Depuis le 7 novembre 2025, le dossier du Mercosur empoisonne à nouveau les relations entre l’exécutif et les organisations agricoles. Lors de son déplacement au Brésil, Emmanuel Macron a déclaré se montrer « plutôt positif » à l’idée d’un accord commercial entre l’Union européenne et le bloc sud-américain. À Paris, la réaction a été immédiate : la FNSEA dénonce un « revirement incompréhensible », tandis que le gouvernement tente de calmer la polémique sans convaincre.
Un mot de trop : comment la phrase de Macron a relancé la tempête Mercosur
Tout est parti d’une phrase prononcée à Brasilia : « Je suis plutôt positif, mais je reste vigilant parce que je défends aussi les intérêts de la France », a indiqué Emmanuel Macron, selon Le Monde. En apparence anodine, cette formule a suffi à rallumer une vieille braise politique. Le Mercosur symbolise depuis des années la tension entre ouverture économique et souveraineté agricole.
La réaction du principal syndicat agricole, la FNSEA, a été immédiate. Son président Arnaud Rousseau a dénoncé « une rupture avec les engagements de l’État ». Dans un communiqué intitulé “Un accord toxique, une colère certaine”, le syndicat accuse le gouvernement de « sacrifier l’agriculture française sur l’autel du libre-échange ». Pour la fédération, l’accord UE-Mercosur serait « déséquilibré » et menacerait directement les filières bovine, avicole et céréalière.
Ce projet de traité prévoit, selon Reuters, la suppression de 92 % des droits de douane européens sur les exportations du Mercosur en dix ans, et 91 % dans l’autre sens sur quinze ans. Les syndicats y voient une asymétrie inquiétante : les produits sud-américains, moins encadrés sur le plan environnemental, pourraient inonder les marchés européens à bas prix.
Un climat social explosif : la FNSEA prépare la riposte
À peine deux jours après la déclaration présidentielle, la FNSEA a annoncé une journée de mobilisation nationale pour le mercredi 12 novembre 2025, selon TF1 Info. Le rendez-vous est donné à Toulouse, où le président doit se rendre. Objectif : « interpeller directement Emmanuel Macron » sur le terrain, précise le syndicat.
Le mouvement est coorganisé avec les Jeunes Agriculteurs, dans un contexte où le monde rural exprime un ras-le-bol croissant. Les mots d’ordre sont clairs :
– refus de toute ratification du Mercosur sans garanties de clauses miroir ;
– exigence de clauses de sauvegarde pour les filières sensibles ;
– demande de contrôles douaniers renforcés pour assurer la réciprocité des normes.
« Importer des produits qui ne sont pas produits dans les mêmes conditions que les nôtres, c’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase », déclare Jérôme Despey, premier vice-président de la FNSEA. Ce propos résume le sentiment dominant : celui d’une concurrence déloyale tolérée par les autorités européennes et désormais encouragée par l’Élysée. Selon Centre Presse Aveyron, les organisateurs prévoient plusieurs centaines de tracteurs sur la rocade toulousaine. Cette démonstration de force, inspirée des mobilisations de 2024 contre la hausse des charges, vise à peser dans le débat politique national.
Entre libre-échange et souveraineté : un accord devenu explosif
Le Mercosur est plus qu’un dossier technique : c’est un symbole. D’un côté, la Commission européenne défend un accord de libre-échange stratégique pour diversifier les approvisionnements et renforcer les exportations industrielles européennes. De l’autre, la France, premier producteur agricole de l’UE, redoute un choc économique sur ses territoires ruraux. Pour la FNSEA, cet accord illustre le paradoxe d’un pays qui exige des agriculteurs des normes strictes tout en ouvrant ses frontières à des produits qui ne les respectent pas. La question devient alors politique : comment concilier transition écologique, équité économique et engagement commercial international ?
La ministre de l’Agriculture Annie Genevard tente d’éteindre la polémique. « La France ne signera pas un accord qui condamnerait ses agriculteurs », assure-t-elle relayée par La France Agricole. Elle insiste sur des « lignes rouges » : respect des normes sanitaires, contrôles accrus, possibilité de suspension automatique en cas de dumping environnemental. Mais cette prudence gouvernementale ne suffit pas à calmer la colère. Mais les syndicats dénoncent une communication défensive, sans garanties concrètes.












