La loi Duplomb, nouvelle pomme de discorde entre agriculteurs et écologistes

La loi Duplomb, adoptée le 8 juillet 2025, soulève une polémique nationale. Allègement des normes environnementales, retour de certains pesticides, autorisation facilitée des mégabassines… Le texte modifie en profondeur l’équilibre entre agriculture productive et défense de l’environnement promue par les écologistes.

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Loi Duplomb Nouvelle Pomme De Discorde Entre Agriculteurs Et Ecologistes
La loi Duplomb, nouvelle pomme de discorde entre agriculteurs et écologistes © www.nlto.fr

Le Parlement a définitivement adopté, le 8 juillet 2025, la très controversée loi Duplomb. Présentée par ses défenseurs comme un levier de survie pour une agriculture française en crise, elle est dénoncée par ses opposants comme un recul historique des protections sanitaires et environnementales.

Un objectif affiché : alléger les contraintes pesant sur les agriculteurs

Dans un contexte de crise agricole aiguë, la loi Duplomb vise à simplifier le cadre réglementaire pour les exploitants. Le texte assouplit plusieurs règles jugées trop restrictives : délais d’instruction raccourcis pour les projets hydrauliques (comme les mégabassines), suppression d’autorisations environnementales dans certains cas, réintroduction de pesticides bannis, telles que l’acétamipride.

Pour les agriculteurs, c’est une réponse attendue. Selon eux, la multiplication des normes françaises, souvent plus strictes que celles imposées au niveau européen, pénalise leur compétitivité. « Nos produits deviennent invendables face à des concurrents étrangers moins régulés », martèle un représentant de la FNSEA.

Le retour des néonicotinoïdes inquiète les scientifiques

Parmi les mesures les plus critiquées figure la réintroduction dérogatoire de l’acétamipride, un insecticide de la famille des néonicotinoïdes. Interdit en 2018 en France, il est soupçonné d’effets nocifs sur les abeilles et, selon des études récentes, sur la santé humaine.

Une recherche parue en 2025 dans Environmental and Toxicology Reviews met en évidence une toxicité cellulaire du produit à fortes doses, quoi que les doses incriminées soient nettement plus importantes que celles que l’on retrouve dans les cultures. D’autres travaux font état d’une corrélation entre présence de néonicotinoïdes dans le sang et troubles du foie. Les chercheurs alertent sur le risque d’effets cumulés, à faibles doses, sur les consommateurs.

Des mégabassines facilitées, au cœur d’un autre front de contestation

Autre point sensible de la loi Duplomb : l’assouplissement des règles encadrant la construction de mégabassines, ces réserves d’eau artificielles destinées à irriguer les cultures en période de sécheresse. Le texte supprime l’obligation d’évaluation environnementale pour certains projets, et raccourcit les délais d’instruction administrative. Pour les défenseurs de la loi, il s’agit de garantir l’accès à l’eau pour les agriculteurs dans un contexte de dérèglement climatique.

Mais pour les écologistes, ces aménagements constituent une menace pour les nappes phréatiques et accentuent la privatisation d’une ressource publique. Plusieurs collectifs citoyens, comme Bassines Non Merci, ont déjà annoncé de nouvelles mobilisations, évoquant un « passage en force législatif » contre l’avis des scientifiques.

Une loi qui divise la classe politique et la société civile

La loi Duplomb a été adoptée à 316 voix contre 223, avec des clivages profonds. La gauche dénonce une « légalisation des pesticides mortifères » et une « privatisation de l’eau ». Un argument que les agriculteurs et les défenseurs de la loi rejettent, affirmant que l’eau sert à produire des aliments qui, in fine, profiteront aux consommateurs.

À droite, les Républicains ont majoritairement soutenu la loi Duplomb, y voyant un acte de « bon sens agricole ». Mais même dans la majorité présidentielle, des voix se sont élevées. Certains députés du MoDem ont refusé de voter le texte, pointant « un déséquilibre manifeste entre impératifs économiques et exigences sanitaires ».

Marc Duplomb, son rapporteur et initiateur, assume pleinement : « Il faut arrêter d’opposer agriculture et environnement », a-t-il déclaré au Figaro le 8 juillet 2025. Selon lui, « la loi répond à une urgence de terrain ». Le gouvernement, de son côté, défend un texte « pragmatique, réversible, et évalué chaque année », mais n’a pas réussi à convaincre les ONG ni une partie de l’opinion publique.

En effet, du côté des ONG et associations de santé, le ton est pour le moins critique. Francelyne Marano, au nom de la Ligue contre le cancer, rappelle que « la vigilance est insuffisante, surtout pour les enfants ». Certains députés du centre ont voté contre, dénonçant un texte qui « sacrifie la santé publique ».

Ce que la loi Duplomb change, c’est la possibilité de voir dans les rayons des produits issus de cultures traitées avec des substances plus controversées, ou ayant profité d’irrigations massives autorisées plus facilement. Si les normes sanitaires restent en place, certains scientifiques estiment que les effets à long terme d’une exposition répétée à de faibles doses de pesticides sont encore mal connus.

La loi Duplomb relance un vieux débat : faut-il assouplir les règles pour sauver une agriculture menacée, quitte à réduire certaines réglementations sanitaires ?

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