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La splendeur des petits riens





En janvier, l’impressionniste Patrick Lapeyre revient au mieux de sa forme avec son nouveau roman, « La splendeur dans l’herbe ». Une histoire d’amour atmosphérique, décalée, totalement à contre-courant.


Splendor in the grass. C’est au poète anglais William Wordsworth, que le facétieux Patrick Lapeyre a emprunté le titre de son roman, La splendeur dans l’herbe. L’auteur à qui l’on doit, entre autres, le truculent La vie est brève et le désir sans fin, Prix Femina 2010, revient avec une histoire d'amour hautement décalée. Elle met en scène deux blessés de l’amour, qui se rencontrent à l’aube de la quarantaine. En plus de tomber amoureux, ils sont un point commun : leurs conjoints respectifs sont partis vivre ensemble à Chypre, dans une sorte de bohème insouciante qui fera long feu. On ne vit pas d’amour et d’eau fraîche, même les pieds dans la Méditerranée.
 
Homer, un Suisse alémanique, très « Suisse » et Sybil, prennent l’habitude de tête à tête charmants. Ces derniers sont malgré tout troublés par le souvenir, quasi obsessionnel, de Giovanni et d’Emmanuelle, leur ex partis convoler ensemble à Nicosie. Giovanni et Emmanuelle deviennent leur sujet de conversation préféré. En même temps, Sybil et Homer se livrent à des rituels, de petits riens qui, si on sait le décerner, ont à voir avec le bonheur : boire du vin blanc, s’allonger à la fraîche sur un transat, manger de la tarte au citron, lire l’un à côté de l’autre, jouer du piano.
 
Ils sont intimes comme un vieux couple. Pourtant leur histoire d’amour est naissante. Le désir aussi est là, omniprésent à l’esprit, mais absent dans les gestes. Leur relation reste chaste. Parfois Homer pense à attraper la main de Sybil si proche de la sienne, mais il ne le fait pas. Il est attentiste et empêché. Sans doute à cause de la relation particulière qu’il a eue, enfant, avec sa mère. Les détails du passé, l’année de ses dix ans à Bâle, viennent s’intercaler au récit.
 
Homer a du mal à passer à autre chose, à envisager une histoire d’amour après Emmanuelle. Sybil elle, paraît plus pragmatique, mais a peur de lui faire peur. À cause d’Homer, l’accomplissement de leur relation semble toujours retardé, comme si parler avait pris le pas sur tout le reste. Ainsi, leurs longues conversations, toujours dans les mêmes lieux, avec les mêmes rituels, donnent l’idée d’une immobilité. Mais sous le crâne de Sybil, on pressent la tempête.

C’est un livre sur la conversation, sur le plaisir érotique de la conversation et sur la vibration de certains silences : car le plus important évidemment est toujours ce qu’on ne parvient pas à dire. Le titre, fait justement référence à un de ces moments de silence et de perfection, où les personnages, dans un moment d’absence, ont tout à coup l’impression d’apercevoir devant eux, « le cœur lumineux de la vie. »

C’est aussi une très belle histoire d’amour, avec un homme empêché. On espère qu'Homer réussira à se défaire de ses peurs. Patrick Lapeyre écrit comme on peint, par petites touches subtiles, pointillistes et intelligentes. Il dessine deux êtres qu'il passe sous la loupe du microscope. Leur côté empoté, loin de tout emportement, est touchant. Cette retenue change. Elle fait du bien.

La splendeur dans l’herbe, Patrick Lapeyre, (P.O.L)
 

La splendeur des petits riens