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La nouvelle guerre économique – Par Christian Harbulot







17 Avril 2024

Dans cet entretien, Christian Harbulot, auteur de "La guerre économique au XXIe siècle" paru chez VA Éditions, explore les nouvelles dynamiques des conflits économiques, oscillant entre le monde matériel et l'immatériel, et leur impact sur la société moderne.


La guerre économique au XXIe siècle se distingue-t-elle des conflits des siècles passés en termes de stratégies ou d’impacts ?

La nouvelle guerre économique – Par Christian Harbulot
L’originalité de la guerre économique au XXIè siècle est qu’elle se joue dans deux mondes : le monde matériel et le monde immatériel. Nous avons encore beaucoup de mal à percevoir l’existence de ce deuxième monde qui a pris naissance avec l’informatique et qui a continué à se développer avec Internet, l’économie numérique, l’intelligence artificielle et l’interaction entre les technologies terrestres et spatiales. Dans chacun de ces deux mondes, les modes d’affrontement ont des particularités dominantes. Dans le monde matériel, cela s’est longtemps traduit par l’alternative entre la conquête territoriale et la conquête commerciale. Dans le monde immatériel, il s’agit moins de conquérir que d’imposer des dépendances durables qui échappent souvent à la perception de celles et ceux qui en sont victimes. Les groupes qui sont issus de la Silicon Valley se présentent comme des contributeurs au progrès de l’humanité. Il a fallu que la Chine leur interdise l’accès à son marché intérieur pour comprendre que la notion de rapport de force n’avait pas disparu sous l’effet de la mondialisation des technologies de l’information.
L’impact des stratégies de dépendance dans le monde immatériel est différent que les résultats obtenus en termes de conquête territoriale ou commerciale dans le monde matériel. La dépendance à la technologie des GAFAM par exemple ou de leurs équivalents chinois s’inscrit dans une échelle de temps qui reste encore à préciser. Mais l’évolution du business des datas en découle. La puissance qui a su occuper le terrain avant l’autre (c’est le cas des Etats-Unis par rapport à l’Europe) a une capacité offensive beaucoup plus importante pour capter et structurer le marché des datas.

La guerre en Ukraine a-t-elle soulignée l’importance de la guerre économique dans un conflit de taille ?

Cette guerre a remis les pendules à l’heure. Les sanctions économiques dont l’efficacité reste encore à démontrer dans ce cas précis, ont entraîné des répercussions négatives sur les besoins énergétiques européens. La question de l’économie de guerre est aussi soulevée alors qu’elle avait été totalement occultée depuis de nombreuses décennies. La multiplication des actes de guerre au Moyen Orient et les risques de conflit militaire en Asie accentuent ce besoin de se pencher sur la réalité de la guerre économique. A titre d’exemple, l’agriculture française importe énormément de matériel en provenance de Chine. Une rupture dans la chaîne d’approvisionnement dû à un bouleversement géopolitique à propos de Taiwan provoquerait des conséquences graves dans le fonctionnement momentané d’une partie du monde agricole français.
 

Observons-nous récemment une augmentation des actes de malveillance, tels que les cyberattaques, le terrorisme et les opérations de désinformation ?

Il est clair que des puissances comme la Russie recourent à ce type de démarche offensive pour affaiblir ou exercer une pression indirecte sur le camp occidental. Nous subissons plus que nous réagissons.




Christian Harbulot, un des plus grands spécialistes mondiaux de la guerre économique vient de publier son dernier ouvrage chez VA Éditions "La guerre économique au XXIe siècle"