Énergie : Trump sacrifie le climat pour une baisse de prix dérisoire

Trump annonce l’abandon des règles sur le méthane pétrolier pour « économiser 45 milliards ». Résultat réel selon l’EPA : 11 cents de baisse par baril (0,14%), 0,09% de production supplémentaire, et 60 millions de tonnes de méthane en plus d’ici 2050.

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Donald Trump Credit Photo NLTO | www.nlto.fr

Le 27 octobre 2026, devant une foule acquise à Lubbock au Texas, le président américain a annoncé la suppression des règles fédérales sur les émissions de méthane héritées de Biden. Son argument ? Économiser 45 milliards de dollars aux producteurs et consommateurs d’énergie. Sauf que les chiffres de sa propre administration racontent une tout autre histoire.

Le mensonge de la baisse des prix : 11 cents par baril, c’est insulter les Américains

« Ce soir, je mets officiellement fin aux réglementations coûteuses et inutiles de Biden sur le méthane pour économiser 45 milliards de dollars aux consommateurs et aux producteurs d’énergie », a déclaré Trump lors de son meeting texan. Problème : selon les propres projections de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), la baisse attendue des prix du pétrole brut américain en 2027 s’élèverait à… 11 cents par baril. Soit 0,14% du prix actuel. À la pompe, cela représente quelques centimes sur un plein. Autant dire rien.

La production domestique d’or noir, elle, augmenterait de 0,09% en 2027. Concrètement, un baril supplémentaire pour 1 000 barils produits. L’EPA estime la production additionnelle à 210 millions de barils de pétrole et 1,41 trillion de pieds cubes de gaz naturel sur la période 2027-2050. Des chiffres qui semblent impressionnants sur le papier, mais dérisoires rapportés à la consommation américaine actuelle, qui dépasse les 20 millions de barils quotidiens.

Qui croit vraiment que 11 cents changeront quelque chose à la pompe ?

Lee Zeldin, administrateur de l’EPA nommé par Trump, justifie la mesure ainsi : « Les Américains doivent pouvoir se permettre de chauffer leur maison en hiver et de faire le plein pour aller travailler. Ils ne peuvent pas le faire quand les producteurs d’énergie sont accablés de fardeaux inutiles. » Sauf que ces « fardeaux » ne pèsent pratiquement rien sur les prix. Les 42 milliards de dollars d’économies en coûts de conformité réglementaire promis par l’EPA concernent surtout les producteurs, pas les consommateurs. Et même pour l’industrie, ces économies sont étalées sur 23 ans.

Jon Goldstein, vice-président associé de l’Environmental Defense Fund, démonte l’argument économique : « Le méthane, c’est du gaz naturel. Si vous capturez davantage de gaz naturel, vous ne le laissez pas fuir, vous ne le laissez pas brûler à la torche, vous avez plus de produit à vendre. Cela compense une grande partie des coûts. » Autrement dit, les règles Biden permettaient aux producteurs de récupérer du gaz perdu, donc de gagner de l’argent. Une logique économique rationnelle que Trump balaye d’un revers de main.

60 millions de tonnes de CO₂ équivalent sacrifiées pour sauver des puits non rentables

Qui bénéficie vraiment de cette dérégulation ? Pas les majors pétrolières, qui ont déjà les moyens de se conformer aux normes. Non, les principaux gagnants sont les exploitants de puits marginaux. Selon l’Agence internationale de l’énergie, ces installations représentent environ 80% des puits actifs américains, mais produisent moins de 10% de la production totale d’hydrocarbures du pays. Ce sont des puits vieillissants, peu rentables, souvent abandonnés par les grandes compagnies.

Trump leur offre un sursis en supprimant l’obligation de colmater les fuites de méthane. Problème : ces puits sont précisément ceux qui fuient le plus. Le méthane, gaz à effet de serre 80 fois plus réchauffant que le CO₂ sur 20 ans, s’échappe massivement de ces installations vétustes. Les États-Unis sont déjà la plus grande source mondiale d’émissions de méthane provenant de la production pétrolière et gazière, devant la Russie. Cette mesure ne fera qu’aggraver le bilan.

L’arithmétique du désastre : plus de pollution, zéro bénéfice

L’EPA projette 60 millions de tonnes courtes d’émissions supplémentaires de méthane entre 2027 et 2050 si la proposition est adoptée. Pour rappel, le méthane reste dans l’atmosphère entre 7 et 12 ans, contre plusieurs siècles pour le CO₂. Mais son potentiel de réchauffement à court terme est dévastateur. Selon NPR, le méthane est responsable d’environ un tiers de l’augmentation des températures mondiales depuis l’ère préindustrielle. Face à ces 60 millions de tonnes de pollution supplémentaire, que propose Trump ? Une baisse de 11 cents par baril et une production additionnelle de 0,09%. Le calcul est simple : sacrifier le climat pour maintenir artificiellement en vie des installations non rentables qui auraient dû fermer depuis longtemps. Une subvention déguisée à une industrie fossile moribonde.

Suppression du Super Emitter : fini la surveillance indépendante, place aux auto-déclarations

Au-delà des chiffres, la proposition Trump supprime le programme Super Emitter, dispositif qui devait entrer en vigueur en janvier 2027. Ce programme utilisait des moniteurs tiers certifiés pour détecter les fuites majeures de méthane, définies comme dépassant 100 kg par heure. Satellites, drones, capteurs au sol : la technologie permettait d’identifier 92 à 100% des plumes de méthane dans des conditions optimales.

Trump met fin à cette surveillance indépendante. Désormais, les producteurs devront simplement… s’auto-déclarer. Comme si on demandait aux automobilistes de signaler eux-mêmes leurs excès de vitesse. Le Guardian rapporte que cette décision intervient précisément au moment où les technologies de détection des fuites atteignent leur maturité. Un timing révélateur : Trump ne veut pas que les Américains sachent combien de méthane fuit réellement.

L’industrie pétrolière, par la voix de Dustin Meyer de l’American Petroleum Institute, applaudit une approche « plus viable ». Traduction : plus opaque, moins contraignante, permettant de continuer à polluer sans contrôle. Un cynisme politique qui rappelle les pires heures de la déréglementation environnementale.

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