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Après le normcore, le dormcore ?





Porté par quelques initiés, le pyjama sort de la chambre à coucher pour débouler dans la rue. Assez pour en faire une tendance.


Une fois n’est pas coutume. Un sujet totalement superficiel, mais quand même, qui agite le Landerneau de la mode masculine. On a déjà vu, il y a quelques années, le manteau couette de Maison Margiela, si douillet qu'il donnait envie de dormir toute la journée. Dans la même veine, se dégage aujourd’hui, la tendance - marquera t-elle son temps ? - du dormcore. Après le normcore, ou le non-style érigé en style qui semble faire long feu, apparaît donc le dormcore. De dormir, on l'aura compris. Et core pour hardcore ? Oui.
 
Dans les faits, c’est le glissement lent mais inexorable de l’habit fait pour dormir, du lit à la rue, en passant par les catwalks. Cette saison, des pyjamas-costumes chez Gucci et chez Dolce & Gabbana ont fait leur apparition sur les podiums dédiés à la mode homme. Quant à la folie des slippers, ces chaussures-chaussons qui foulent (effleurent) le bitume, elle bat son plein. Depuis quelques saisons d’ailleurs, pléthore de pyjamas a déboulé sur les tapis rouges, Ryan Gosling à Cannes ou Sofia Coppola au gala du MET à New York, pour ne citer qu’eux. Il n’en fallait pas tellement plus pour que la tendance soit lancée.
 
Plus surprenant, ce courant même circonscrit, touche également les hommes. Ainsi, peut-on lire sur le site lefigaro.fr, « le pyjama s'impose aujourd'hui sur les podiums masculins et féminins, et donne même naissance à un art de vivre : le dormcore. » Dans la pratique, c’est conserver le confort du pyjama et du costume de nuit, au-delà de la nuit. Toute la journée, porter un vêtement d’intérieur lié au cocooning. À l’extérieur donc et de jour.
 
Pour le sociologue et fondateur de l'Institut d'Etudes Eranos, Michael Dandrieux, interrogé par Le Figaro, « en devenant adulte, deux envies régressives naissent chez l'homme. Il peut vouloir s'écarter de l'homo faber, l'homme laborieux, travaillant en costume, et de l'homme qui doit progresser, en compétition avec lui-même. Soit deux postures diurnes. » Pour autant, porter un pyjama, même amélioré dans la journée, envoie des signaux de « distance par rapport à la productivité. » Une tenue diurne certes, mais casse-gueule.
 
En effet, dans le monde du travail, difficile de faire sérieux en portant un pyjama ou un pyjama hybride. « Le pyjama, vêtement de la nuit de la volonté et du repos, permet de s'écarter de ce qu'on attend de vous socialement mais aussi par rapport à ce que vous attendez de vous-même » ajoute le sociologue. Se mettre en pyjama signifie que l'on s'adonne aux activités du repos, de cocooning, et du ludique, à tout ce qui est de l'ordre de la non-productivité. » Compliqué, on l'aura compris, par les temps qui courent.
 
Transgressif donc, et uniquement autorisé dans certains milieux : « le pyjama refait des émules au sein des hautes sphères de la mode, devenant même un art de vivre. » Un art de vivre qui renvoie au « luxe du loisir », ce qui pour beaucoup, ne signifie rien. Quand bien même, pour quelques initiés, explique Michael Dandrieux, « la meilleure manière de questionner la valeur du travail qui est aujourd'hui en crise c'est en mettant en avant les valeurs du repos. Qui ne renvoie pas au farniente mais bien au renouvellement. La nuit et par extension le pyjama permettent de se ressourcer, de se reconnecter à nos dimensions intérieures et à l'onirique (...) au monde de la rêverie. » Une tenue devenue diurne mais relativement mal pratique pour ceux qui font les trois-huit. Car là, bien-sûr, il n’est plus question de rêverie.