Prix de l’essence : pourquoi une explosion sociale est peu probable… sauf sur un point précis

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Le pétrole frôle les 140 dollars, le gazole plus cher que l’essence
Prix de l’essence : pourquoi une explosion sociale est peu probable… sauf sur un point précis © www.nlto.fr

La hausse du prix du carburant suscite régulièrement des inquiétudes politiques depuis la crise des gilets jaunes. Pourtant, la situation actuelle est très différente de celle de 2018. Une révolte populaire liée au prix de l’essence paraît aujourd’hui peu probable pour une raison simple : la responsabilité perçue n’est pas la même. Mais un point précis pourrait, à lui seul, transformer une tension économique en crise sociale.

Une différence fondamentale avec la crise des gilets jaunes

Le mouvement des gilets jaunes n’est pas né d’une hausse massive du pétrole mais d’une décision politique nationale : l’augmentation de la taxe carbone présentée comme une mesure écologique. Dans une grande partie du pays, notamment dans les zones rurales et périurbaines, la voiture est une nécessité quotidienne et non un choix. La hausse du carburant a donc été vécue comme une pénalisation directe de ceux qui n’ont aucune alternative. L’argument écologique lui-même a été fortement contesté. Beaucoup de Français ont considéré que cette hausse n’aurait pratiquement aucun effet réel sur les émissions mondiales de CO₂ et qu’elle servait surtout à augmenter les recettes fiscales de l’État. C’est cette perception d’une « écologie punitive » qui a transformé quelques centimes d’augmentation en crise politique majeure. Les responsables étaient clairement identifiés : le gouvernement et les décisions fiscales françaises. A cela s’est ajouté la brillante idée d’Edouard Philippe alors Premier Ministre de limiter les routes nationales à 80 km/h.

Aujourd’hui, la hausse est perçue comme géopolitique

La situation actuelle est très différente car les variations du prix du pétrole sont largement associées aux tensions internationales. Les marchés pétroliers réagissent aux crises géopolitiques, aux risques sur les routes maritimes stratégiques et aux confrontations entre grandes puissances. Dans ce contexte, les Français savent que le gouvernement français ne contrôle ni les marchés pétroliers ni les conflits internationaux. Si le prix du pétrole augmente en raison d’un conflit impliquant les États-Unis, l’Iran ou des tensions autour du détroit d’Ormuz, la responsabilité perçue est extérieure. Autrement dit, la hausse du carburant est interprétée comme une conséquence de la guerre ou des tensions internationales et non comme une décision politique nationale. Cette perception limite fortement le potentiel de mobilisation sociale, car il est difficile de se mobiliser contre un phénomène que l’on considère comme échappant au contrôle du gouvernement.

Les chiffres réels du prix de l’essence

Pour comprendre ce qui pourrait devenir explosif, il faut regarder la composition réelle du prix du carburant. Lorsque le prix d’un litre d’essence se situe autour de 2 euros, la décomposition est approximativement la suivante : environ 0,70 euro correspond au pétrole brut et au raffinage, environ 0,06 euro aux coûts logistiques et de transport, et environ 0,07 euro à la marge du distributeur. Le reste correspond essentiellement aux taxes. La fiscalité représente ainsi souvent entre 55 % et 60 % du prix payé par l’automobiliste. Si l’on raisonne sur 100 euros dépensés à la pompe, cela signifie qu’environ 55 à 60 euros correspondent aux taxes, environ 30 à 35 euros au pétrole et au raffinage, environ 3 euros au transport et à la logistique, et environ 3 à 4 euros à la marge du distributeur. Autrement dit, sur 100 euros d’essence achetés par un automobiliste français, l’État perçoit la majorité de la somme alors que la marge réelle du distributeur reste relativement faible.

Le point potentiellement explosif : la fiscalité

Tant que la hausse du carburant est perçue comme la conséquence d’une crise géopolitique, la contestation reste limitée. Mais la perception pourrait changer si le débat public se concentrait sur la structure fiscale du prix de l’essence. Si une partie de l’opinion publique commence à regarder la décomposition du prix et constate que plus de la moitié de ce qu’elle paye correspond à des taxes, la question politique pourrait rapidement se déplacer. La hausse du pétrole ne serait plus seulement vue comme une conséquence de la guerre ou des tensions internationales mais comme un système fiscal jugé excessif sur un produit indispensable à la vie quotidienne.

Une révolte possible contre l’impôt plutôt que contre le pétrole

Dans ce scénario, la colère ne viserait pas les marchés pétroliers mais la fiscalité énergétique. Le raisonnement deviendrait simple pour une partie des Français : si le pétrole augmente à cause de la guerre, pourquoi l’État continue-t-il de prélever autant de taxes sur un produit devenu encore plus cher ? Cette bascule transformerait un phénomène géopolitique en crise politique intérieure. Autrement dit, une explosion sociale liée au carburant ne viendrait probablement pas du prix du pétrole lui-même mais du sentiment que l’État prélève une part excessive sur l’essence. Et c’est précisément ce type de perception qui, dans l’histoire récente française, a déjà suffi à transformer une hausse de quelques centimes en mouvement social national.

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