LFI : une conférence animée par Rima Hassan relance la polémique sur l’apologie du terrorisme

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Crédit photo NLTO | www.nlto.fr

Une table ronde organisée lors des universités d’été de La France insoumise et animée par l’eurodéputée Rima Hassan a déclenché une nouvelle polémique. Une intervenante y a défendu l’abrogation du délit d’apologie du terrorisme et, plus largement, du dispositif antiterroriste français. Cette séquence intervient alors que LFI avait déjà déposé en 2024 une proposition de loi visant à sortir ce délit du Code pénal.

Aux universités d’été de LFI, une intervention qui déclenche la polémique

La question de l’apologie du terrorisme revient au centre du débat autour de La France insoumise. Lors des universités d’été du mouvement, une table ronde consacrée à la « criminalisation et répression du mouvement de solidarité avec la Palestine » a été organisée sous l’animation de l’eurodéputée LFI Rima Hassan. C’est au cours de cette conférence qu’une intervenante présentée comme une juriste franco palestinienne prénommée Lucy a explicitement défendu la suppression du délit d’apologie du terrorisme.

Interrogée sur la nécessité d’abroger cette infraction, elle répond par l’affirmative. Son argumentation ne se limite toutefois pas à ce seul délit. L’intervenante remet plus largement en cause le recours à la notion juridique de terrorisme et défend l’abrogation de l’ensemble du dispositif antiterroriste, considérant que d’autres qualifications juridiques pourraient être utilisées pour poursuivre les crimes commis. Elle affirme également que les infractions liées au terrorisme servent notamment, selon elle, à cibler certaines populations Noires et Arabes.

Rima Hassan ne prononce pas elle même la formule réclamant l’abrogation de l’ensemble du dispositif. À la suite de l’intervention, l’eurodéputée souligne en revanche que La France insoumise a beaucoup travaillé en matière de sensibilisation et de plaidoyer « en ce sens là ». Cette distinction est importante : les propos les plus radicaux rapportés par le JDD sont ceux de l’intervenante, et non une citation de Rima Hassan.

La séquence a immédiatement suscité des réactions politiques. Bruno Retailleau a notamment demandé à Jean Luc Mélenchon de désavouer les propos tenus pendant la conférence et accusé LFI d’« insulter la mémoire des victimes du terrorisme ». Abdoulaye Kanté, policier et élu au Conseil de Paris, a lui aussi dénoncé publiquement la demande d’abrogation du délit formulée pendant les universités d’été.

Cette controverse ne surgit cependant pas dans un vide politique et juridique. La question du statut de l’apologie du terrorisme avait déjà fait l’objet d’une initiative parlementaire de députés insoumis.

Le 19 novembre 2024, une proposition de loi portée notamment par le député LFI Ugo Bernalicis a été déposée à l’Assemblée nationale. Le texte porte officiellement le titre de « proposition de loi visant à abroger le délit d’apologie du terrorisme du code pénal ». L’existence et la date de dépôt de ce texte sont confirmées par le dossier de l’Assemblée nationale.

La position défendue alors par les députés LFI était toutefois plus précise qu’une suppression pure et simple de toute répression de l’apologie du terrorisme. Leur objectif était de sortir cette infraction du Code pénal pour la replacer sous le régime de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. Les Insoumis invoquaient notamment la protection de la liberté d’expression et les garanties procédurales propres au droit de la presse.

La controverse actuelle comporte donc deux niveaux qu’il convient de ne pas confondre. D’un côté, une position parlementaire déjà ancienne de LFI visant à modifier le régime juridique de l’apologie du terrorisme. De l’autre, les déclarations beaucoup plus larges formulées lors de la table ronde des Amfis, où une intervenante a défendu l’abrogation de l’ensemble du dispositif antiterroriste.

Rima Hassan au centre d’une nouvelle séquence sensible pour LFI

La présence de Rima Hassan donne à cette polémique une dimension supplémentaire. Le JDD rappelle que l’eurodéputée est elle même concernée par une procédure pour apologie du terrorisme liée à une publication sur X mentionnant Kozo Okamoto, impliqué dans l’attentat de l’aéroport de Tel Aviv en 1972 qui avait fait 26 morts. Son procès est annoncé pour octobre 2026.

Au delà de cette procédure personnelle, la nouvelle polémique s’inscrit dans une succession de controverses autour des rapports entre LFI, la cause palestinienne et certains acteurs militants.

Un article publié le 20 février 2026 développait déjà l’idée d’un « piège idéologique » pour le mouvement de Jean Luc Mélenchon. Cette analyse intervenait dans un tout autre contexte et ne doit donc pas être présentée comme une preuve concernant la conférence des Amfis. Elle permet en revanche de comprendre une critique politique adressée depuis plusieurs mois au mouvement.

Nous revenions notamment sur la mort de Quentin Deranque à Lyon à l’issue d’affrontements survenus en marge d’une conférence de Rima Hassan et sur les interrogations entourant certains milieux militants, et évoquions également les travaux d’une commission d’enquête parlementaire consacrée aux liens entre responsables politiques et organisations ou réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste.

L’article s’appuyait notamment sur l’audition, en octobre 2025, du journaliste et écrivain Omar Youssef Souleyman. L’ analyse portait sur certaines convergences entre des élus insoumis et des collectifs controversés pourraient relever d’une stratégie politique et électorale. Il s’agit bien ici d’une analyse et d’accusations rapportées, et non de faits permettant d’établir en eux mêmes l’existence d’une stratégie coordonnée de LFI avec des organisations radicales.

Le média citait notamment le cas d’Urgence Palestine et de son fondateur Omar Alsoumi, ainsi que celui du prédicateur Vincent Souleyman, pour illustrer ce qu’il présentait comme les contradictions auxquelles LFI serait confrontée. La conclusion de NLTO était politique : selon cette analyse, le mouvement risquerait de se retrouver prisonnier du décalage entre les principes qu’il affiche et certaines proximités qui lui sont reprochées.

La polémique née des Amfis réactive aujourd’hui cette critique, mais sur un terrain différent : celui de la législation antiterroriste.

Entre liberté d’expression et lutte antiterroriste, un débat juridique devenu politique

Au cœur de cette affaire se trouve finalement une question juridique et politique plus complexe que ne le laisse penser la seule polémique : comment traiter pénalement l’apologie du terrorisme ?

La proposition déposée par des députés LFI en novembre 2024 permet de comprendre la ligne officiellement défendue par le mouvement. Elle visait bien à abroger le délit dans le Code pénal, mais avec l’objectif revendiqué de replacer l’apologie du terrorisme dans le régime de la loi de 1881 sur la liberté de la presse. Cette initiative avait déjà provoqué une importante controverse politique à l’époque.

La table ronde des universités d’été 2026 franchit un autre seuil dans le discours puisqu’une intervenante ne s’est pas limitée à défendre ce changement de régime juridique. Elle a plaidé pour une remise en cause beaucoup plus générale des infractions associées au terrorisme.

C’est cette différence qui explique en partie l’intensité de la controverse. Elle pose aussi une question à La France insoumise : jusqu’où le mouvement reprend il à son compte les positions exprimées par les intervenants invités à ses événements ?

La réponse ne peut être déduite de la seule présence de Rima Hassan à cette conférence. Les propos réclamant explicitement la disparition de l’ensemble du dispositif antiterroriste ont été prononcés par une intervenante et doivent lui être attribués. Mais la réponse de l’eurodéputée sur le travail de sensibilisation et de plaidoyer de LFI nourrit nécessairement le débat sur la position exacte du mouvement.

La séquence rejoint ainsi, sous une forme nouvelle, la question soulevée quelques mois auparavant par NLTO : celle de la cohérence entre la stratégie politique de LFI, ses positions publiques et les discours portés par certains acteurs auxquels le mouvement offre une tribune. Une interrogation désormais susceptible de s’installer durablement dans le débat politique à l’approche de 2027.

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