveiller « étroitement » le marché des lunettes intelligentes en Allemagne. Bilan, deux ans et demi plus tard : aucune enquête formelle ouverte, aucune interdiction prononcée, et les Ray-Ban Meta continuent de se vendre sans entrave chez Fielmann, Apollo-Optik ou MediaMarkt. Pendant que les autorités observent, l’ONG HateAid a dû déposer une plainte pénale pour forcer l’État à sortir de sa passivité.

La BNetzA surveille… sans rien faire

Déclaration de façade : « surveillance étroite » sans enquête formelle

Le 12 août 2026, au moment même où HateAid dépose sa plainte auprès de la Zentralstelle zur Bekämpfung der Internetkriminalität (ZIT) de Francfort, la BNetzA publie une déclaration rassurante : elle « surveille étroitement » le marché des lunettes connectées. Mais les faits son têtus. Aucune enquête formelle n’a été lancée, aucune mesure coercitive envisagée. L’agence fédérale se contente de rappeler que la vente reste légale « tant que la fonction d’enregistrement est clairement visible, par exemple via un signal optique ». Un voyant LED de quelques millimètres censé protéger la vie privée de 84 millions d’Allemands.

Pendant ce temps, les Ray-Ban Meta se vendent tranquillement en Allemagne

Depuis leur lancement commercial en Allemagne, les lunettes Ray-Ban Meta Wayfarer Gen 2 sont distribuées par les plus grands réseaux optiques du pays. Fielmann, Apollo-Optik, Mister Spex, sans oublier MediaMarkt : tous vendent un produit pratiquement indistinguable d’une paire de lunettes de soleil classiques. Le modèle Wayfarer, l’un des plus vendus au monde, devient un cheval de Troie technologique. Résultat : des milliers de caméras portables circulent dans les transports, les bureaux, les piscines publiques.

Le voyant LED : un leurre de sécurité

Thomas Fuchs le confirme : l’indicateur d’enregistrement est pratiquement invisible en conditions réelles

En juillet 2026, Thomas Fuchs, commissaire à la protection des données de Hambourg, a testé personnellement les Ray-Ban Meta. Son verdict est sans appel : le voyant LED d’enregistrement, censé alerter les personnes filmées, reste « insuffisamment visible dans la pratique quotidienne ». En plein jour, dans une rue animée, dans un café bondé, personne ne remarque ce minuscule signal lumineux. Fuchs a même déclaré qu’une interdiction était envisageable. Pourtant, six semaines plus tard, rien n’a bougé. La BNetzA continue de s’abriter derrière une fiction : le voyant LED suffirait à garantir la conformité légale.

Le problème dépasse la simple question technique. En validant ce dispositif cosmétique, les autorités créent une illusion de sécurité. Les citoyens croient pouvoir repérer une personne qui les filme. En réalité, ils ne peuvent pas. Josephine Ballon, directrice générale de HateAid, résume la situation avec brutalité : « Il n’y a nulle part où se cacher face aux lunettes intelligentes. À tout moment, vous devez vous attendre à être filmé et ensuite exposé sur Internet. » HateAid documente une augmentation des cas de violence numérique basée sur l’image, principalement dirigée contre les femmes : vidéos prises dans les transports, sur les plages, dans les salles de sport, diffusées sans consentement sur les réseaux sociaux.

La plainte du 12 août : un acte de défiance envers l’inaction réglementaire

Face à la paralysie des autorités, HateAid a déposé le 12 août 2026 une plainte pénale visant non seulement Meta et EssilorLuxottica, mais aussi les dirigeants des distributeurs allemands. Le fondement juridique est solide : le paragraphe 8 du TDDDG (Telekommunikation-Digitale-Dienste-Datenschutz-Gesetz) interdit explicitement la vente de dispositifs camouflés en objets du quotidien destinés à enregistrer secrètement des personnes. Les sanctions prévues ne sont pas symboliques : jusqu’à deux ans d’emprisonnement et confiscation des bénéfices réalisés. En ciblant personnellement les managers, HateAid durcit la pression.

La question n’est plus de savoir si les lunettes connectées violent le TDDDG. Thomas Fuchs et HateAid ont démontré qu’elles le violent. La question est de savoir pourquoi les autorités allemandes, réputées strictes sur la protection de la vie privée, choisissent la complaisance. Peut-être par crainte de freiner l’innovation. Peut-être par manque de moyens. Peut-être par calcul politique. Le résultat est identique : des milliers de caméras clandestines circulent librement, et les citoyens découvrent qu’ils peuvent être filmés à tout instant sans le savoir.

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