Emmanuel Macron découvre enfin qu’on ne gouverne pas un pays fatigué comme une start-up sous caféine

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Emmanuel Macron | www.nlto.fr

Pendant des années, Emmanuel Macron a vendu une promesse simple : moderniser la France plus vite qu’elle ne proteste. Mais les chiffres du chômage remontés au-dessus de 8 % ont brutalement rappelé qu’un récit politique peut survivre à beaucoup de choses, sauf à la stagnation économique. Le président se retrouve désormais dans une position paradoxale : obligé de parler de guerre, d’Europe et de puissance pour éviter que le débat national ne revienne obsessionnellement à son propre bilan social.

Le retour du chômage détruit le cœur du récit macroniste

Le macronisme avait une religion : l’emploi. Depuis 2017, Emmanuel Macron répétait que toutes les réformes impopulaires, assurance chômage, retraites, flexibilisation du marché du travail, avaient une justification supérieure : faire reculer durablement le chômage. Or les chiffres publiés cette semaine par l’Insee ont un effet politique dévastateur. Le taux de chômage est repassé au-dessus des 8 %, avec une hausse marquée du nombre de demandeurs d’emploi et des signaux inquiétants sur les embauches et les CDI. Ce n’est pas seulement une mauvaise statistique : c’est une fissure narrative. Macron pouvait survivre à l’accusation d’arrogance, à la crise des retraites, aux émeutes ou à la dissolution ratée. Mais si la promesse technocratique d’efficacité économique s’effondre, alors le macronisme devient soudain ce qu’il a toujours refusé d’être : une gestion sans résultats visibles. Le plus cruel est que cette dégradation arrive précisément au moment où le président tente de réinstaller une posture de chef de guerre européen.Cependant, il faut reconnaitre que depuis des mois il ne peux plus gouverner, que le PS a été à la manoeuvre pour le budget et que la situation internationale est catastrophique.

La stratégie du “président géopolitique” devient une nécessité intérieure

Emmanuel Macron parle maintenant davantage de sécurité européenne, de Russie et de réarmement stratégique que d’hôpital ou de pouvoir d’achat. Ce n’est pas un hasard. Face à une scène intérieure fragmentée, l’international est devenu son dernier espace de verticalité présidentielle. Cette semaine encore, la diplomatie française a multiplié les déplacements européens et les discours sur la sécurité continentale. Macron continue surtout de pousser une ligne très offensive sur l’Ukraine et la défense européenne, cherchant à incarner le seul dirigeant européen capable de parler simultanément à Washington, Kiev et Berlin. Le problème, évidemment, est politique : plus la situation sociale se tend en France, plus cette posture internationale ressemble à une échappatoire présidentielle. Une partie de l’opinion commence à voir dans cette hyperactivité diplomatique une manière élégante d’éviter le terrain miné des réformes domestiques. Macron pensait probablement devenir le grand architecte de la souveraineté européenne ; il risque parfois de donner l’impression d’être un président qui préfère discuter de missiles plutôt que de fins de mois.

Le macronisme entre dans sa phase terminale : celle où tout le monde prépare l’après

La scène politique française vit désormais dans un entre-deux étrange : Emmanuel Macron est encore président, mais presque toute la classe politique raisonne déjà comme s’il était historiquement terminé. À gauche, le macronisme est traité comme une parenthèse libérale à effacer. À droite, Les Républicains récupèrent progressivement leurs thèmes d’autorité et de rigueur budgétaire. Quant au RN, il profite mécaniquement de cette fatigue générale du pouvoir et de la catastrophe migratoire qui a fracturé le pays comme jamais. Même les débats autour des retraites continuent de hanter le pouvoir exécutif, symbole d’une réforme certes votée mais jamais politiquement digérée. C’est là le paradoxe final de Macron : il a longtemps voulu dépasser les vieux partis et accélérer le système politique français, mais il finit son second mandat prisonnier du temps long démocratique qu’il méprisait un peu. Les Français n’ont pas oublié la réforme des retraites parce qu’un président parle désormais de défense européenne. Et plus Emmanuel Macron tente d’incarner l’homme du destin continental, plus la politique française lui rappelle obstinément une réalité simple : les électeurs jugent d’abord le prix des courses, le chômage et leur propre fatigue.

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