Sophie Lainault, ancienne hôtesse de l’air d’Air France, a obtenu en juillet 2026 la reconnaissance judiciaire de son cancer du sein comme maladie professionnelle. Une première en France pour le secteur aérien, après deux refus administratifs et deux ans et demi de bataille juridique. Derrière cette victoire individuelle se cache un scandale : l’État refuse depuis 30 ans de reconnaître les risques évidents du métier.
Sophie Lainault a obtenu en justice la reconnaissance de l’origine professionnelle de son cancer du sein, une décision que l’État français aurait dû accepter depuis longtemps. Cette affaire révèle les défis auxquels sont confrontés les employés navigants pour faire reconnaître les risques professionnels liés à leur métier.
En juillet 2026, le tribunal judiciaire de Bayonne a attribué à Sophie Lainault, ex-hôtesse de l’air d’Air France âgée de 59 ans, la première reconnaissance en France d’un cancer du sein comme maladie professionnelle pour le secteur aérien. Cette victoire personnelle met en lumière l’indifférence des autorités françaises face aux risques encourus par le personnel navigant pendant 30 ans. Sophie Lainault, ayant accumulé 12 600 heures de vol entre 1989 et 2019, dont 6 500 de nuit, a été exposée à des rayonnements ionisants et au tabagisme passif jusqu’en 2000, date de l’interdiction de fumer dans les avions d’Air France. Toutefois, deux refus administratifs et une bataille judiciaire de deux ans et demi ont été nécessaires pour obtenir cette reconnaissance.
Une reconnaissance des risques longtemps ignorée par l’État
Les preuves scientifiques sur les dangers du travail de nuit et des rayonnements cosmiques en altitude sont établies depuis longtemps. Le tabagisme passif dans les cabines avant 2000 était également connu. Pourtant, le système de reconnaissance des maladies professionnelles en France suit une logique kafkaïenne : si une pathologie n’est pas inscrite dans les tableaux officiels, elle n’est pas reconnue.
Sophie Lainault a travaillé 6 500 heures de nuit, perturbant son rythme circadien, ce qui est reconnu comme augmentant le risque de cancer du sein. De plus, les rayonnements ionisants en altitude sont un facteur aggravant, bien documenté pour les équipages long-courriers. Jusqu’en 2000, les hôtesses respiraient quotidiennement la fumée des passagers dans des espaces confinés. Ces trois expositions ont été formellement retenues par le tribunal de Bayonne, comme le souligne Le Figaro.
Refus administratifs avant la décision de justice
Deux comités régionaux ont rejeté la demande de Sophie Lainault, arguant que le lien entre son cancer et son travail n’était pas prouvé. Cette position a été jugée absurde compte tenu des preuves disponibles. Maître Elisabeth Leroux, avocate de Sophie Lainault, dénonce cette hypocrisie : bien que le lien entre le cancer du sein et certaines expositions professionnelles soit reconnu pour d’autres métiers, c’est une première pour une hôtesse de l’air en France.
Le cancer du sein absent des tableaux de maladies professionnelles
Le cancer du sein, responsable de 13 000 décès annuels en France, reste absent des tableaux des maladies professionnelles. Chaque victime doit donc mener une procédure individuelle face à une administration réticente. Selon Le Parisien, entre 30 et 40 demandes similaires sont en cours pour des aides-soignantes et infirmières, mais combien renoncent par manque de moyens ou fatigue ?
L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) prévoit de publier une expertise sur le lien entre cancer du sein et expositions professionnelles à l’automne 2027, bien après la décision du tribunal de Bayonne et des décennies après les débuts de Sophie Lainault. Cette lenteur administrative protège les employeurs en décourageant les victimes, comme le note Ouest-France.
Sophie Lainault et le soutien de la CFDT
La CFDT a joué un rôle crucial dans la persévérance de Sophie Lainault face à l’administration. François Dosso, membre de l’équipe cancer du sein du syndicat, souligne la nécessité de convaincre le personnel aérien de la possibilité et de l’importance de telles démarches. La décision de justice pourrait inciter d’autres recours, alors que des failles de sécurité dans le secteur aérien sont souvent mises en lumière.
Après deux ans et demi de procédure, Sophie Lainault, aujourd’hui en rémission, espère que sa victoire encouragera d’autres femmes à faire valoir leurs droits. Elle a obtenu la reconnaissance de son cancer comme maladie professionnelle et pourra prendre sa retraite anticipée. Cependant, combien de femmes n’ont pas eu accès à un soutien adéquat ? Le système français complique l’exercice d’un droit pourtant légitime.
La décision de Bayonne est définitive, mais ne modifie pas la situation de fond. L’État continue de refuser l’inscription du cancer du sein dans les tableaux des maladies professionnelles, et les comités régionaux persistent à rejeter les demandes. Pendant ce temps, les risques professionnels restent sous-estimés, comme dans d’autres secteurs sensibles tels que l’armement.
Sophie Lainault a remporté une bataille, mais la lutte contre l’inertie administrative se poursuit. En attendant l’expertise de l’Anses en 2027, combien de femmes développeront un cancer lié à leur travail sans jamais obtenir reconnaissance ? L’État français semble préférer ignorer ses responsabilités.









