Dans votre livre, vous abordez les rapports ambigus entre l’activisme, la science, et le concept de scientificité. Quelle est votre vision sur la manière dont l’activisme a influencé ou déformé la compréhension populaire de la science ?
Aujourd’hui, la science, les concepts de théorie scientifique et de scientificité sont très mal compris. Pour le grand public, il suffit qu’une théorie soit scientifique pour qu’elle soit vraie.
Or, par définition il n’existe pas de théorie « vraie ». Pour faire simple on peut dire qu’une théorie est valide tant que son noyau de postulats n’a pas été falsifié ou réfuté et qu’une meilleure théorie est apparue. La science par définition est censée se remettre constamment en question. La fécondité d’une théorie ne peut s’apprécier que par l’effet de contraste avec des théories scientifiques (réfutables) alternatives.
Enfin, il n’y a pas de découverte sans imagination. L’imagination n’est pas l’ennemie de la science bien au contraire. Pour Karl Popper, un scientifique doit être libre d’émettre toute sorte d’hypothèse, dès lors que celles-ci sont techniquement réfutables.
Dans « La société ouverte et ses ennemis » il affirme avec force que la critique devrait être systématique et institutionnalisée.
Votre ouvrage souligne l’influence des philosophes post-modernes sur la société actuelle, quels en sont les conséquences ?
Ils ont ainsi simplifié à outrance la pensée des philosophes des sciences de sorte que la science, censée représenter la pensée dite « occidentale » ne puisse se prévaloir d’une quelconque supériorité. Ce faisant, ils ont préparé le chemin à un relativisme généralisé selon lequel toutes les croyances auraient la même valeur, ce qui non seulement est erroné mais ne peut conduire qu’au développement de l’esprit de superstition.
Vous prônez une révolution intellectuelle qui valorise le libre arbitre ou encore la pensée indépendante. Comment visualisez-vous la mise en œuvre de cette révolution dans une société imprégnée de pensée post-moderne ?
Plus une idée fera l’objet d’une saturation médiatique, plus elle aura été répétée, plus elle aura une position particulièrement saillante dans ce répertoire intériorisé. Même lorsque cette idée sera peu crédible, l’effet de vérité illusoire produit par la répétition viendra lui donner une vraie force.
Ainsi, ces idées « saillantes » seront mobilisées de manière quasi-inconsciente par l’effet d’associations automatiques opérées par le cerveau. On appelle cela l’heuristique de disponibilité.
Dans la vie quotidienne, cela est utile et fonctionne très bien. Mais lorsque l’on veut se forger une opinion sur un sujet de fond, il est vital d’avoir recours à la pensée analytique indépendante. Synthétiser ses propres réponses et pour cela questionner ce qui n’est pas déjà présent dans sa mémoire, est un prérequis pour qui veut penser au plus près du réel.
Enfin, il convient de bannir l’adéquation des faits à ses propres principes et d’avoir toujours à l’esprit que nous ne sommes pas la somme de nos croyances et que s’identifier à des croyances limite notre liberté cognitive notamment par l’effet de la dissonance cognitive.












