Renault s’apprête à transformer ses chaînes de production automobile en arsenal militaire. En partenariat avec Turgis Gaillard, le constructeur produira jusqu’à 600 drones kamikazes par mois dès la fin 2026, mobilisant son usine de Cléon pour répondre aux besoins stratégiques français.
La reconversion militaire surprise de Renault
Renault transforme ses chaînes de production automobile en arsenal militaire. Le constructeur français s’apprête à fabriquer massivement des drones kamikazes pour l’armée, marquant une mutation industrielle spectaculaire qui illustre les bouleversements géopolitiques actuels.
Catherine Vautrin, ministre des Armées, a officialisé cette information dans un entretien accordé à Ouest-France le 6 juin. « La production de masse, à cadence industrielle automobile, débutera avant la fin de cette année », a-t-elle déclaré, confirmant les ambitions du projet Chorus développé conjointement par Renault et la société de défense Turgis Gaillard.
Cette collaboration stratégique mobilise l’usine Ampère de Cléon, en Seine-Maritime, initialement destinée à la production de véhicules électriques. Les compétences acquises dans l’électrification automobile se muent désormais en savoir-faire militaire, révèle BFM TV.
600 drones par mois pour répondre aux exigences de la guerre moderne
Les chiffres énoncés par Renault en février dernier témoignent de cette ambition industrielle : jusqu’à 600 drones par mois pourront sortir des chaînes de production. Cette capacité répond aux exigences d’une guerre moderne où les volumes de munitions consommées atteignent des niveaux inédits depuis la Seconde Guerre mondiale.
« En moins d’un an, une capacité de production pouvant aller jusqu’à 600 unités par mois pourra être développée », avait révélé le groupe automobile. Cette promesse de montée en cadence reflète l’urgence stratégique française face aux leçons tirées du conflit ukrainien, où la consommation de drones atteint plusieurs milliers d’unités par mois.
Selon Capital, le contrat signé avec la Direction générale de l’armement (DGA) s’élèverait à un milliard d’euros sur dix ans. Ce montant témoigne de l’ampleur de la transformation industrielle en cours et de l’importance accordée par l’État français à la souveraineté dans le domaine des munitions téléopérées.
L’alliance industrielle entre automobile et armement
La coentreprise baptisée « Chorus » associe les savoir-faire complémentaires des deux partenaires. Turgis Gaillard, forte de ses 400 salariés, apporte son expertise dans la conception de systèmes de défense et sa récente expérience dans le développement de drones de combat.
Du côté de Renault, l’industriel met à disposition ses capacités de production en grande série, développées sur plusieurs décennies dans l’automobile. « En tant qu’industriel automobile, le groupe dispose d’un savoir-faire recherché dans la conception, l’industrialisation et la production en grande série d’objets hautement technologiques, tout en maîtrisant la qualité, les coûts et les délais », soulignait le constructeur en février.
Cette complémentarité permet de résoudre l’équation complexe posée par le ministère des Armées : produire rapidement des volumes importants d’équipements militaires sophistiqués, tout en maintenant des standards de qualité élevés et des coûts maîtrisés.
Les défis de l’innovation permanente
Catherine Vautrin a toutefois tempéré les attentes concernant cette montée en puissance industrielle. « C’est un domaine qui évolue si vite qu’il faudra adapter nos modèles régulièrement », a-t-elle précisé. « Rien ne sert de constituer de larges stocks de matériels qui pourraient être dépassés rapidement. »
Cette observation souligne un paradoxe moderne : l’industrie de défense doit désormais jongler entre production de masse et innovation permanente. Les drones kamikazes évoluent à un rythme effréné, contraignant les industriels à repenser continuellement leurs modèles pour maintenir leur efficacité opérationnelle.
La ministre a également souligné l’importance stratégique de ces équipements : « Nous avons autant besoin de drones que de systèmes de défense antidrones. »
Renault veut éviter la dérive de l’armement total
Malgré cette incursion dans le secteur militaire, Renault maintient une position prudente concernant ses ambitions dans la défense. Le groupe a précisé à ses salariés en septembre qu’il n’avait pas pour objectif de devenir « un acteur majeur de la défense ».
Cette stratégie de diversification mesurée s’inscrit dans une logique économique claire : Renault ne s’engagera que si le projet a « un impact positif sur l’activité » en France sans affecter sa capacité d’investissement dans son cœur de métier automobile.
Les syndicats ont d’ailleurs exprimé des réserves contrastées sur ce projet. Si la CFE-CGC, organisation majoritaire, a émis un avis favorable, la CGT et la CFDT se sont abstenues, illustrant les tensions internes autour de cette reconversion partielle vers l’armement.








