En juin 2026, la loi dite « fraude » a été adoptée pour instaurer une communication directe entre médecins et patients. Pourtant, trois mois plus tard, le Syndicat national des médecins ophtalmologistes (Snof) déplore l’absence de cadre d’application. Ce vide législatif a permis à certaines entreprises d’offrir des prescriptions optiques sans consultation médicale directe. Comment une telle législation a-t-elle pu être votée sans définir ses modalités concrètes ?
Une faille législative exploitée par les opticiens
Avant juin 2026, la téléexpertise en optique n’était pas encadrée légalement. Les opticiens pouvaient donc collaborer avec des sociétés tierces pour obtenir des prescriptions de lunettes ou de lentilles en quelques heures. Le processus était simple : un examen visuel en magasin, suivi de l’envoi des données à un médecin ophtalmologiste à distance, qui délivrait l’ordonnance sans rencontrer le patient. Selon Le Figaro, ces pratiques se sont multipliées dans un contexte où les délais pour un rendez-vous médical restent longs.
Des entreprises ont prospéré sur cette zone grise, justifiant leurs services par la difficulté d’accès aux ophtalmologues. Cependant, des données de l’assureur Alan révèlent que ces prescriptions concernent surtout les patients des grandes villes, et non ceux des déserts médicaux. Le Snof souligne que ces pratiques peuvent s’affranchir des exigences médicales et déontologiques, transformant un acte médical en service commercial rapide.
Une loi sans application concrète
La loi de juin 2026 impose en principe une communication directe entre médecin et patient. Toutefois, aucun décret d’application n’a été publié, laissant les sociétés de téléexpertise poursuivre leur activité inchangée. Le Parisien note que la mise en œuvre concrète de cette loi reste en suspens.
L’État, l’Assurance maladie et les complémentaires santé n’ont pas pris de position claire face à ces pratiques. Chacun se décharge sur l’autre, invoquant la nécessité de ne pas entraver la télémédecine. Ce flou juridique laisse les professionnels de santé et les patients dans l’incertitude, alors que BFM TV souligne que cela profite aux acteurs économiques du secteur, dans un contexte de régulation déjà problématique.
Le cri d’alarme du Snof
Dr Vincent Dedes, président du Snof, appelle les autorités à intervenir. Il insiste sur l’importance d’un cadre réglementaire clair pour la téléexpertise optique, garantissant son développement tout en assurant la sécurité des patients. Le Snof met en garde contre la sous-détection du glaucome, qui nécessite un examen approfondi impossible à réaliser sans contact direct. Les prescriptions à distance négligent cet aspect crucial.
Entre juin et septembre 2026, le texte législatif reste inapplicable. Les opticiens continuent de délivrer des ordonnances rapides, tandis que les sociétés de téléexpertise prospèrent. Sud Ouest observe que les autorités temporisent plutôt que de réguler, et le Snof dénonce ce manque d’action.
Télémédecine et sécurité médicale : une fausse opposition
Les autorités évoquent la télémédecine pour justifier leur inaction, craignant de freiner l’innovation. Pourtant, l’utilité de la téléconsultation encadrée n’est pas contestée. Le problème réside dans l’absence de contact direct lors de ces prescriptions optiques. La télémédecine devrait inclure un échange et un examen à distance, ce qui n’est pas le cas ici. Un cadre réglementaire strict sécuriserait l’innovation sans la freiner.
La concentration urbaine des prescriptions montre que ces services visent les habitants des grandes villes, prêts à payer pour éviter l’attente. Ce modèle commercial transforme un besoin de santé en service de confort, et l’État reste hésitant. Les ophtalmologues alertent sur les risques pour les patients, tandis que la loi de juin 2026 attend toujours son décret d’application.









