L’ancien président de la République française, Nicolas Sarkozy – condamné à cinq ans de prison pour « association de malfaiteurs » en lien avec un financement de campagne présumé de 2007 – est entré ce mardi 21 octobre 2025 à la prison de Prison de La Santé à Paris. Fait historique : il devient le premier ancien président de la Ve République à purger une peine de prison ferme. Il maintient son innocence, son équipe juridique évoquant des « poursuites » qu’il juge politiques. Dans ce contexte, une question attire l’attention : dans quelles conditions pourrait-il prétendre à une grâce présidentielle ?
En droit, la grâce est une prérogative exclusive du président de la République. L’article 17 de la Constitution française dispose que « le président de la République a le droit de faire grâce à titre individuel ». Ce pouvoir, hérité de la monarchie, lui permet d’atténuer ou d’effacer la peine prononcée par un tribunal, sans effacer la condamnation elle-même. La mesure peut être totale ou partielle, et s’exerce à la suite d’une demande adressée au chef de l’État, le plus souvent par le condamné lui-même ou par son avocat.
Mais cette procédure n’est pas automatique. Elle suppose avant tout que la condamnation soit définitive, c’est-à-dire qu’il n’existe plus aucun recours possible. Or, dans le cas de Nicolas Sarkozy, la procédure judiciaire est loin d’être achevée. Son équipe a immédiatement annoncé son intention de faire appel de la décision, dénonçant un procès « injuste et politique ». Tant que cet appel n’a pas été jugé, la peine n’est pas définitive : juridiquement, l’ancien président reste présumé innocent des faits pour lesquels il conteste sa culpabilité.
Dans ces conditions, aucune demande de grâce ne peut encore être déposée. Le dossier ne pourrait être instruit qu’après l’épuisement de toutes les voies de recours, y compris un éventuel pourvoi en cassation. C’est seulement à ce moment-là que la Direction des affaires criminelles et des grâces du ministère de la Justice pourrait examiner une éventuelle requête et en transmettre l’avis au président de la République.
Même dans cette hypothèse, une telle décision serait hautement politique. Les grâces présidentielles sont rares depuis le tournant amorcé par François Hollande, qui avait supprimé les grâces collectives du 14 juillet au nom de la transparence et de l’exemplarité. Accorder une grâce à un ancien président condamné pour des faits de corruption ou de financement illégal de campagne reviendrait à poser un geste à la fois juridique, symbolique et moralement explosif.
Historiquement, seuls quelques cas isolés ont conduit à des grâces présidentielles dans des affaires d’État, et jamais pour un chef de l’exécutif encore en vie. Emmanuel Macron, qui détient aujourd’hui ce pouvoir, devrait donc arbitrer entre une fidélité institutionnelle à la justice et la volonté de préserver l’image de la République.
Pour l’heure, Nicolas Sarkozy n’a d’autre horizon que son appel, dont l’audience devrait être fixée dans les prochains mois. Tant que la justice n’a pas tranché de manière définitive, la question d’une éventuelle grâce reste purement théorique.








