Transnistrie : pourquoi cette région séparatiste de Moldavie reste étroitement liée à la Russie

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Transnistrie : pourquoi cette région séparatiste de Moldavie reste étroitement liée à la Russie © www.nlto.fr

Plus de trente ans après la guerre de 1992, la Transnistrie demeure séparée de fait du reste de la Moldavie. Cette étroite bande de territoire située sur la rive gauche du Dniestr entretient depuis la disparition de l’Union soviétique des liens politiques, militaires et énergétiques particulièrement étroits avec Moscou. La présence de militaires russes, le rôle joué par l’ancienne 14e armée soviétique et la dépendance historique au gaz russe font de cette région l’un des dossiers géopolitiques les plus sensibles d’Europe orientale, alors que la Moldavie poursuit son rapprochement avec l’Union européenne.

Un conflit né de l’effondrement de l’Union soviétique

La Transnistrie est une région internationalement considérée comme faisant partie de la République de Moldavie mais qui échappe au contrôle effectif de Chisinau. Le conflit trouve ses racines dans les dernières années de l’Union soviétique. En septembre 1990, les autorités séparatistes proclament une république dans la région située à l’est du Dniestr. Les tensions s’intensifient au moment de la disparition de l’URSS et débouchent sur un conflit armé en 1992. Un rapport des Nations unies consacré à la situation moldave décrit un affrontement entre les forces de la République de Moldavie et les forces séparatistes de Transnistrie. Il relève également le soutien apporté aux séparatistes par des officiers et réservistes russes ainsi que la présence de la 14e armée russe dans la région.

Le rôle de cette armée constitue l’un des éléments essentiels pour comprendre la relation entre la Transnistrie et la Russie. Les forces soviétiques présentes en Moldavie passent sous différentes structures de commandement après la disparition de l’URSS. Le 1er avril 1992, les unités situées sur la rive gauche du Dniestr sont intégrées aux forces armées russes par décret. Selon un document de l’OSCE consacré au conflit transnistrien, des transferts d’armes depuis la 14e armée vers des civils et des formations paramilitaires ont eu lieu pendant la phase active du conflit.

Les combats prennent fin à l’été 1992. Le 21 juillet, la Russie et la Moldavie signent un accord sur les principes d’un règlement pacifique du conflit. Ce texte établit le cadre du cessez le feu et d’un mécanisme destiné à maintenir la paix dans la zone.

La fin des combats ne signifie cependant pas le règlement politique du conflit. Depuis lors, la Transnistrie fonctionne de facto séparément du reste de la Moldavie, tandis que la communauté internationale continue de soutenir un règlement fondé sur la souveraineté et l’intégrité territoriale moldaves. L’OSCE indique ainsi que ses 57 États participants soutiennent une solution préservant l’indépendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République de Moldavie à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues, avec un statut spécial pour la Transnistrie.

La présence militaire russe au cœur du contentieux

Plus de trois décennies après la guerre, la question militaire reste l’un des principaux points de friction entre Chisinau et Moscou. La Moldavie réclame régulièrement le retrait des forces russes et des munitions présentes sur son territoire.

La situation est toutefois complexe car plusieurs dispositifs militaires ne doivent pas être confondus. Les autorités moldaves distinguent le contingent russe participant au mécanisme de maintien de la paix établi après la guerre et le Groupe opérationnel des forces russes, héritier de la présence militaire soviétique. Chisinau considère ce dernier comme stationné sans son consentement et demande son retrait.

Moscou défend une lecture différente de cette présence militaire. Lors d’une réunion de l’ONU en 2022, un représentant russe affirmait que le dispositif comprenait notamment des militaires chargés de protéger les stocks de munitions et défendait la légitimité du mécanisme de maintien de la paix issu du règlement de 1992.

Cette divergence reste entière. En janvier 2026, le ministère moldave des Affaires étrangères a de nouveau demandé le retrait des troupes et des munitions russes stationnées dans la région transnistrienne.

Le dépôt de Cobasna constitue à cet égard un autre élément sensible. Les autorités moldaves demandent depuis plusieurs années l’évacuation ou la destruction des munitions qui y sont entreposées. Devant les Nations unies, la présidente moldave Maia Sandu avait notamment demandé en 2022 le retrait complet et inconditionnel des forces russes et la destruction des munitions de Cobasna, présentant ce dépôt comme un risque sécuritaire et environnemental.

La guerre menée par la Russie contre l’Ukraine depuis 2022 a encore renforcé la dimension stratégique du dossier. La Transnistrie est enclavée entre le territoire contrôlé par le gouvernement moldave et l’Ukraine. Elle constitue donc un territoire séparatiste soutenu historiquement par Moscou situé directement aux frontières d’un pays en guerre avec la Russie.

Malgré ce contexte, le dialogue politique n’est pas complètement interrompu. En février 2026, l’OSCE a organisé à Tiraspol la première rencontre physique depuis novembre 2024 entre les négociateurs en chef moldave et transnistrien. Les discussions ont notamment porté sur des questions concrètes affectant les populations vivant sur les deux rives du Dniestr. En mai 2026, un groupe de travail économique réunissant des experts des deux rives s’est également réuni physiquement à Chisinau pour la première fois depuis 2022.

Le gaz russe, autre pilier historique de la relation avec Moscou

Les liens entre la Transnistrie et la Russie ne sont pas uniquement militaires et politiques. Ils ont également longtemps reposé sur une très forte dépendance énergétique.

Cette dépendance est apparue de manière particulièrement spectaculaire au début de l’année 2025. Jusqu’alors, du gaz russe était acheminé vers la Transnistrie via l’Ukraine. Mais l’accord permettant le transit du gaz russe par le territoire ukrainien a pris fin le 1er janvier 2025, Kyiv ayant décidé de ne pas le renouveler.

Les conséquences en Transnistrie ont été immédiates. Reuters rapportait le 2 janvier 2025 l’arrêt de pratiquement toutes les entreprises industrielles de la région, à l’exception notamment des producteurs alimentaires. Le chauffage et l’eau chaude avaient également été interrompus pour une partie de la population. La centrale électrique locale avait dû passer du gaz au charbon.

Cette crise a révélé l’ampleur de la dépendance construite au fil des années. Selon Reuters, la Russie fournissait auparavant environ deux milliards de mètres cubes de gaz par an à la Transnistrie. La région bénéficiait depuis plusieurs années de fournitures pour lesquelles elle ne réglait pas directement le gaz à Gazprom dans les conditions habituelles du marché.

Quelques jours après l’interruption des approvisionnements, plus de 51 000 foyers et environ 1 500 immeubles se retrouvaient sans gaz ni chauffage selon les données rapportées par Reuters. Des coupures d’électricité prolongées ont également été instaurées.

La crise énergétique de 2025 a ainsi mis en évidence une caractéristique fondamentale du modèle transnistrien : pendant des décennies, le lien avec Moscou ne s’est pas limité à une proximité politique ou à la présence de forces russes. Il s’est également appuyé sur une relation énergétique exceptionnelle, dont la remise en cause a directement affecté l’économie et la vie quotidienne de la région.

La Transnistrie demeure donc au centre d’un équilibre particulièrement fragile. Elle appartient juridiquement à la Moldavie selon la position soutenue par la communauté internationale, tout en disposant depuis 1992 d’institutions de facto distinctes de celles de Chisinau. La Russie conserve une présence militaire dans la région et a historiquement joué un rôle déterminant dans son approvisionnement énergétique. Dans le même temps, la Moldavie réclame le retrait des forces russes et poursuit une solution politique fondée sur son intégrité territoriale. En 2026, l’OSCE continue de faciliter le dialogue entre Chisinau et Tiraspol, signe qu’en dépit de plus de trente années de séparation et des conséquences de la guerre en Ukraine, le dossier transnistrien reste officiellement celui d’un conflit non résolu devant faire l’objet d’un règlement politique.

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