Deux décrets publiés au Journal officiel le 31 juillet 2026 modifient les règles de calcul de la retraite des femmes ayant eu des enfants. Ces dispositions, issues des propositions des partenaires sociaux lors du conclave des retraites de l’été 2025, entreront en vigueur dès le 1er septembre 2026. Le gouvernement promet une révolution. Les chiffres, eux, racontent une tout autre histoire.
Le discours gouvernemental : « justice » et amélioration pour toutes
Farandou promet une révolution, les chiffres racontent autre chose
Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, ne ménage pas sa peine pour vendre la réforme. « Avec ces deux mesures, nous avons fait un choix de justice qui devient une réalité aujourd’hui : mieux reconnaître l’impact de la parentalité sur les carrières, améliorer les pensions des femmes et rendre le dispositif des carrières longues plus équitable », déclare-t-il au Figaro. Le ministère annonce fièrement que plus d’une femme sur deux verra sa pension améliorée.
Première mesure : réduire les années de référence, un petit pas
Actuellement, le montant de la pension de retraite se calcule sur les 25 meilleures années de salaire. À partir de septembre 2026, ce calcul reposera sur 24 années pour les parents d’un enfant, et 23 années pour ceux ayant eu deux enfants ou plus. En théorie, exclure les années les moins rémunératrices devrait augmenter la pension moyenne. Mais de combien ?
Sandrine Guilherm, conseillère au cabinet d’expertise retraite Capiséo, ne cache pas son scepticisme : « Ce ne sera pas la folie sur le calcul de la retraite, il aurait fallu proposer a minima les 20 meilleures années », affirme-t-elle à Marie France. Réduire d’une ou deux années la période de référence n’offre qu’un gain marginal, surtout pour les carrières hachées par le temps partiel ou les interruptions liées à la maternité. L’impact réel risque de se compter en dizaines d’euros mensuels, loin du rattrapage structurel nécessaire.
Deuxième mesure : carrière longue pour 3% des femmes seulement
La seconde disposition permet de considérer jusqu’à deux trimestres accordés au titre de la parentalité comme cotisés pour accéder à une retraite anticipée en carrière longue. Concrètement, les femmes ayant commencé à travailler tôt peuvent désormais atteindre les 168 trimestres requis pour partir deux ans avant l’âge légal. Une avancée sur le papier.
Sauf que seulement 3% des femmes nées en 1970 bénéficieront de ce dispositif, soit environ 13 000 personnes. « La première mesure est la plus intéressante. Elle permettra aux femmes qui ont commencé à travailler tôt, mais qui n’avaient que 168 trimestres, d’atteindre le Graal et de partir deux ans avant l’âge prévu. Mais très peu de femmes sont concernées ! », souligne Sandrine Guilherm. Un dispositif censé corriger une injustice massive touche finalement une infime minorité. Jusqu’à présent, les trimestres accordés au titre des enfants ne conduisaient pas systématiquement à augmenter le montant de la pension. La réforme corrige partiellement ce problème, mais pour une fraction dérisoire des intéressées.
L’avis des experts : des mesures « insuffisantes » et « loin du compte »
Les spécialistes des retraites ne partagent pas l’optimisme gouvernemental. Sandrine Guilherm résume la situation avec une franchise brutale : l’impact restera limité. Marina Joly, référente législation à la Carsat Languedoc-Roussillon, se montre également prudente sur l’impact quantifiable de ces ajustements. Le décalage entre les annonces triomphales et la réalité technique devient embarrassant.
Pourquoi un tel fossé ? Parce que les inégalités de retraite entre hommes et femmes résultent de mécanismes structurels profonds : écarts salariaux persistants, recours massif au temps partiel, interruptions de carrière pour élever les enfants. Modifier marginalement le mode de calcul ne suffit pas à renverser ces déterminants. Il faudrait s’attaquer aux racines du problème, notamment en valorisant davantage les années de maternité ou en révisant fondamentalement le système de calcul. Mais comme souvent dans les réformes des retraites, le gouvernement privilégie l’affichage politique à la transformation réelle.








