Deux séismes de magnitude 7,2 et 7,5 ont déchiré le Venezuela en 39 secondes. Les immeubles se sont effondrés à Caracas. Et pendant trois heures, silence radio de la présidente Delcy Rodríguez. Mercredi soir, à 22h04 GMT, la terre a tremblé sous les pieds de millions de Vénézuéliens. Puis elle a retremblé, plus fort encore. Les scènes qui ont suivi racontent l’effondrement d’un pays déjà à genoux.
22h04 : quand la terre se dérobe sous les pieds des Caracasiens
Le premier choc frappe à une profondeur de 21,9 kilomètres, à environ 200 kilomètres à l’ouest de la capitale. L’épicentre se situe près de Morón, sur la côte caribéenne. Trente-neuf secondes plus tard, un deuxième séisme, encore plus violent, secoue le pays à seulement 10 kilomètres de profondeur. L’United States Geological Survey (USGS) qualifie l’événement de « double événement » et de « catastrophe qui devrait avoir une ampleur considérable ». Selon les autorités sismologiques, il s’agit d’une configuration rare et dévastatrice.
Vingt répliques suivent dans les heures qui viennent. Les secousses se propagent jusqu’à Bogota, distante de 1 000 kilomètres, et même jusqu’à Manaus, au Brésil, à plus de 1 600 kilomètres. Freddy Tovar, coordinateur du Réseau sismologique national de Colombie, explique : « Les caractéristiques de cet événement, avec une faible profondeur et une magnitude élevée, font que les ondes se propagent à travers toute la croûte terrestre et qu’il est donc largement ressenti sur le territoire colombien. »
« Tout est tombé » : les témoins du pire racontent l’indicible
Hector Ricci, habitant de Caracas, témoigne : « Cela a commencé doucement, puis a progressivement augmenté, et à la fin, nous avons tous dû quitter nos maisons, sortir et nous rassembler. » Roberto Gamas, un autre résident, raconte comment son immeuble a tremblé violemment pendant plusieurs dizaines de secondes. Les habitants se sont précipités dans les rues, paniqués, certains en pyjama, d’autres pieds nus. Les coupures d’électricité plongent des quartiers entiers dans le noir. La perte de signal cellulaire complique les appels à l’aide.
Les scènes de panique se multiplient. Des familles entières campent sur les trottoirs, refusant de rentrer chez elles par peur des répliques. Les témoignages convergent : personne n’était préparé. Le Venezuela, coincé entre les plaques tectoniques sud-américaine et caribéenne, connaît rarement des séismes de cette ampleur. Le dernier tremblement de terre majeur remonte à plusieurs décennies.
Altamira ravagée : les images de l’horreur
Le quartier d’Altamira, dans l’est de Caracas, concentre les dégâts les plus spectaculaires. Plusieurs immeubles se sont effondrés, piégeant des habitants sous les décombres. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des structures éventrées, des voitures écrasées, des nuages de poussière s’élevant dans la nuit. Les pompiers tentent d’extraire des survivants, mais l’absence d’équipements modernes ralentit les opérations.
L’aéroport international de Maiquetia, qui dessert la capitale, ferme pour « graves dommages à l’infrastructure ». Les pistes présentent des fissures, les terminaux sont endommagés. Aucun vol ne décolle ni n’atterrit. Le ministre de l’Intérieur Diosdado Cabello ordonne la coupure de l’alimentation en gaz pour éviter les explosions : « Certaines structures ont été endommagées et nous voulons éviter tout accident lié au gaz. »
L’absent : trois heures de silence de la présidente
Où était Delcy Rodríguez pendant que Caracas s’écroulait ?
Trois heures après le premier séisme, la présidente par intérim Delcy Rodríguez n’avait toujours pas adressé la nation. Aucune allocution télévisée, aucun message sur les réseaux sociaux, aucune apparition publique. Ce silence alimente les spéculations et la colère. Dans un pays habitué aux crises, l’absence de communication gouvernementale en pleine catastrophe choque. Les Vénézuéliens scrutent leurs écrans, attendent un mot, une consigne, une preuve que l’État fonctionne encore.
Edmundo González, candidat présidentiel de l’opposition en 2024, dénonce sur X : « L’incertitude devient une couche supplémentaire d’angoisse. » Maria Corina Machado, figure de l’opposition, appelle à la solidarité citoyenne et mobilise des réseaux de volontaires pour porter secours aux victimes. Pendant ce temps, le pouvoir reste muet.
Diosdado Cabello en première ligne : la gouvernance par défaut
C’est finalement Diosdado Cabello, ministre de l’Intérieur et homme fort du régime, qui prend les devants. Il annonce la déclaration de l’état d’urgence, la fermeture de l’aéroport, la coupure du gaz. Ses interventions, brèves et techniques, ne comblent pas le vide laissé par Delcy Rodríguez. Cabello coordonne les secours, déploie l’armée, mobilise les pompiers. Mais l’absence de la présidente pose question : qui dirige vraiment le pays en ce moment ?
Les observateurs rappellent que le Venezuela traverse une crise politique majeure depuis des années. Plus de 7,7 millions de Vénézuéliens ont fui le pays. L’économie, déjà exsangue, ne produit qu’un tiers de son potentiel pétrolier. La catastrophe naturelle frappe un État déjà en lambeaux, incapable de répondre efficacement à une urgence de cette ampleur.








