Raphaël Glucksmann a remporté la primaire de la gauche avec 66 % des voix, mais seulement 120 000 militants ont voté, et ce « triomphe » repose sur 70 000 voix. Ce résultat illustre moins une victoire qu’une déroute. Le Parti socialiste, autrefois pilier de la politique française, s’est auto-détruit au cours de la dernière décennie, et Glucksmann n’est que le reflet de cette déliquescence.
Un triomphe arithmétique sur fond de désolation
Le 11 octobre 2026, Raphaël Glucksmann a dominé ses rivaux dès le premier tour de la primaire sociale-démocrate. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, n’a obtenu que 14 %. Les médias parlent de triomphe, mais c’est une illusion qui masque l’effondrement d’une famille politique en déclin.
Avec seulement 120 000 participants, cette primaire reflète une mobilisation dérisoire. En 2011, la primaire socialiste avait attiré 2,7 millions de votants, et François Hollande l’avait emportée avec 39,2 % des voix. Aujourd’hui, la gauche peine à mobiliser un vingtième de cet électorat, confirmant son insignifiance actuelle.
Glucksmann a recueilli environ 70 000 voix, tandis qu’Olivier Faure en a obtenu 14 000. Ces chiffres soulignent le désastre. En 2017, Benoît Hamon, lors de la primaire socialiste, avait mobilisé 1,2 million de votants au second tour. Glucksmann, lui, se contente d’une victoire sans éclat, validée par quelques militants restants. Jean-Luc Mélenchon revendique déjà 450 000 soutiens, soit bien plus que Glucksmann, ce qui accentue le contraste.
Une décennie de déclin pour le PS
Depuis la fin du quinquennat de François Hollande en 2017, le PS est en déclin. Fragilisé par un mandat calamiteux, l’ancien président a laissé un parti exsangue, incapable de proposer un candidat crédible. Depuis lors, chaque élection confirme cette chute.
En 2017, Benoît Hamon a incarné la rupture, obtenant 6,36 % au premier tour de la présidentielle, un effondrement historique pour un parti qui avait placé François Hollande à l’Élysée cinq ans plus tôt. Hamon payait les compromis du quinquennat et l’incapacité du PS à suivre une ligne claire.
Cinq ans plus tard, Anne Hidalgo, candidate du PS à la présidentielle de 2022, a obtenu seulement 1,75 % des voix. Mathieu Souquière souligne que cette claque n’a eu aucun effet en interne sur le programme ou le choix des candidats.
Olivier Faure, à la tête du PS depuis huit ans, n’a pas réussi à enrayer ce déclin. Sa stratégie d’alliance avec La France Insoumise n’a fait que diluer l’identité du PS sans réelle influence. Malgré son faible score de 14 % lors de la primaire, Faure conserve le contrôle du parti, promettant de « mettre le PS au service du candidat qui a gagné », selon Arthur Delaporte. Cependant, cette coexistence pourrait générer d’importantes tensions.
Glucksmann : l’aveu d’un échec, pas une solution
Raphaël Glucksmann ne représente pas un renouveau, mais plutôt un aveu d’échec. C’est la première fois que le Parti socialiste n’a pas de candidat issu de ses rangs à la présidentielle depuis sa création en 1969. Il confie sa survie à un eurodéputé extérieur, coprésident d’un petit parti fondé en 2019.
Glucksmann, connu pour ses interventions au Parlement européen depuis 2019, est un bon communicant, mais souffre d’un manque d’ancrage local. Il ne dispose ni de mairie, ni de mandat exécutif, ni de base militante solide. Il a promis sur France Inter de rassembler « l’ensemble de la famille socialiste, puis les écologistes, les humanistes ». Cependant, les électeurs socialistes ont largement déserté depuis 2017.
Place Publique, qu’il a cofondé en 2018, prône une social-démocratie européenne et progressiste, mais reste électoralement marginal. En 2019, la liste PS-Place Publique a obtenu 6,19 % aux européennes, et 13,8 % en 2024, un score honorable mais insuffisant face aux grands partis. Ce manque de réseau local et de présence territoriale constitue un handicap majeur face aux défis de la présidentielle 2027. Ces faiblesses organisationnelles compliquent sa position.
Les sondages placent actuellement Glucksmann entre 8 % et 12 % d’intentions de vote au premier tour de la présidentielle 2027, loin derrière Marine Le Pen. Glucksmann espère rallier socialistes, écologistes et centristes, mais ces derniers sont partagés, certains penchent vers une candidature centriste de droite modérée, tandis que les électeurs de gauche radicale suivent majoritairement Mélenchon. Cette situation illustre la marginalisation des forces de gauche au niveau national.
Malgré ses intentions de mener une « bataille existentielle », Glucksmann doit composer avec 70 000 voix, un parti en ruine et de mauvais sondages. Le PS s’est auto-détruit par aveuglement et incompétence. Glucksmann hérite de ces décombres, et sa victoire à 66 % ne change rien à l’agonie d’une famille politique qui a refusé de se réinventer. En 2027, la gauche sociale-démocrate française en paiera le prix.











