Les frais bancaires se sont installés au cœur du débat politique. Depuis plusieurs mois, leur augmentation alimente le mécontentement des ménages. En réponse, le groupe RN à l’Assemblée nationale a déposé une proposition de loi visant à encadrer strictement les tarifs pratiqués par les établissements. Le texte, enregistré sous le numéro 1851 et intitulé « Limitation des frais bancaires injustes », sera débattu le 30 octobre 2025. S’il ambitionne de soulager les comptes des Français, il suscite une franche opposition du secteur bancaire, qui y voit une mesure populiste, risquée et déconnectée de la réalité économique.
Un texte centré sur le pouvoir d’achat des ménages
Déposée le 16 septembre 2025, la proposition de loi RN a été rejetée en commission des Finances le 22 octobre, mais sera tout de même discutée en séance plénière. Le texte vise trois types de frais bancaires : la tenue de compte, les incidents de paiement et les découverts non autorisés. Dans son exposé, le RN affirme vouloir « rendre justice aux clients » et « rétablir l’équilibre entre banques et ménages ». Selon LCP, cette initiative a été introduite dans la « niche parlementaire » du RN après le retrait d’un texte similaire par le groupe communiste GDR. Le RN a choisi de reprendre le flambeau et d’en faire un marqueur politique sur le thème du pouvoir d’achat.
La mesure s’appuie sur un constat largement partagé : les frais bancaires progressent plus vite que l’inflation. D’après le rapport de l’Observatoire des tarifs bancaires 2024 de la Banque de France, les services bancaires ont augmenté de 3,0 % entre juin 2023 et juin 2024, contre 2,2 % pour l’inflation générale. En 2025, la tendance se confirme : la CLCV relève une hausse moyenne de 1,7 % sur l’année, portant la facture annuelle à 228 euros par client.
Les ménages modestes sont les plus touchés. Les frais de tenue de compte, autrefois symboliques, atteignent désormais 22,10 euros en 2025, soit une hausse de 6,8 % sur un an selon Boursorama (2025). Certains établissements ont même instauré des frais auparavant inexistants : La Dépêche signale des hausses allant jusqu’à 8,95 %, avec des montants atteignant 24 euros par an.
Les banques vent debout contre une réforme jugée risquée
Du côté des établissements, la réaction est immédiate. « Modifier profondément le modèle économique des banques françaises reviendrait à affaiblir un service de proximité auquel nos concitoyens restent attachés », déclare Frédéric Guyonnet, président du SNB, premier syndicat du secteur cité par L’Express. La Fédération bancaire française (FBF), citée par le même média, avertit que la proposition de loi du RN ferait peser une menace sur la rentabilité du réseau de détail, déjà fragilisé par la digitalisation et la hausse des coûts de sécurité informatique.
Selon Les Echos, les dirigeants bancaires craignent une cascade d’effets : limitation des marges, fermeture d’agences, réduction des effectifs et hausse indirecte d’autres services (cartes, virements instantanés). La FBF rappelle également que la France figure parmi les pays européens où les frais de compte courant sont les plus faibles.
Pour les banques, le cadre actuel suffit. Les frais d’incident sont plafonnés depuis 2019 – à 25 euros par mois pour les clients dits « fragiles ». Le secteur souligne que près de 3,5 millions de Français bénéficient déjà de ce dispositif de protection. Plutôt qu’un nouveau texte, la FBF plaide pour un meilleur suivi de ces plafonds et un renforcement de la transparence.








