Philippe de Dieuleveult, l’aventurier qui faisait voyager les Français

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Combinaison rouge, casque sur les oreilles et hélicoptère prêt à repartir : au début des années 1980, Philippe de Dieuleveult devient pour des millions de téléspectateurs le visage de l’aventure. Avec La Chasse aux trésors, il parcourt le monde à la recherche d’indices, traverse des paysages spectaculaires et transforme un jeu télévisé en véritable invitation au voyage. Avant sa disparition en 1985 lors de l’expédition Africa Raft sur le fleuve Zaïre, le journaliste et animateur avait imposé à la télévision française une figure nouvelle, celle du reporter aventurier.

De La Course autour du monde à La Chasse aux trésors

Avant de devenir l’homme à la combinaison rouge de La Chasse aux trésors, Philippe de Dieuleveult avait déjà fait du voyage une porte d’entrée vers la télévision. Le Monde rappelle qu’il avait participé comme concurrent à La Course autour du monde, expérience qui avait contribué à lancer sa carrière télévisuelle. Quelques années plus tard, il devient le visage sur le terrain d’une émission qui va durablement marquer le paysage audiovisuel français.

Le 15 mars 1981, Antenne 2 diffuse pour la première fois La Chasse aux trésors, jeu d’aventure et de culture imaginé par Jacques Antoine. Le concept associe alors deux univers encore rarement réunis de cette manière à la télévision : le jeu en studio et l’aventure à l’autre bout du monde.

Le principe repose sur un dispositif spectaculaire pour l’époque. Deux candidats installés à Paris doivent résoudre des énigmes préparées par Jacques Antoine et Claude Savarit. À plusieurs milliers de kilomètres, Philippe de Dieuleveult exécute leurs instructions sur le terrain. Lui non plus ne connaît pas à l’avance l’emplacement des trésors. Il doit donc chercher, interroger, courir et improviser en fonction des informations transmises depuis la France.

Entre 1981 et 1984, l’émission est diffusée le dimanche sur Antenne 2. Pendant une heure, Philippe de Dieuleveult devient les yeux, les jambes et parfois le véritable cascadeur des candidats.

Son principal moyen de déplacement est l’hélicoptère. À bord, il est accompagné d’un pilote et d’un technicien et reste en communication avec Paris. Les contraintes techniques donnent au programme une dimension particulière : l’émission fonctionne en direct ou dans les conditions du direct, sans pouvoir compter sur un montage destiné à effacer les hésitations et les imprévus.

Les archives de l’INA permettent aujourd’hui de mesurer la singularité du dispositif. Dès juin 1981, une émission consacrée aux coulisses montre Philippe de Dieuleveult expliquant son travail à bord de l’hélicoptère, tandis que les membres de l’équipe détaillent la coordination nécessaire entre Paris et le terrain. Les images présentées viennent notamment de missions dans le Grand Canyon du Colorado, le sud marocain et le Groenland.

La télévision transforme ainsi chaque énigme en voyage.

Du Groenland à la Nouvelle Calédonie, une télévision tournée vers le monde

L’une des grandes forces de La Chasse aux trésors réside dans les paysages qu’elle apporte chaque semaine dans les foyers français. Philippe de Dieuleveult apparaît successivement dans des environnements radicalement différents. Le Monde évoquait en 1985 Bali, le Pérou ou encore la Yougoslavie pour décrire cette succession de voyages qui avait fini par rendre l’aventurier familier des téléspectateurs.

Le jeu est donc autant une compétition qu’une émission de découverte. L’hélicoptère permet de montrer les territoires depuis le ciel tandis que les recherches de Dieuleveult l’obligent à descendre sur le terrain, rencontrer les habitants et explorer les lieux indiqués par les énigmes.

Les coulisses d’un tournage réalisé en Nouvelle Calédonie en décembre 1983 donnent une idée de l’ampleur de la mécanique. Selon les archives de l’INA, la préparation de cet épisode avait nécessité quatre mois. Trois énigmes devaient être découvertes par Dieuleveult, guidé à distance par les candidats. L’équipe voulait autant réussir le jeu que montrer le territoire dans lequel il se déroulait.

À l’issue de cette émission, d’autres destinations attendaient déjà l’animateur. L’INA indique que son programme prévoyait alors des tournages en Sicile, au Maroc et en Espagne, puis à Cuba et aux États Unis. La succession de ces destinations illustre le rythme imposé par une émission dont le terrain de jeu était littéralement mondial.

Philippe de Dieuleveult ne se contente toutefois pas d’observer les paysages. Son personnage télévisuel repose largement sur l’action et la prise de risque.

L’un des exemples les plus spectaculaires intervient le 18 mars 1984. Pour l’émission, il effectue un saut en parachute au dessus de la baie de Saint Malo. La séquence est filmée depuis le casque d’un autre parachutiste avec un dispositif que l’INA compare rétrospectivement à un ancêtre de la caméra d’action moderne.

Cette implication physique devient indissociable de son image. Le Monde le décrivait comme un homme « sympathique, débrouillard et sportif », trois caractéristiques qui avaient précisément été recherchées au moment de sélectionner celui qui allait occuper cette fonction.

Il ne s’agissait donc pas seulement de présenter une émission depuis un décor exotique. Dieuleveult devait faire avancer le jeu. Les candidats réfléchissaient depuis Paris tandis que lui devait transformer leurs réponses en actions immédiates sur le terrain.

C’est aussi ce qui différencie La Chasse aux trésors d’un simple programme touristique. Le voyage devient une épreuve, le paysage un terrain de jeu et l’incertitude une composante du spectacle.

À la fin de 1984, l’aventure s’arrête. Le Monde rapporte que le dernier numéro est diffusé le 1er décembre et que La Chasse aux trésors est ensuite remplacée sur Antenne 2 par Le Grand Raid. Le journal évoque alors un succès moyen de 17 points d’Audimat pour l’émission sortante.

Africa Raft, le dernier voyage de Philippe de Dieuleveult

L’arrêt de La Chasse aux trésors ne signifie pas la fin des voyages de Philippe de Dieuleveult. En 1985, il se lance dans une aventure beaucoup plus personnelle et autrement plus dangereuse : l’expédition Africa Raft.

Le projet consiste à effectuer un immense périple fluvial à travers l’Afrique. Le Monde explique à l’époque que les participants veulent relier l’océan Indien à l’océan Atlantique en empruntant des fleuves et des lacs africains à bord de deux radeaux pneumatiques prototypes.

L’expédition débute au début du mois de juillet 1985. Elle traverse notamment le lac Tanganyika avant d’atteindre le fleuve Zaïre, aujourd’hui appelé fleuve Congo. L’INA évoque un périple de quelque 2 700 kilomètres à travers l’Afrique équatoriale.

La progression devient particulièrement difficile après Kinshasa. Le groupe doit affronter une région marquée par de puissants rapides et des chutes. Certains participants quittent alors l’expédition. Ceux qui continuent s’engagent dans une partie extrêmement dangereuse du fleuve.

Philippe de Dieuleveult accorde ce qui deviendra sa dernière interview environ quinze jours avant sa disparition. Les archives de Radio France conservées par l’INA permettent encore d’entendre l’animateur présenter le programme de l’expédition entre Kinshasa et l’océan Atlantique.

Le 6 août 1985, Philippe de Dieuleveult et six autres membres de l’expédition disparaissent sur le fleuve Zaïre. Les recherches mobilisent ensuite les autorités locales puis des militaires français. Les images tournées à bord peu avant leur disparition montrent les aventuriers engagés dans une zone extrêmement difficile du fleuve.

La disparition va donner naissance à une affaire qui, quarante ans plus tard, continue de susciter interrogations et hypothèses. La thèse du naufrage et de la noyade a longtemps dominé. D’autres récits ont ensuite évoqué une possible intervention des forces zaïroises ou des services de renseignement. Ces scénarios restent contestés et ne doivent pas être présentés comme des faits établis. France Télévisions rappelle que les investigations officielles ont conclu à une noyade, tandis que différentes hypothèses alternatives ont émergé au fil des décennies.

En septembre 1985, lorsque les recherches françaises prennent fin, Le Monde rapporte que le corps d’un membre de l’expédition, Guy Colette, avait été retrouvé en aval des rapides d’Inga et qu’une autopsie avait conclu à une mort par noyade. Philippe de Dieuleveult, lui, n’a jamais été retrouvé.

Sa disparition spectaculaire a parfois fini par éclipser ce qui avait précédé. Pourtant, avant de devenir le protagoniste d’un des grands mystères médiatiques français des années 1980, Philippe de Dieuleveult avait surtout incarné une certaine conception du voyage à la télévision.

Entre le Grand Canyon, le Groenland, le Maroc, Bali, le Pérou, la Nouvelle Calédonie et de nombreuses autres destinations, La Chasse aux trésors avait fait du monde entier un plateau de télévision. Et au milieu de ce dispositif se trouvait un animateur qui n’était presque jamais immobile.

Hélicoptère, parachute, course à pied, énigmes et improvisation : Philippe de Dieuleveult ne racontait pas seulement le voyage. À l’écran, il le vivait.

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