Le 4 novembre 2026, c’est un spectacle surréaliste qui s’est déroulé à l’Assemblée nationale : 458 députés de tous les bords ont voté contre le budget 2027, après avoir adopté des amendements censés défendre leurs convictions. La taxe Zucman pour les socialistes, le prêt immobilier à taux zéro pour le Rassemblement national, la taxe sur les holdings pour le MoDem. Tous effacés par un rejet global.
Amendements : tous les groupes jouent leur partition avant le crash
La taxe Zucman pour la gauche, le prêt immobilier pour le RN : les marqueurs politiques qui ne changent rien
Pendant plusieurs jours, les députés ont multiplié les amendements. La gauche a fait adopter la fameuse taxe Zucman, du nom de l’économiste Gabriel Zucman, visant à taxer davantage les grandes fortunes. Le Rassemblement national a obtenu l’extension du prêt immobilier à taux zéro. Le MoDem a arraché une taxe sur les holdings financières. Chaque groupe politique a planté son drapeau, comme si ces mesures allaient changer quoi que ce soit. Sauf que le rejet global du texte a tout effacé. Ces amendements n’existent plus juridiquement. Ils n’ont servi qu’à nourrir les communiqués de presse et les tweets militants.
Estelle Mercier, députée socialiste, a dénoncé « le testament d’un pouvoir qui aura réussi l’exploit d’enrichir les plus riches tout en appauvrissant l’État ». Belle formule. Mais au final, son propre camp a contribué à enterrer le texte, rendant caduques toutes les avancées obtenues. Le président de la commission des Finances, Éric Coquerel (LFI), a lui-même reconnu que « ce budget n’était pas crédible à l’origine ». Alors pourquoi perdre du temps à l’amender si c’est pour tout rejeter ensuite ?
Un hémicycle régulièrement déserté ?
Autre symptôme de cette farce politique : l’hémicycle était régulièrement vide pendant les débats. Les députés ont adopté 758 amendements en attente, repoussant le vote final à plusieurs reprises. Le budget de la France, 43 milliards d’euros d’économies prévues, un déficit qui dérape à 5,9 % du PIB selon le ministre des Comptes publics David Amiel, et les élus préfèrent être ailleurs.
Personne ne croit vraiment à ce budget. Personne ne veut assumer de le voter. Alors on amende, on gesticule, on fait semblant de débattre, avant de tout rejeter en bloc. Le 2 novembre, le vote avait déjà été reporté. Le 30 octobre, deux propositions d’exit tax sur les crypto-actifs avaient été rejetées, signe que même sur des mesures techniques, aucun consensus n’émerge.
Rejet unanime : 458 députés d’accord sur un seul point
L’unanimité du rejet est en soi un aveu d’échec collectif. 458 votants, zéro voix pour, seulement deux abstentions (communistes et ultramarins). Comment des députés qui se déchirent sur tout, de la réforme des retraites à la fiscalité, peuvent-ils soudainement s’accorder pour rejeter un texte ? Parce que ce budget ne satisfait personne. La gauche le trouve trop libéral, la droite trop tiède, le RN trop macroniste, et même les soutiens du gouvernement Lecornu n’ont pas osé le défendre.
David Amiel a tenté de minimiser : « Nous avons quelques semaines pour dessiner un compromis indispensable ». Mais où est ce compromis ? L’année dernière, Sébastien Lecornu avait trouvé un accord avec le Parti socialiste sur la suspension de la réforme des retraites. Cette année, rien. Matignon a renvoyé le temps du compromis à « décembre », après l’examen au Sénat prévu à partir du 20 novembre. En clair, le gouvernement gagne du temps, espérant qu’un miracle politique se produise.
Le gouvernement Lecornu : une majorité qui n’existe plus
Depuis la dissolution de 2024, le gouvernement Lecornu navigue à vue. Aucune majorité stable à l’Assemblée. Aucun soutien durable. Le Premier ministre dépend de la bonne volonté de groupes d’opposition pour ne pas être censuré. Le texte repart au Sénat dans sa version initiale, comme si rien ne s’était passé à l’Assemblée. Les sénateurs vont examiner un budget déjà mort-né, modifié par 758 amendements qui n’existent plus juridiquement.
La croissance française aggrave encore la situation. Au troisième trimestre 2026, le PIB a reculé de 0,1 %. La trajectoire de 5 % de déficit visée par le gouvernement est déjà caduque. Avec les suppressions votées par les députés (abattement pour les retraités, économies sur les collectivités, surtaxe sur les grandes entreprises), le déficit grimperait à 5,9 % selon Amiel. Soit une dégradation de 20,7 milliards d’euros par rapport au texte initial. Mais peu importe, puisque tout a été rejeté.
Après le crash : 49.3, ordonnance ou la faillite politique française
Que reste-t-il au gouvernement ? Trois options, toutes aussi explosives. La première : le 49.3, cet article de la Constitution qui permet d’imposer un texte sans vote. Mais il faut alors survivre à une motion de censure. Et là, seul le Rassemblement national semble prêt à ne pas censurer. Jean-Philippe Tanguy, responsable des questions budgétaires au RN, accuse le gouvernement de « mensonge », mais son groupe pourrait laisser passer le texte par calcul politique. Le RN devient ainsi l’arbitre de la vie politique française, neuf mois avant la présidentielle de 2027.
Deuxième option : l’ordonnance budgétaire. Si le Parlement n’adopte pas le budget dans les 70 jours (soit avant le 17 décembre 2026), le gouvernement peut passer par ordonnance. Jamais utilisée sous la Ve République, cette procédure constitutionnelle serait un aveu de faillite démocratique. Le Parlement, censé voter le budget, serait purement et simplement contourné.
Troisième option : la capitulation. Le gouvernement Lecornu pourrait tomber, emporté par une motion de censure. Mais qui pour le remplacer ? La France entrerait alors dans une crise politique majeure, avec un budget 2027 en suspens, un déficit qui explose, et une élection présidentielle dans quelques mois.








