Faut-il augmenter les impôts pour tous ?

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Impots et taxes
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Plus l’État taxe, moins il encaisse. C’est le paradoxe français d’une politique fiscale agressive. À force de vouloir les plus aisées (souvent les classes moyennes), les gouvernements finissent par faire fuir ceux qui payaient vraiment. À force de croire que l’impôt est un robinet magique, ils découvrent qu’à trop le tourner, plus rien ne coule. Décryptage…

Le réflexe pavlovien des gouvernements : taxer encore

Chaque fois qu’un déficit se creuse, la tentation revient : augmenter les impôts. C’est devenu un réflexe quasi pavlovien de la politique française. Un trou budgétaire ? On va « faire contribuer » les plus aisés, les grandes entreprises, les propriétaires, les actionnaires. Comme si la richesse était un puits sans fond qu’il suffisait de creuser un peu plus pour en tirer des milliards. Sauf que ce puits finit toujours par se vider. L’impôt n’est pas une machine à cash, c’est un équilibre fragile entre ce que l’État prend et ce que les contribuables acceptent de laisser. Et quand cet équilibre casse, tout le monde perd. Au début, les rentrées fiscales grimpent un peu, c’est l’effet d’annonce : on fait payer davantage à ceux qui ne peuvent pas bouger tout de suite. Puis, doucement, l’assiette se rétrécit. Les plus gros s’adaptent, contournent, déplacent. Et les recettes chutent. Les plus modestes font du « black » et trouvent des combines. Les économistes appellent cela la courbe de Laffer, mais il n’y a pas besoin de diagrammes pour le comprendre : augmentez trop les taxes, et ceux que vous voulez taxer s’en vont, utilisent le cash, cessent de produire autant ou optimisent tout ce qu’ils peuvent. C’est humain, c’est rationnel, et c’est prévisible.

L’exemple norvégien : les riches ont pris l’avion

La Norvège, modèle social par excellence, pensait pouvoir augmenter son impôt sur la fortune sans douleur. Résultat : plusieurs dizaines de ses milliardaires ont quitté le pays en 2022, direction la Suisse. Pas par caprice, mais parce que le nouveau barème les ponctionnait lourdement sur la valeur de leurs entreprises, même non vendues. Un impôt sur du papier, pas sur du cash. Les journaux norvégiens ont publié leurs noms : des fondateurs de start-up, des héritiers d’entreprises industrielles, des investisseurs. Des gens qui, avant, payaient beaucoup d’impôts et créaient beaucoup d’emplois. En deux ans, ils sont partis avec leurs capitaux, leurs emplois, et leurs futures recettes fiscales. Les statistiques nationales ont pourtant montré une hausse des recettes. Mais ce n’était qu’un mirage : elles ont augmenté parce que les taux avaient monté, pas parce que l’économie se portait mieux. Sur le long terme, la base imposable s’est rétrécie. L’État a gagné quelques milliards aujourd’hui pour en perdre bien davantage demain.

Le cas français : toujours plus d’impôt, toujours moins d’assiette

La France vit le même scénario, en plus lent, mais tout aussi prévisible. Depuis trente ans, on a empilé les taxes, les surtaxes, les contributions exceptionnelles, les impôts « temporaires » qui durent toujours. Résultat : les plus mobiles sont partis, les autres se sont adaptés. Les capitaux sont ailleurs, les sièges sociaux se délocalisent, les nouveaux investisseurs se font rares. En 2017, quand l’ISF est devenu l’IFI, beaucoup ont crié au cadeau aux riches. Pourtant, les chiffres parlent : les exils fiscal ont diminué, et certains investisseurs sont revenus. Autrement dit, moins de pression a permis plus de stabilité donc plus de recettes à long terme. Ce n’est pas de la magie, c’est de la logique économique. Mais la France continue de s’enfoncer dans le mythe du rendement fiscal infini. On taxe les dividendes, les successions, les plus-values, les loyers, les carburants, l’électricité, les logements vides, les logements pleins, jusqu’à la moindre étincelle de valeur ajoutée. Et on s’étonne que la création de richesse ralentisse.

Quand trop d’impôt tue la confiance

Ce que les gouvernements ne voient pas, c’est que l’impôt, avant d’être un chiffre, est une promesse. Une promesse de bon usage de l’argent public, de stabilité, de visibilité. Quand cette promesse est rompue, la confiance s’effondre. Et quand la confiance s’effondre, les recettes suivent. Les Français ne contestent pas l’impôt : ils contestent son excès et son instabilité. Un entrepreneur accepte de payer s’il sent que son effort nourrit un système juste. Mais si chaque budget apporte une nouvelle taxe ou une nouvelle idée punitive, il finit par lever le pied. L’État croit alors qu’il doit taxer encore plus pour compenser, et la boucle se referme : plus d’impôt → moins d’assiette → moins de recettes → encore plus d’impôt. C’est un cercle vicieux dont la France ne sortira qu’en retrouvant un principe oublié : on n’enrichit pas un pays en appauvrissant ceux qui le font vivre.

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