La Commission européenne a donné son feu vert au milliardaire tchèque Daniel Kretinsky pour prendre le contrôle de Fnac Darty. Officiellement, cette opération vise à empêcher JD.com, géant chinois du commerce en ligne, d’acquérir une influence trop importante sur le groupe. En réalité, Bruxelles a dû choisir entre deux contrôles étrangers, faute de solution française. Le 20 octobre 2026, l’offre publique d’achat de Kretinsky, qui détient déjà 28,5 % du capital, a été validée, lui permettant de dépasser le seuil de 50 %. Cette décision soulève des questions sur la souveraineté économique de la France.
Kretinsky, la solution européenne face au manque d’alternative française
Kretinsky a remporté l’OPA sur Fnac Darty, valorisant l’entreprise à plus d’un milliard d’euros, avec une offre à 35 euros par action. La décision, annoncée conjointement par Fnac Darty et EP FR HOLDCo, était le dernier feu vert requis pour finaliser l’opération. L’Autorité des marchés financiers et le conseil d’administration avaient déjà approuvé l’offre, qui se clôturera début novembre. Aucune entreprise française n’a exprimé d’intérêt pour concurrencer cette offre, laissant le groupe passer sous contrôle tchèque.
Une préférence pour Kretinsky face à JD.com
La Commission européenne a opté pour Kretinsky pour contrer JD.com, qui, en rachetant Ceconomy, pourrait devenir un actionnaire majeur de Fnac Darty. Bruxelles avait ouvert une enquête sur les pratiques de JD.com, suspectées de profiter de subventions publiques. Kretinsky, bien qu’étranger, est vu comme un moindre mal face à ce géant asiatique. Cependant, cette décision met en lumière l’absence de proposition française pour protéger ce fleuron économique.
Aucun champion national pour Fnac Darty
Ni Bolloré, ni Xavier Niel, ni aucun grand groupe français n’a proposé d’alternative pour reprendre Fnac Darty. L’État, habituellement prompt à intervenir dans des secteurs stratégiques, est resté en retrait. Fnac Darty, employeur de milliers de personnes en France, passe ainsi sous pavillon tchèque. Cette situation reflète les difficultés de la France à défendre ses grandes entreprises.
Les contradictions de la régulation européenne
La Commission européenne a bloqué JD.com tout en autorisant Kretinsky, révélant une régulation à géométrie variable. Officiellement, Bruxelles vérifie que les acquisitions ne perturbent pas la concurrence, mais elle semble plus sévère avec les capitaux chinois qu’avec ceux d’Europe centrale. Cette asymétrie soulève des questions sur la véritable logique derrière ces décisions.
JD.com et Kretinsky : deux poids, deux mesures ?
JD.com est perçu comme une menace stratégique en raison de son soutien par Pékin, ce qui pourrait lui permettre de concurrencer Amazon en Europe. Kretinsky, bien qu’européen, poursuit également une stratégie d’expansion agressive. Pourtant, il est jugé plus acceptable politiquement. Cette situation laisse penser à une approche géopolitique déguisée en régulation de la concurrence.
La Commission et la concurrence : une vision limitée
En validant l’OPA de Kretinsky sans exiger de garanties sur l’emploi ou la stratégie industrielle, la Commission européenne démontre son impuissance. Elle arbitre entre des acteurs étrangers sans se soucier de l’intérêt national français. Selon Boursorama, l’opération n’a suscité aucune objection réglementaire majeure, montrant que le droit européen de la concurrence néglige les enjeux de souveraineté économique.
Fnac Darty : une apparente victoire française
Fnac Darty restera coté à la Bourse de Paris, et les actionnaires minoritaires conserveront leurs titres. Toutefois, Kretinsky, détenant plus de 50 % du capital, aura le contrôle des décisions stratégiques. Les employés français devront s’adapter à un actionnaire dont les priorités pourraient diverger de l’intérêt national, masquant une défaite stratégique sous une victoire de façade.
Un groupe en Bourse, mais sous contrôle externe
La cotation maintenue préserve l’illusion d’un capitalisme ouvert, mais un actionnaire majoritaire impose ses choix. ABC Bourse rappelle que l’OPA n’inclut pas de retrait obligatoire, permettant à Kretinsky d’éviter des dépenses supplémentaires pour racheter l’intégralité du capital, un montage financier avantageux pour lui.
Quelle stratégie industrielle pour la France ?
Paris ne présente aucune vision pour Fnac Darty. Considérée comme non stratégique, la distribution est délaissée par l’État, malgré son rôle dans l’économie française. Laisser le groupe passer sous contrôle étranger équivaut à abandonner un secteur économique clé.
Une Europe sans politique industrielle cohérente ?
L’affaire Fnac Darty met en lumière les limites du modèle européen. Bruxelles régule sans piloter, autorisant ou bloquant des opérations sans vision industrielle. Les groupes européens deviennent des pions dans une guerre économique mondiale, où la Chine avance ses intérêts et où l’Europe choisit entre deux contrôles étrangers. Cette stratégie défensive condamne le continent à subir plutôt qu’à agir, l’autorisation de l’OPA de Kretinsky n’étant pas une victoire, mais un aveu d’impuissance.










