Le vingtième baromètre Ipsos du Secours populaire révèle une aggravation spectaculaire de la pauvreté en France, qui décroche par rapport à ses voisins européens. Plus d’un Français sur deux a récemment subi une privation faute de moyens, et 40 % des actifs estiment que leur travail ne leur permet plus de couvrir leurs dépenses, soit dix points de plus en un an.
La pauvreté en France face à ses voisins européens
Deux décennies après la première publication de son baromètre, le Secours populaire tire la sonnette d’alarme : la pauvreté progresse en France à un rythme inégalé en Europe de l’Ouest. D’après l’enquête Ipsos pour l’association, publiée le 10 septembre 2026, plus de la moitié des Français (52 %) ont récemment fait face à des privations faute de moyens financiers suffisants. Ce chiffre dépasse de près de dix points celui de l’Allemagne et de l’Italie, où ces privations touchent respectivement 43 % et 42 % de la population.
Les indicateurs de précarité montrent une fragilisation croissante. Environ 26 % de la population française se déclarent en situation de fragilité économique, soit une augmentation de six points en un an. À l’échelle européenne, 29 % des personnes interrogées estiment qu’une « dépense imprévue peut [les] faire basculer », soit une hausse d’un point. La France semble donc accélérer plus rapidement que ses voisins dans la spirale de l’appauvrissement.
Quarante pour cent des actifs ne gagnent plus assez pour vivre
Le constat est frappant : 40 % des actifs français estiment que leur travail ne leur permet pas de couvrir toutes leurs dépenses, soit dix points de plus qu’en 2025. « C’est probablement le chiffre le plus marquant. Il reflète le quotidien des bénévoles : les personnes qu’ils accueillent gèrent leur budget au mieux, mais peinent à vivre dignement », souligne Houria Tareb, secrétaire nationale du Secours populaire en charge de la solidarité en France.
Travailler ne protège plus de la pauvreté. Les associations caritatives le constatent quotidiennement dans leurs permanences. « Nous voyons des gens qui, après le 20 du mois, n’ont plus de quoi mettre de l’essence dans leur voiture pour aller travailler et doivent dire »non » à leurs enfants lors des courses », ajoute Houria Tareb. Un tiers des Européens sont également concernés, mais l’ampleur du phénomène en France est particulièrement préoccupante. Le chômage en hausse au deuxième trimestre aggrave les difficultés économiques.
Pris entre des revenus faibles et des dépenses incompressibles, 18 % des Français vivent désormais à découvert, soit trois points de plus qu’il y a un an. La montée du coût de la vie érode le pouvoir d’achat plus vite que l’augmentation des salaires. Pour les ménages vivant au SMIC, la situation est critique : 58 % ne peuvent pas se procurer une alimentation saine pour faire trois repas par jour.
L’alimentation, première victime des restrictions budgétaires
Se nourrir sainement devient un luxe. Trente-sept pour cent des Français ne peuvent plus s’offrir une alimentation de qualité suffisante pour trois repas quotidiens, soit quatre points de plus qu’en 2025. Mais c’est désormais la quantité qui pose problème : 29 % des Français ont déjà sauté un repas par manque de moyens, dont 11 % dans les six mois précédant l’enquête.
La précarité énergétique aggrave la situation. Plus d’un quart des Français (26 %) a dû renoncer à des dépenses essentielles pour payer ses factures d’énergie au cours des douze derniers mois. Une proportion similaire (28 %) a dû faire de même pour le carburant. Au total, 53 % des Français ont réduit la température de leur logement à moins de 18 degrés. Un quart des Européens rencontrent également des difficultés pour se chauffer.
Transport, logement, loisirs : une dégradation généralisée
Les difficultés s’étendent au-delà de l’alimentation et du chauffage. Après l’accalmie de 2025, la situation se dégrade à nouveau sur plusieurs fronts. Près de 46 % des Français ne peuvent plus payer les frais d’essence ou les abonnements aux transports en commun, soit une hausse de douze points en un an. Le logement accapare une part croissante des budgets : 33 % des Français peinent à payer leur loyer, leur emprunt immobilier ou les charges, cinq points de plus qu’en 2025.
Pour les ménages dont les revenus sont inférieurs à 1 400 euros, la situation est critique, avec des taux de difficultés supérieurs de 17 à 20 points pour le transport et le logement. Fabienne Laurent, secrétaire générale du Secours populaire du Gard, illustre ce constat : « Septembre est un mois difficile pour les familles », entre fournitures scolaires, vêtements et activités sportives. À Nîmes, certains enfants n’avaient toujours pas tout le matériel nécessaire une semaine après la rentrée, malgré la distribution de kits scolaires par la mairie. Les étudiants sont également touchés, avec une augmentation du coût de la vie de 35 % depuis 2017.
Un décrochage français sans précédent en Europe
Les comparaisons européennes révèlent une spécificité française marquée. Le renoncement aux sorties ou aux loisirs en famille touche 48 % des Allemands et 59 % des Italiens et Britanniques, mais 73 % des Français. Ne pas pouvoir répondre à certains besoins essentiels de leurs enfants concerne 11 % des Britanniques, 12 % des Allemands et 13 % des Italiens, contre près d’un quart des Français (23 %). Ces écarts soulèvent des questions sur les choix de politique publique.
La situation intergénérationnelle s’assombrit. Sept Européens sur dix, dont autant de Français (73 %), estiment avoir moins facilement accès à une énergie bon marché que leurs parents. L’énergie, devenu le principal marqueur du décrochage social, concentre les inquiétudes depuis le mouvement des Gilets jaunes : 80 % des Français anticipent une dégradation continue pour les générations futures. Ce pessimisme reflète l’ampleur du choc subi par la société française.








