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François Hollande, le Parti socialiste et l’exercice du pouvoir





Alors que l’on relaye de part et d’autre la célébration – ou l’échec – de la première année du quinquennat de François Hollande en se focalisant sur les erreurs, les réussites et les éléments purement factuels, il semble opportun de proposer une réflexion sur la nature du parti et la capacité de ses dirigeants à accepter la prise en main de la politique française.


François Hollande, le Parti socialiste et l’exercice du pouvoir

La difficile refonte d’un parti d’opposition en parti de gouvernement

Cette mue peut-être l’enjeu majeur du Parti socialiste qui n’a pas connu de période au pouvoir depuis 1995 et le double mandat de François Mitterrand(1)(hormis les périodes de cohabitation) : devenir, tout en en projetant l’image, un parti de gouvernement. Son rôle en tant que parti d’opposition s’est fondamentalement exprimé autour du thème de la moralisation de la vie politique, à travers laquelle le groupe socialiste pouvait établir un crédit à un changement idéologique. La logique était partisane, le consensus peu présent. Les propos tenus sont d’ailleurs encore ancrés dans cette comparaison avec le pouvoir précédemment en place. Notamment au sujet de l’emploi, lorsqu’au Parti socialiste on note une augmentation du chômage depuis ces dix dernières années pour évoquer les chiffres de l’année en cours. Mais aujourd’hui, François Hollande et les socialistes doivent faire face à l’ensemble de l’échiquier politique français. Ils doivent répondre aux questions devant l’Assemblée nationale, justifier parfois de leurs actions. Mais plus que tout, le Parti socialiste doit à présent composer avec l’ensemble de la population. La facilité du concept n’en est pas moins éloquente, le Président doit atténuer la tyrannie de la majorité. Car le suffrage universel est pratique en ce qu’il permet à tout homme et femme entrant dans les conditions nécessaires d’être électeur. Cela étant, un suffrage majoritaire, même à deux tours restera injuste vis-à-vis de la minorité pour qui son avis, bien que pris en compte, ne sera pas consacré.
 
En outre, comme le soulignent Alain Bergougnioux et Gérard Grunberg dans leur ouvrage, L'Ambition et le remords : Les socialistes français et le pouvoir (1905-2005), il existe un rapport spécifique entre le Parti socialiste et « l’exercice du pouvoir : un mélange instable d’ambition et de remords qui lui donne son caractère propre ». Le « remord du pouvoir », cette « tension permanente » qui n’a cessé de pénétrer les esprits des socialistes français, provoquant une distorsion entre « son intégration croissante au système politique et le refus d’en tirer les conséquences ». D’un côté le Parti socialiste reste extrême dans ses propos, tente de suivre la ligne tenue lors de la campagne, de l’autre, il se voit opposer la difficile mise en œuvre de ces derniers avec le pragmatisme de l’action, du gouvernement. Enfin, de la SFIO(2) au PS, le socialisme a toujours été un parti de l’échelon local, sa structure s’est constituée à partir de luttes ouvrières, syndicales. Le pouvoir national n’est pas, en France, son essence.

Une structure interne problématique

Pourtant, à l’échelle centralisée, c’est-à-dire au siège du Parti socialiste, il existe depuis toujours des courants de pensée, des dissensions internes, évoluant grandement avec les changements de Premier secrétaire. Jusqu’en 1995, avant Lionel Jospin, « les membres du BN se regroupent par courant »(3) aux réunions. Sous François Hollande, « les regroupements par tendances réapparaissent et se modifient en fonction de la vie interne de ces dernières ». En outre, son « style de leadership, très personnalisé et informel, promouvant des personnalités en court-circuitant l’avancement hiérarchique habituel a plutôt contribué à démotiver les instances nationales du parti »(4).
 
Et ces tendances rivales qui ont une propension naturelle à se neutraliser réciproquement resurgissent à l’échelon national, à celui du gouvernement. S’il est une image éloquente de la cristallisation des divergences présentes au sein du Parti socialiste, c’est peut-être celle de la contradiction sur l’affaire Dailymotion, où le ministre du Redressement productif est intervenu dans les négociations, entravant l’acquisition du site de vidéos par Yahoo!, alors que le ministre de l’Économie démentait toute « décision conjointe », semblant lâcher un soutient que l’on pourrait penser logique entre membres du gouvernement. Qui plus est sur un sujet qui n’engage pas personnellement le ministre, comme ce pouvait être le cas pour l’affaire Jérôme Cahuzac.
 
Enfin, comme le disent Alain Bergougnioux et Gérard Grunberg, à chaque « cycle de pouvoir débute […] la réaffirmation de la doctrine, puis, une fois au pouvoir, par un malaise croissant débouchant sur une critique de l'action gouvernementale, des désillusions et l'appel à un retour aux sources avec la réaffirmation d'une volonté de "rupture" »(5). Peut-être est-ce là que se trouve aujourd’hui encore le principal défi du Part socialiste ?


(1) Et qui n’en avait pas connu depuis le début de la Vème République.
(2) Section Française de l’Internationale Ouvrière.
(3) Bachelot Carole, « L'ethnographie des dirigeants de partis. Le cas du Parti socialiste », Genèses, 2011/2 n° 83.
(4) Ibidem.
(5) Alain Bergougnioux et Gérard Grunberg dans leur ouvrage, L'Ambition et le remords : Les socialistes français et le pouvoir (1905-2005), 2005.