En 2024, près de 35 000 adultes âgés de 18 à 79 ans ont été interrogés sur une vingtaine de thèmes, allant du tabac à l’alcool, du sommeil à la sédentarité, en passant par la santé mentale ou la vaccination. L’agence sanitaire rappelle que ce baromètre biennal constitue aujourd’hui l’un des principaux outils pour comprendre les comportements de santé et guider les politiques publiques. « Cette photographie n’a jamais été aussi précise », résume le directeur scientifique Yann Le Strat. L’édition 2024 marque par ailleurs une montée en puissance des déclinaisons régionales, qui permettent d’observer de fortes disparités d’un territoire à l’autre.
Le contraste social ressort avec force. Deux Français sur trois estiment être en bonne santé, mais cette proportion chute à une personne sur deux chez ceux qui déclarent des difficultés financières. Les éditions régionales publiées simultanément mettent en évidence une France fragmentée : niveaux d’études, catégories socioprofessionnelles et territoires influencent fortement les comportements et l’état de santé.
Baromètre : méthode, usages et gradient social de santé
Reposant sur un questionnaire détaillé et un échantillon national représentatif, le baromètre couvre vingt grands enjeux de santé publique. Il permet un suivi fin des tendances, notamment sur le tabac, la nutrition, l’activité physique, la santé mentale ou les recours aux soins. D’édition en édition, il éclaire l’efficacité des politiques publiques et révèle les angles morts de la prévention.
Les données montrent un gradient social massif. En Bourgogne–Franche-Comté, 27 % des ouvriers sont fumeurs quotidiens, contre 14 % des cadres. Le diabète touche 11 % des personnes sans diplôme et seulement 4 % des diplômés du supérieur. En Guadeloupe, les écarts se creusent encore : 13,5 % des adultes déclarent un diabète, avec une disproportion saisissante entre non diplômés (19 %) et diplômés du supérieur (6 %). Le baromètre ne se contente donc pas d’une photographie : il documente la manière dont les déterminants sociaux structurent les risques sanitaires.
Tabac, alcool et sédentarité : des progrès visibles, des fractures persistantes
Sur le tabac, la tendance générale reste encourageante. En 2024, 24 % des adultes déclarent fumer, dont 17,4 % quotidiennement. En resserrant l’analyse sur les 18–75 ans, comparables aux précédentes éditions, la part de fumeurs passe de 32 % en 2021 à 25 % en 2024, et les fumeurs quotidiens de 25 % à 18 %. Ces résultats prolongent une dynamique déjà soulignée par Santé publique France : « La lutte contre le tabagisme (…) a permis de réduire de 4 millions le nombre de fumeurs en dix ans », rappelle sa directrice générale, Caroline Semaille.
Mais les inégalités demeurent profondes. Chez les personnes en difficulté financière, le tabagisme quotidien atteint 30 %. En Bourgogne–Franche-Comté, il grimpe même à 34 %, contre 14 % chez les personnes à l’aise financièrement. Les comportements liés à l’alcool ou à la sédentarité sont, eux aussi, marqués par des contrastes sociaux, avec des consommations excessives parfois plus fréquentes dans les catégories favorisées et un déficit d’activité physique plus marqué dans les milieux populaires.
La sédentarité constitue un autre point d’alerte. Environ 28 % des adultes passent plus de sept heures par jour assis. Les données régionales montrent cependant des variations notables : en Guadeloupe, 21 % des adultes dépassent ce seuil, mais cette proportion grimpe à 34 % chez les 18–29 ans. À l’inverse, l’activité physique régulière reste limitée : 40 % des adultes en France déclarent en pratiquer, et à peine 29 % en Guadeloupe. La sédentarité apparaît ainsi comme l’un des facteurs les plus défavorables mis en lumière par le baromètre.
Sommeil, santé mentale, vaccins : une France vulnérable
La santé mentale occupe une place centrale dans l’édition 2024 du baromètre, alors que 2025 a été déclarée « Grande cause de santé mentale ». Environ 16 % des adultes ont vécu un épisode dépressif caractérisé au cours des douze derniers mois. « Un adulte sur vingt a eu des pensées suicidaires », rappelle également Jean-Baptiste Richard, responsable des enquêtes à Santé publique France. Là encore, les écarts sociaux et territoriaux sont considérables : en Bourgogne–Franche-Comté, 17 % des femmes rapportent un épisode dépressif annuel, et près de la moitié n’ont consulté aucun professionnel de santé. En Guadeloupe, 16,5 % des adultes se déclarent concernés, avec un pic à 24 % chez les femmes et un taux de non-recours aux soins de 51 %.
Le sommeil constitue un autre marqueur de vulnérabilité. Les personnes interrogées déclarent en moyenne sept heures et demie de sommeil par nuit, mais un tiers d’entre elles se disent confrontées à des insomnies, particulièrement les femmes de plus de 50 ans. Santé publique France rappelle que, combiné au tabac, à l’alcool, au temps assis et à la santé mentale, le sommeil pèse de plus en plus lourd dans le baromètre global de la santé.
Sur la vaccination, le baromètre signale une érosion lente mais continue de la confiance : environ 80 % des répondants s’y déclarent favorables, contre près de 90 % au début des années 2000. Cette baisse nourrit les inquiétudes des autorités sanitaires, qui y voient un risque pour la couverture vaccinale et la protection collective.
Enfin, l’édition 2024 du baromètre introduit un indicateur consacré à l’exposition aux événements climatiques extrêmes. Quatre Français sur cinq déclarent avoir déjà vécu un épisode de ce type, le plus souvent une canicule, et 40 % affirment en avoir souffert physiquement. Pour Yann Le Strat, « les impacts directs du climat sont désormais des enjeux de santé publique à part entière », et les personnes les plus fragiles restent les plus exposées.












