Annoncé en fanfare en 2021, le projet de boîte noire climatique Earth’s Black Box accumule les zones d’ombre. Retrait de l’Université de Tasmanie, silence médiatique de cinq ans, promesses marketing douteuses : l’installation prévue pour décembre 2026 en Tasmanie soulève autant de doutes que d’espoirs.
Annoncé en grande pompe lors de la COP26 de Glasgow en octobre 2021, le projet Earth’s Black Box devait immortaliser l’agonie climatique de la planète dans une structure d’acier indestructible plantée en Tasmanie. Cinq ans plus tard, alors que l’installation physique est promise pour décembre 2026, les signaux d’alarme s’accumulent.
Octobre 2021 : la promesse spectaculaire qui disparaît du radar
Le concept séduisait par sa radicalité. Une boîte noire climatique de 16 mètres de long et 4 mètres de haut, bardée de panneaux solaires, censée enregistrer des centaines de jeux de données sur la santé planétaire. Jonathan Kneebone, directeur artistique de Rouser Lab, l’avait présenté comme un témoignage pour les générations futures, capable de survivre à un effondrement civilisationnel. L’agence australienne de communications expérimentales affirmait vouloir documenter nos actions et inactions face au dérèglement climatique.
Sauf que depuis octobre 2021, plus rien. Le compte Instagram officiel du projet affiche ses dernières publications datées de cette période : neuf tuiles noires formant un carré énigmatique. Pas de mise à jour, pas de nouvelles visuelles de la construction, pas de rapport d’avancement. Pour un projet qui revendique 4 milliards d’impressions médiatiques mondiales, le silence assourdissant interroge. Où sont passés les millions de regards prétendument captés ?
Le retrait de l’Université de Tasmanie : qu’est-ce que Rouser Lab cache vraiment ?
L’abandon le plus troublant reste celui de l’Université de Tasmanie. Initialement présentée comme partenaire académique du projet, l’institution a non seulement coupé les ponts, mais a expressément demandé son retrait du site web de Rouser Lab. Une rupture brutale qui soulève des questions vertigineuses. Que s’est-il passé en coulisses pour qu’une université refuse publiquement d’être associée à un projet environnemental censément vertueux ?
Les universités ne rompent pas à la légère avec des initiatives écologiques. Une telle désolidarisation suggère soit des désaccords méthodologiques profonds, soit des doutes sur la viabilité scientifique du dispositif. Rouser Lab n’a jamais fourni d’explication publique sur ce divorce académique. Jonathan Kneebone se contente d’affirmer qu’en cinq années, son équipe a « fait évoluer le design, les systèmes de stockage de données, les matériaux sources et la plateforme web, tout en développant des modèles de financement pour pérenniser le projet ».
5 ans de silence : évolution continue ou simple inaction marketing ?
Entre octobre 2021 et juin 2026, aucune preuve visible d’avancement. Pas de photos de chantier, pas de rapports techniques publics, pas de démonstration du système d’enregistrement de données. Le site web du projet se limite à des formules creuses : « Des centaines d’ensembles de données, de mesures et d’interactions concernant la santé de notre planète seront continuellement collectés et stockés en toute sécurité pour les générations futures. »
Kneebone justifie ce délai par la complexité technique. Pourtant, des projets d’envergure comparable aboutissent généralement à des jalons intermédiaires visibles. Pourquoi cette opacité persistante ? Les données numériques auraient commencé à être enregistrées dès la COP26, mais personne n’a jamais pu consulter ces informations, vérifier leur pertinence ou auditer les algorithmes de collecte.








