Le constat posé par le Sénat est sans détour. En 2024, les exportations françaises ont plafonné à 645 milliards d’euros, quand l’Allemagne atteignait 1 548 milliards. Cet écart n’est ni accidentel ni temporaire. Selon les sénateurs, il résulte de choix politiques accumulés depuis des années, qui ont progressivement affaibli la compétitivité extérieure des entreprises françaises.
Les exportations, un échec de l’Etat ?
Le rapport sénatorial insiste sur un point fondamental : la faiblesse des exportations françaises ne tient pas à un manque de talents ou de savoir-faire. Elle tient d’abord à la structure même du tissu économique, façonnée par l’action publique. Avec seulement 136 000 entreprises exportatrices, contre près de 300 000 en Allemagne, la France a laissé se creuser un fossé durable. Les sénateurs parlent d’un « potentiel mal exploité », faute d’un environnement incitatif.
Cette situation traduit un biais politique ancien. L’État français a longtemps privilégié la demande intérieure, la redistribution et la protection, au détriment d’une stratégie offensive à l’export. Résultat : les exportations françaises reposent sur quelques grands groupes, tandis que les PME restent majoritairement cantonnées au marché national. Le rapport souligne que cette dépendance affaiblit la résilience économique du pays face aux chocs internationaux.
Un État français omniprésent qui renchérit les exportations
Le rapport du Sénat est particulièrement sévère sur le poids de l’État dans la vie des entreprises. Impôts de production élevés, charges sociales importantes, normes multiples : autant de contraintes qui augmentent le coût des biens destinés à l’export. Les sénateurs rappellent que ces prélèvements sont largement intégrés dans les prix de vente, réduisant mécaniquement la compétitivité des exportations françaises.
À cela s’ajoute une action publique fragmentée. Malgré la création de la Team France Export, le rapport dénonce une organisation en silos, peu lisible pour les entreprises. Les aides existent, mais leur complexité décourage nombre de dirigeants, notamment dans les PME. Selon le Sénat, l’État français multiplie les dispositifs sans jamais produire l’effet de masse observé chez ses voisins européens.
L’Allemagne : un État stratège au service des exportations
En comparaison, le modèle allemand apparaît d’une redoutable efficacité. Le rapport souligne que l’État fédéral et les Länder ont fait le choix politique de la stabilité fiscale et réglementaire. Cette prévisibilité permet aux entreprises d’investir sur le long terme et d’intégrer l’export dans leur stratégie dès l’origine.
Les exportations allemandes reposent ainsi sur un Mittelstand puissant, soutenu par un État qui facilite sans s’ingérer excessivement. Les chambres de commerce, les banques publiques et la diplomatie économique agissent de concert. Pour le Sénat, cette cohérence explique largement l’écart de performance avec la France, bien plus que les différences de coût du travail.
L’Italie, ou la démonstration qu’un État plus léger peut être plus efficace
Le rapport sénatorial consacre également de longs développements au cas italien. Moins riche que la France, l’Italie parvient pourtant à rivaliser à l’export grâce à une stratégie collective assumée. L’État italien encourage les entreprises à exporter « en meute », en mutualisant les efforts commerciaux et en valorisant des marques sectorielles fortes.
Politiquement, ce choix est révélateur. Plutôt que d’alourdir la fiscalité pour financer des aides dispersées, l’Italie mise sur la coordination et la visibilité. Selon le Sénat, cette approche permet aux PME d’accéder aux marchés internationaux sans supporter seules les coûts et les risques. Un modèle que la France, malgré des moyens supérieurs, peine encore à adopter.
Un choix politique assumé… ou subi
En filigrane, le rapport pose une question politique centrale : la France a-t-elle fait le choix implicite de sacrifier ses exportations au profit d’un modèle économique centré sur la redistribution et la consommation intérieure ? Tant que le poids fiscal et administratif restera aussi élevé, les exportations françaises continueront de sous-performer.
La recommandation phare du rapport, la création d’un Conseil stratégique de l’export rattaché au Premier ministre, vise précisément à rompre avec cette logique. Il s’agirait de replacer les exportations au cœur de la décision politique, en arbitrant clairement entre fiscalité, politique industrielle et compétitivité. Sans ce sursaut, avertit le Sénat, la France risque de s’installer durablement dans un rôle secondaire sur la scène économique européenne.












