Finances publiques : des économistes suggèrent un effort de plus de 100 milliards d’euros

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Finances publiques : des économistes suggèrent un effort de plus de 100 milliards d'euros
Finances publiques : des économistes suggèrent un effort de plus de 100 milliards d’euros © www.nlto.fr

L’institut Avant-garde tire la sonnette d’alarme : 113 à 157 milliards d’effort budgétaire nécessaire

La spirale d’endettement français s’accélère dangereusement. L’institut Avant-garde, think tank économique dirigé par Cyprien Batut et Alexis Guillaume, publie un rapport percutant baptisé « L’ajustement sans les larmes ». Verdict : pour éviter l’explosion des comptes publics, la France doit consentir un effort budgétaire de 113 à 157 milliards d’euros sur sept ans. Un niveau d’ajustement jamais envisagé depuis des décennies.

Ce diagnostic, fruit de neuf mois de travaux collectifs réunissant économistes, hauts fonctionnaires et praticiens des politiques publiques, intervient à dix mois des élections. Avec un déficit affiché à 5,1 % du PIB en 2025, nettement supérieur à la moyenne européenne, l’Hexagone navigue dans une spirale d’endettement chronique depuis 1974. Une dérive que la crise sanitaire et l’inflation ont brutalement aggravée.

Trois scénarios pour stopper l’hémorragie budgétaire

L’originalité du rapport tient à sa déclinaison en trois scénarios distincts, chacun visant différents objectifs de maîtrise des dettes. Le plus ambitieux permettrait de placer l’endettement public sur « une trajectoire descendante durable », ramenant le ratio dette-PIB de 125 % en 2032 à 114 % en 2040. Prix à payer : 157 milliards d’euros d’ajustement.

Le scénario intermédiaire, réclamant 137 milliards d’euros, stabiliserait la dette à 121 % du PIB avant d’amorcer sa réduction. Quant au plus modeste, il se contenterait de stabiliser l’endettement autour de 130 % du PIB avec un effort de 113 milliards d’euros. Ces trois trajectoires reposent sur un socle commun de 35 milliards d’euros d’économies, complété par des niveaux variables de recettes fiscales nouvelles.

Les entreprises dans le viseur des économistes

L’institut Avant-garde ne mâche pas ses mots concernant l’efficacité des aides publiques aux entreprises. « Un soutien public massif aux entreprises, dont l’efficacité apparaît de plus en plus incertaine », fustigent les auteurs. Cette observation justifie selon eux qu’« il semble légitime d’impliquer les entreprises dans l’ajustement budgétaire à venir ».

Concrètement, les économistes préconisent une rationalisation drastique des dispositifs d’allègements de cotisations sociales, premier levier identifié pour mobiliser le secteur privé. Cette approche s’inscrit dans une logique plus large de révision des niches fiscales et des régimes dérogatoires qui grèvent l’efficacité de la dépense publique. Une remise à plat que redoutent déjà les organisations patronales.

Transition écologique et fiscalité verte au cœur du dispositif

L’institut propose de supprimer les « dépenses brunes », ces subventions défavorables à l’environnement, pour les réorienter vers les investissements de transition. Cette réallocation budgétaire s’accompagnerait d’une fiscalité écologique plus ambitieuse, traduisant la volonté d’articuler redressement des comptes publics et impératifs climatiques.

Dans un contexte où la transition énergétique nécessite des investissements massifs, cette approche permet de concilier assainissement budgétaire et financement des transformations structurelles de l’économie française. Une équation complexe qui suppose de révolutionner notre approche de la dépense publique.

Préserver le modèle social malgré l’austérité

Conscients des résistances politiques que pourrait susciter un tel programme, Batut et Guillaume insistent sur la nécessité d’« un effort fiscal important » tout en protégeant « ce qui structure notre modèle de protection sociale ». Cette philosophie guide l’ensemble de leurs recommandations, déclinées en neuf chapitres thématiques couvrant l’éducation, la santé, la justice ou encore les collectivités territoriales.

L’approche multicritère adoptée intègre les effets redistributifs des mesures, la préservation des services publics essentiels et la recherche d’un consensus politique indispensable à la durabilité de toute trajectoire d’ajustement. « Les solutions existent. Ce qui manque, c’est leur mise en cohérence », résument les auteurs.

Quand les crises convergent vers un même défi budgétaire

Au-delà de la dimension purement comptable, le rapport souligne la convergence de trois défis majeurs : le redressement budgétaire, la crise climatique nécessitant des investissements publics considérables, et la crise géopolitique imposant un effort de réarmement substantiel. Cette articulation donne « sa juste mesure à l’effort budgétaire à venir ».

Les économistes rappellent que cette problématique s’inscrit dans un mouvement de fond. Après une augmentation des dépenses publiques dans les années 2000, accentuée par les crises successives, la France a simultanément réduit ses prélèvements obligatoires de 2,5 points de PIB depuis 2017 à travers plusieurs réformes fiscales. Une trajectoire de déséquilibre structurel qui fragilise sa position dans les négociations européennes sur la gouvernance budgétaire.

Sortir du court-termisme pour éviter l’effondrement

L’originalité de la démarche tient à sa volonté de dépasser les « économies de bout de chandelle » pour engager des réformes structurelles. « C’est en décidant démocratiquement ce que nous voulons être, demain, en tant que société, que nous trouverons les voies pour sortir par le haut », plaident les auteurs. Une ambition qui suppose de révolutionner notre rapport à la dépense publique et à l’endettement.

Cette philosophie se traduit par une centaine de mesures organisées selon quatre priorités : soutenabilité budgétaire et financement des investissements de long terme, réduction des inégalités et protection des plus vulnérables, amélioration de l’efficacité de la dépense publique, préservation des services publics essentiels.

Ce rapport d’envergure s’impose comme une contribution majeure au débat pré-électoral. Il démontre que la maîtrise des dettes publiques, loin d’être un simple exercice comptable, constitue un enjeu de société qui engage notre modèle de développement pour les décennies à venir. La question n’est plus de savoir si un ajustement est nécessaire, mais quelle ampleur lui donner et selon quelles modalités politiquement acceptables. Un défi titanesque pour le prochain locataire de l’Élysée.

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